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Digital learning : Le mobile a la cote

, par Camille Boulate

Avec l’essor du digital, les outils numériques pour se former se multiplient et ont de plus en plus de succès auprès des salariés. Pour les entreprises, les nouvelles technologies apportent de nombreux avantages comme permettre aux collaborateurs de suivre un cursus où et quand ils le souhaitent tout en réduisant les coûts et les déplacements. Pour autant, selon les experts, le digital learning n’est pas prêt de remplacer les temps de formation en présentiel. Bien au contraire. Décryptage.

 

Classes virtuelles, quiz, Mooc, podcast, réalité augmentée, chatbots… Depuis quelques années, avec la multiplication des nouvelles technologies, la formation en entreprise prend un tout nouveau visage. Et cela n’est pas uniquement le cas pour l’enseignement à distance. “En effet, le digital learning fait référence à la fois aux nouvelles plates-formes qui se développent pour favoriser le e-learning mais aussi à l’intégration d’outils digitaux lors de formations présentielles”, analyse Noria Larose, fondatrice de l’agence Nell, spécialisée dans la formation digitale. “Il ne faut pas croire que le digital learning est la même chose que le e-learning, abonde Geoffrey de Lestrange, directeur marketing produit pour l’Europe chez Cornerstone, société commercialisant des solutions digitales de gestion de talents (recrutement, formation, etc.). Le digital learning ce sont tous ces outils permettant aux collaborateurs de se former dans le flux du travail, que ce soit à distance ou en présentiel.”

Dans ce contexte, exit l’idée reçue que les technologies numériques feront disparaître les temps de formation historique, dans une salle, face à un formateur en chair et en os. “Le digital ne remplacera jamais le présentiel. Ce sera toujours complémentaire car l’humain reste important, notamment pour des travaux collectifs”, affirme Noria Larose. Même son de cloche à l’Edhec, où la majorité des diplômes proposés en e-learning démarrent par une semaine d’intégration sur le campus. “Cela permet que tous les membres de la promotion se connaissent. Un vrai plus pour les travaux en groupe qui se feront à distance. Car on travaille beaucoup mieux avec des gens que l’on connaît, c’est indéniable”, confirme Benoît Arnaud, directeur de l’Edhec Online, division dédiée à l’enseignement en ligne.

 

Engager les collaborateurs

Et avec l’apparition des nouvelles technologies, l’une des problématiques des entreprises face à leurs collaborateurs reste de les inciter et de les convaincre de se former. “C’est un enjeu majeur, admet Geoffroy de Lestrange. L’entreprise doit donc se concentrer sur l’engagement des collaborateurs et s’assurer d’avoir des contenus intéressants mais aussi accessibles sur tous les supports.” En effet, parmi les tendances qui s’affirment, le mobile learning figure en tête. Désormais, les salariés veulent pouvoir consulter leurs programmes de formation, partout, tout le temps et depuis, n’importe quel support, que ce soit d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un smartphone. “Par exemple, le temps de transport pour aller au travail et rentrer à son domicile est devenu un vrai moment de formation pour les collaborateurs qui sont, de fait,  plus disponibles et prennent le temps de regarder des vidéos, de lire des articles ou des documents plus longs, plus fouillés”, assure Benoît Arnaud. “Le micro learning, c’est-à-dire des vidéos courtes, des quiz ou autres accessibles en off line sont très plébiscités”, ajoute Geoffroy de Lestrange.

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C’est notamment pour répondre à cette tendance que Norauto a fait appel à Cornerstone en 2015 pour structurer son offre de formation. Car si l’entreprise s’était saisie du sujet depuis le début des années 2000, la plate-forme utilisée pendant plus de 15 ans et élaborée en interne avait atteint ses limites. “Elle fonctionnait très bien mais il y avait une énorme contrainte : elle n’était pas responsive et donc pas accessible depuis un mobile, se souvient Nicolas Pizzonero, digital learning manager chez Norauto. C’était devenu très handicapant, car l’expérience utilisateur était vraiment vieillissante.” Depuis ce changement, l’entreprise propose donc ses cursus sur l’ensemble des supports en mixant tous types de formats : classes virtuelles, vidéos explicatives, lecture de documents mais aussi formation présentielle. “Ce qui est réellement nouveau, c’est qu’en étant accessible depuis un mobile, nous devons proposer un format court, voire très court, affirme Nicolas Pizzonero.

