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Conduite du changement, QVT, digitalisation : comment les pratiques RH et le rôle des DRH vont changer

, par Fabien Soyez

Après un an de crise, quel horizon pour les RH ? Quel rôle pour les DRH ? Top Employers Institute et Payfit ont chacun publié une étude sur les tendances RH. Vincent Binetruy, directeur France du Top Employers Institute, et Mathieu Bernard, directeur France de PayFit, nous livrent leur analyse.

Les pratiques RH ont-elles évolué avec le Covid ?

Vincent Binetruy : La pandémie a catapulté les organisations dans le futur du travail d’une manière inédite, et dans ce contexte, les DRH ont su s’adapter pour répondre aux exigences de leur marché, faire évoluer la culture d’entreprise et développer de nouvelles formes de leadership.

La transparence est d’abord devenue primordiale. Les DRH ont eu à cœur de développer un management moins infantilisant, avec l’idée que l’on considère les salariés comme capables d’entendre aussi les mauvaises nouvelles. Ils ont aussi mis en place de nouveaux dispositifs pour mesurer la qualité de cette communication, afin de s’assurer que les informations sont aussi bien comprises. Dans cette tendance à la transparence, les DRH ont aussi essayé de recueillir davantage les feed-backs des salariés. Ils ont intensifié la mesure du climat social, d’une façon plus systématique.

La crise a en outre accentué l’importance de la QVT. La thématique du bien-être est celle sur laquelle on observe une nette progression des pratiques. 74 % des DRH ont défini une véritable stratégie en la matière. Concrète, avec une approche holistique couvrant la santé personnelle et professionnelle, physique et psychologique. Par ailleurs, dans un contexte de télétravail généralisé, 86 % ont offert plus de flexibilité aux collaborateurs. 48 % leur ont même accordé une totale autonomie sur le choix du lieu et des horaires de travail. En conséquence, les managers laissent leurs collaborateurs faire évoluer eux-mêmes le contenu de leurs objectifs, et les DRH accordent des calendriers flexibles.

 

Mathieu Bernard : Les difficultés traditionnelles des RH se sont accentuées avec la crise. Autour de trois enjeux : la conformité juridique, les évolutions réglementaires, et le temps alloué aux tâches administratives. Se sont notamment posés des défis liés à la paie et à l’activité partielle, ainsi qu’aux congés Covid ; tandis que des centaines de textes de lois sont sortis au printemps 2020. Les DRH ont aussi été beaucoup plus sollicités par leur direction, ainsi que par les salariés eux-mêmes. Leur rôle a enfin été clé dans l’accompagnement des managers, afin de les aider à gérer leurs équipes à distance.

 

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La crise a aussi favorisé une plus grande digitalisation de leur métier…

VB : Elle a été très forte en 2020 avec la mise en place du télétravail et du chômage partiel, et la nécessité pour les DRH de se dégager du temps pour pouvoir gérer la crise. Ils ont accéléré la digitalisation d’un certain nombre de services RH (en particulier les processus de recrutement et d’onboarding) ; permettant aux collaborateurs et aux managers d’être plus autonomes. L’une des priorités des DRH sera d’accroître encore plus cette digitalisation.

MB : Les RH se disent en majorité épuisés, et 80 % pointent un manque de temps. Le déploiement des outils digitaux apparaît comme la solution la plus efficace pour les soulager des tâches chronophages. Autre facteur favorisant la digitalisation de leur métier : la conscience écologique. L’envie de limiter l’utilisation du papier a augmenté de 13 points en un an.

 

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Le rôle des DRH et des RH a-t-il changé, plus globalement ?

VB : Les DRH ont un rôle encore plus stratégique dans la conduite du changement. Ils achèvent une mue qui les rend désormais incontournables dans l’accompagnement de la transformation de leur entreprise. Ils ont démontré une agilité sans pareille depuis le début de la pandémie. Ils ont piloté la quasi-totalité des cellules de gestion de crise, pour assurer la continuité de l’activité, garantir le bien-être des collaborateurs, et soutenir les managers. Le tout au prix d’une charge de travail et d’un niveau de stress très important.

Leur place est de plus en plus centrale, car la dimension humaine est plus que jamais primordiale (changement organisationnel, digital, managérial). De fait, 100 % des dirigeants Top Employers France affirment de façon explicite l’importance d’aligner stratégie RH et stratégie d’entreprise. Dans cette optique, la fonction RH a la responsabilité d’aider les collaborateurs à comprendre l’impact du changement sur leurs missions et leurs responsabilités, et d’ajuster les processus pour soutenir la transformation de l’entreprise. Dans ce cadre, les RH sont en outre garantes des standards éthiques de l’entreprise. Le rôle des DRH sera de plus en plus de préparer leur organisation pour demain, en l’incitant à développer une démarche RSE.

 

MB : Si les RH se disent épuisés, ils n’ont jamais été autant au cœur des sujets business, et de la stratégie. Et ils ne se sont jamais autant (95 %) sentis utiles et motivés. 71 % ont choisi leur métier pour sa dimension humaine et sociale : accompagner l’évolution des salariés, faire évoluer la culture d’entreprise en valorisant les compétences, leur apporter du bien-être. Aujourd’hui, ils ont l’occasion de s’impliquer vraiment dans ce sens.

Les DRH seront clés dans la reprise, qui impliquera d’accompagner les collaborateurs dans de nouveaux rythmes de travail, et de se soucier des enjeux de QVT. On assiste à la transformation d’un métier très administratif à un rôle, stratégique et humain, d’accompagnement des collaborateurs. Ils seront demain à la fois au cœur du business, et au centre des stratégies QVT. Leur rôle en matière de formation et d’évolution de carrière, pour faire grandir les collaborateurs, mais aussi les managers (afin notamment d’aider ces derniers à devenir des “coach”), sera aussi plus important.

 

(1) – “Tendances RH 2021”, Top Employers Institute, avril 2021.

– Baromètre 2021 “Les RH au quotidien”, Payfit et les Éditions Tissot, mai 2021.

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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Vos réactions (1)

  1. Rosalie WILLSON, le

    Rien ne remplacera la présence humaine. Les vendeurs ou les acquéreurs ne voient pas toutes ces systèmes de digitalisation. Ils voient uniquement la personne qui est devant eux et soit ils la font confiance, soit ils continuent à chercher une autre agence immobilière.

    D’autre part, ayant une expérience en immobilier plus de 18 ans, je vous avoue que la digitalisation immobilière est importante pour l’organisation de l’agence. C’est grâce à l’organisation que les clients nous font confiance, car c’est un critère d’un professionnalisme : pouvoir faire une bonne gestion client, un bon suivi et relance client. Et si aujourd’hui cette organisation est possible avec la digitalisation, donc il faut l’admettre et avancer avec ça. Il y a longtemps que je travaille avec logiciel agent immobilier IWS et ils ont mis en place les machines virtuelles pour mon équipe et le système VOIP. Cela m’a donnée la possibilité de rester en contact avec tous mes vendeurs et acquéreurs pendant les 2 confinements. Prendre soin de vos clients même pendant la pandémie, c’est ce qui importe le plus.

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