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Quand les entreprises s’allient avec l’économie Sociale et Solidaire

, par Fabien Soyez

Un business peut-il être rentable, tout en ayant un impact social, et en ne cherchant pas à gagner de l’argent ? Au-delà de la RSE et de la philanthropie, un nombre croissant d’entreprises se lancent dans le “Social Business”, main dans la main avec des structures de l’économie sociale et solidaire.

Faire du business, tout en ayant un impact social ou environnemental, sans qu’il s’agisse de philanthropie ? C’est la philosophie du Social Business, un modèle entrepreneurial dont la finalité est de résoudre des problèmes sociaux, via une activité rentable, mais sans dividendes. Depuis 5 ou 6 ans, en France, une quinzaine de grandes entreprises du CAC 40, ainsi que des ETI, développent, en plus de leur activité de base, des structures qui n’ont pas vocation à enrichir les actionnaires, mais à servir l’intérêt général. Ainsi créent-elles des “joint venture sociales” (JVS), main dans la main avec des structures de l’économie sociale et solidaire (ESS). “Il s’agit de co-entreprises à vocation sociale, qui s’appuient sur les expertises complémentaires de leurs co-actionnaires pour favoriser l’inclusion par le travail. L’entreprise ‘privée’ apporte sa connaissance sectorielle et des métiers, l’entreprise de l’ESS son approche sociale”, explique Claudine Leclerc, directrice de SocialCOBizz, qui accompagne le développement de JVS. “Il y a un double mouvement : d’un côté, les structures de l’ESS qui cherchent à pérenniser leur modèle malgré des subventions en chute libre ; et de l’autre, des entreprises qui désirent être plus responsables”, analyse Antoine Rieu, chercheur en socio-économie et gestion. Dans le cadre de ses recherches, il a travaillé auprès de SocialCOBizz et d’Ares (Association pour la réinsertion économique et sociale), qui affiche déjà 5 joint-ventures au compteur.

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Si Ares s’est lancée dans les JVS il y a 5 ans, c’est pour “développer de nouveaux programmes plus impactants, plus vite et plus efficacement”. En 2018, l’association a noué un partenariat avec Vinci Construction pour créer LIVA. Cette co-entreprise, qui fournit des prestations de logistique aux chantiers de bâtiment, et dont les salariés sont tous en voie d’insertion, réunit ses co-actionnaires sous la forme d’une SAS. Vinci possède 49 % des parts, et Ares, 51% : “c’est le partenaire social qui a la majorité, afin que le projet social reste la priorité”, indique Anne Rodet, directrice de LIVA. Depuis 2018, Ares a créé 4 autres JVS, avec Accenture, le Groupe SEB et XPO Logistics. De son côté, Vinci en a lancé 5, via Vinci Constructions, Vinci Autoroutes et Eurovia. D’autres grands groupes, comme Danone, Adecco et la Macif, se sont aussi engagés dans cette voie. Pour ces entreprises, les objectifs sont multiples. “Le premier, c’est d’avoir un impact positif, en allant plus loin que la simple RSE. Le second, c’est répondre à des besoins de recrutement en créant des ‘passerelles vers l’emploi’ entre leurs JVS et elles”, explique Claudine Leclerc. Il s’agit aussi d’un outil de marque employeur : “les collaborateurs sont fiers de l’engagement de leur entreprise”. Les JVS peuvent enfin devenir des laboratoires d’innovation : “elles sont l’occasion de développer et de tester de nouvelles activités porteuses, tout en innovant sur le terrain social et environnemental”.

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Pas évident, toutefois, de convaincre les investisseurs que les rendements seront limités. À la Fondation Vinci, Jean-Yves Cojean, délégué général, remarque que lors du développement de Liva, les obstacles rencontrés étaient internes : “un vrai travail de sensibilisation et d’acculturation au modèle du social business a été mené chez Vinci. Nous avons dû faire comprendre aux dirigeants et aux managers de l’entreprise pourquoi elle ne serait pas majoritaire au niveau de l’actionnariat, mais surtout pourquoi il n’y aurait pas, sinon très peu, de profits”. Mais les JVS ne sont pas non plus synonymes de philanthropie. “Il s’agit d’un vrai modèle économique, qui doit être rentable pour assurer aux actionnaires qu’ils n’auront pas de coûts a minima, et qu’ils pourront même gagner à terme un peu d’argent”, indique Angélina Lamy, déléguée générale à la Fondation Accenture. Le retour sur investissement est surtout indirect : “Il ne se mesure pas en dividendes, mais selon son impact sur l’image, les recrutements ou la création de nouveaux marchés”, note Antoine Rieu.

Le social business deviendra-t-il un jour un modèle à atteindre pour toutes les entreprises ? “Ce n’est que le début, mais le potentiel est immense, car ce système est bien plus simple que de se transformer en entreprise à mission”, remarque Claudine Leclerc, chez SocialCOBizz. Elle voit dans la JVS une sorte de cheval de Troie : “en permettant de partager des pratiques de l’ESS, elles est un vecteur de transformation interne. Même s’il reste du chemin à parcourir, elle peut aider à changer beaucoup de choses chez l’entreprise impliquée”.

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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