Cela demande aussi d’être davantage interactif avec le collaborateur. On n’est plus du tout sur un simple Powerpoint où il appuie sur ‘suivant’.” Pour  Geoffroy de Lestrange, le côté expérientiel est très important, voire primordial. “Il faut donner envie d’apprendre. Cela va vraiment faciliter la mise à jour des compétences. Par exemple, si une entreprise doit déployer une formation sur la conformité, si elle le fait correctement et sur un maximum de supports, les salariés seront plus vite formés, c’est une certitude.” En revanche, tous les experts sont unanimes, une formation ne peut reposer uniquement sur du mobile learning. “Ce ne sera qu’une des modalités du cursus. Car on ne propose généralement pas les mêmes contenus et on ne vise pas non plus les mêmes objectifs”, prévient Noria Larose.

 

Nouvelles pratiques

Face à l’évolution des pratiques des collaborateurs, les entreprises sont donc dans l’obligation d’innover et de proposer différents types de formats. L’objectif ? Ne pas lasser les équipes mais surtout déployer de nouvelles façons de se former, plus ludiques et parlantes. Parmi les formats qui ont le vent en poupe, la vidéo figure en bonne position. Pour Noria Larose, les entreprises constatent que les salariés sont de plus en plus nombreux à consulter des tutoriels sur Youtube ou d’autres plates-formes.

“La vidéo est donc un bon outil pour se former mais elle répond à certains besoins, notamment pour bien présenter un geste technique, insiste l’experte. En revanche, pour qu’elle soit efficace, il faut savoir filmer mais aussi décrire un geste pédagogique. Tout doit donc être bien réfléchi et pensé en amont.” L’un des avantages du format vidéo reste qu’il est possible de mettre en avant un expert métier de l’entreprise, ce qui est aussi un bon moyen de valoriser les compétences en interne. Autre point positif : il est possible d’adapter la durée et de faire des capsules de formation très courtes, vraiment adaptées au mobile. “Nos modules à l’Edhec ne font pas plus de 3 minutes. Et nous utilisons beaucoup de jeux, des études de cas pour rendre les collaborateurs actifs et créer donc plus d’engagement”, explique Benoît Arnaud.

D’autres tendances liées aux assistants vocaux, aux chatbots mais aussi à la réalité augmentée et virtuelle commencent également à émerger et devront, selon les experts, s’affirmer ces prochaines années. Et même si ces techniques ne se prêtent pas à tous les objectifs et qu’elles représentent un certain coût lié au développement et à la conception, elles peuvent être intéressantes dans des environnements spécifiques. “Comme dans le domaine du nucléaire, où la prévention des risques est importante,  mais où il est impossible d’arrêter une centrale pour simuler une situation de crise. Dans ces secteurs, la réalité virtuelle permet de réaliser ce type de formation et de s’assurer que les collaborateurs maîtrisent toutes les compétences nécessaires, explique Noria Larose.

Déployer de nouveaux outils digitaux pour mieux former ses collaborateurs c’est bien, mais le faire à bon escient, c’est encore mieux. Car aujourd’hui, l’autre défi majeur des entreprises adoptant des Learning management system (LMS) comme Cornerstone, Easy LMS ou encore Dokeos, est de pouvoir proposer le cursus le plus adapté au collaborateur, ce qui est désormais possible grâce à l’analyse des données utilisateurs. “Désormais, il faut pouvoir tenir compte des profils des salariés, de leur niveau et de leurs envies. On ne peut pas avoir la même offre de formation pour tout le monde. Il faut aller au-delà”, affirme Geoffroy de Lestrange. “L’apprentissage doit réellement s’adapter à la personne. Car il n’y a pas deux collaborateurs qui apprennent de la même façon et il est donc essentiel de personnaliser au maximum les cursus”, confirme Benoît Arnaud.

 

Camille Boulate

Camille Boulate


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