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Un an de Covid : le télétravail “gris” persiste et impacte la santé mentale des salariés

, par Fabien Soyez

La moitié des salariés demeurent en situation de détresse psychologique, au bout d’un an de crise. Pire : selon le dernier baromètre d’Empreinte Humaine, les cas de dépression ont “explosé” ces derniers mois. Cette détresse concerne surtout ceux qui travaillent à distance. En raison, notamment, d’un télétravail encore trop “gris”, c’est-à-dire non encadré.

Empreinte Humaine a dévoilé mardi 23 mars sa dernière enquête sur l’état psychologique des salariés après un an de crise(1) 

Premier constat : l’état mental des salariés ne s’est pas amélioré depuis avril 2020. Ainsi, 45 % continuent d’être en détresse psychologique (DP). Ce chiffre grimpe chez les jeunes (62 %) et les femmes (53 %). De leur côté, les managers continuent d’être les plus à risque. En outre, le cabinet constate que les cas de dépression ont “explosé” ; passant de 21 % fin 2020 à 36 % en mars 2021.

 

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4 salariés sur 10 “saturent” du télétravail

Second constat : en 1 an, les télétravailleurs sont devenus les plus exposés aux risques psychosociaux (RPS). Ainsi, ils sont 49 % en DP, contre 43 % pour les salariés qui travaillent sur site.

Il faut dire que 40 % des salariés “saturent” du télétravail. Une augmentation de 10 points par rapport à avril 2020.  Au bout d’un an de quasi “full remote”, la moitié d’entre eux affirment notamment que le manque de lien social “impacte négativement le sens qu’ils donnent à leur travail”.

Dans ce contexte, “un certain désengagement se confirme, avec la perspective d’un important turn-over après la crise”, observe Empreinte Humaine. Ils sont notamment 35 % à déclarer qu’après la pandémie, ils chercheront un autre travail “qui a plus de sens”. En outre, 65 % “n’accepteront plus de travailler dans des environnements de travail négatifs pour leur santé psychologique”.

 

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Des difficultés à décrocher persistantes

Troisième constat : les salariés ont de plus en plus de mal à décrocher. Ainsi, 30 % “n’arrivent pas à se détacher psychologiquement du travail”. En outre, 20 % ne parviennent pas à “s’organiser du temps libre” pour récupérer en dehors de leur activité. Bien qu’ils soient 63 % à avoir pris conscience avec la crise “qu’ils doivent attacher moins d’importance au travail dans leur vie”.

Cette difficulté à déconnecter provient en partie du “télétravail gris”. Un télétravail non encadré, “pas forcément illégal, mais pas assez clair”, qui continue de prédominer. En dépit de la signature d’un accord national interprofessionnel“Les salariés ne savent pas s’ils peuvent faire telle ou telle chose, et n’osent pas en parler. Il peut s’agir, par exemple, de prendre ou non une pause pendant une heure pour partir récupérer son enfant à l’école. Il peut aussi s’agir de leur droit à la déconnexion”, décrit Christophe Nguyen, psychologue du travail et président du cabinet.

 

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Un télétravail encore mal encadré

En raison de ce “gris persistant”, 60 % des salariés constatent que certains de leurs collègues “travaillent trop”, et 50 % déclarent “travailler plus tôt et finir plus tard”.

En outre, face à ce télétravail non encadré, 33 % des télétravailleurs ont l’impression de “ne pas respecter le droit du travail”. À cause “d’horaires à rallonge et de droits / devoirs encore flous. Ne pas être certain d’être dans les règles est aussi très stressant”, explique Christophe Nguyen. Alors que les attentes “sont de plus en plus fortes autour de l’équilibre des vies”, l’enjeu pour les employeurs sera “d’éviter que tout ce gris génère des malentendus délétères”, ajoute-t-il.

Pour le psychologue du travail, “il faut clarifier les droits et les devoirs, dès maintenant, même si l’on reste en mode crise. Passer du temps à dire ce que chacun a le droit ou non de faire ; quand il peut, et quand il doit, débrancher”.

“Le surinvestissement pose un vrai enjeu de santé. Il concerne autant les managers, qui sont constamment sur le qui-vive et qui ne montrent pas le bon exemple, que leurs collaborateurs, qui se mettent une pression trop importante”, constate Christophe Nguyen. Et d’ajouter que les employeurs ont tout intérêt à “donner un cadre” et à sensibiliser tout le monde, des chefs d’équipe aux employés. Avant même de couper l’accès au réseau de l’entreprise à partir de 18 heures.

 

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(1) Étude réalisée avec OpinionWay du 1er au 10 Mars 2021 auprès de 2 008 salariés français.

(2) Le terme “télétravail gris” désigne le télétravail informel, régulier ou occasionnel, ne relevant d’aucune contractualisation spécifique ou choix organisationnel de la part de l’entreprise, sans charte, ni accord, ni avenant au contrat de travail. Il représentait 70 % des pratiques de télétravail en entreprise en France en 2015, selon une étude BVA. Fin 2020, il n’était plus que de 60 %, selon une étude européenne, mais concernait tout de même deux tiers des télétravailleurs français. Sans contrôle, le service des RH ne peut, dans ce genre de situation, garantir que le salarié respecte la déconnexion.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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