Entreprise Paul Poupet-ok

Bébés start-upers : Paul Poupet, dénicheur de talents

, par Innocentia Agbe

Via Seed-up, l’entreprise que Paul Poupet a co-fondée, l’entrepreneur a réuni de jeunes diplômés qui vivent et travaillent ensemble autour de projets innovants. Une façon de redonner du sens au travail à ces créatifs qui n’en trouvent plus dans les entreprises classiques.

 

Tour du propriétaire

Paul Poupet, 25 ans, co-fondateur de Seed-up, un concept de hacker houses, nous fait faire le tour du propriétaire. “Ça, c’est une perceuse qu’ils se sont amusés à construire”, “là, ils ont démonté un micro-ondes pour voir le mécanisme”. “Ils”, c’est la bande de petits génies que l’entreprise a rassemblé autour d’elle. Le principe de ces maisons est de réunir des développeurs, ingénieurs et designers, ici en l’occurrence 10, qui vivent et travaillent ensemble sur des projets technologiques innovants. Celle où nous rencontrons Paul Poupet est située à Fresnes (Val-de-Marne), et une autre est en cours d’ouverture à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). C’est un pavillon de banlieue classique, des chambres, un jardin…et un repère de jeunes travaillant dans le secteur de l’innovation : un atelier pour construire et déconstruire, un open space où plusieurs personnes tapotent sur leurs claviers dans une ambiance joviale, des tableaux et des formules un peu partout, quelques détails un peu geek comme la liste des Pokémon, des petits mots pour rire : “Vous êtes les meilleurs amis, les meilleurs cuisiniers, je m’aime. Amour ! Amour !” Les habitants de cette hacker house ont entre 19 et 26 ans. Mais il ne faut pas s’y méprendre, tout ça est très sérieux.

 

Agilité

Lorsque nous nous asseyons dans le canapé au fond de l’open space pour discuter, Paul Poupet nous explique comment Seed-up a été pensé. “L’idée est de créer des maisons indépendantes où à chaque fois, il y a 10 personnes qui travaillent sur l’innovation.” Afin de pouvoir financer leurs propres projets, et se verser des salaires, l’équipe a en parallèle des missions pour des entreprises qui font appel à elle pour développer des technologies, trouver des solutions. “Cette partie occupe 30 % de notre temps”, explique Paul Poupet. Et à elle seule, elle génère 400 000 euros de chiffre d’affaires. Pour l’instant, les contrats viennent à eux.

Nous avons plus de clients que prévu, constate-t-il. Les sociétés ont besoin de nous. Elles sont en difficulté en ce qui concerne l’innovation. Leur R & D n’est plus adaptée. Elles n’arrivent pas à avoir cette agilité qui permet de s’attaquer à un problème, de réunir plein de jeunes. L’intrapreneuriat, l’intra-innovation, sont juste des slides, des mots. De notre côté, vous nous donnez un problème et en deux semaines nous mettons au point quelque chose de très innovant, créatif et technologique.”

Paul Poupet sait aussi vendre son entreprise. Les membres de son équipe proviennent notamment de l’École 42 de Xavier Niel, de l’École Centrale Paris, ou encore de masters en informatique. Lui cumule un double cursus en École de commerce (Essec) et d’ingénieur informatique.

 

Une ultra start-up

Du côté de leurs projets personnels, l’équipe travaille notamment sur une clé USB à stockage illimité. Paul Poupet voit Seed-up comme une ultra start-up. “Nous créons nos projets comme si nous étions un incubateur”, explique-t-il. Le but est qu’ensuite les membres de l’équipe prennent la tête d’un projet spécifique qui sera une start-up à part entière. Il y a aussi un système de participation. Tous ces éléments permettent de créer de l’engagement selon le jeune entrepreneur. Ce que, selon lui, les entreprises n’arrivent pas à faire auprès des profils créatifs. C’est pour cela qu’il espère continuer à développer des hacker houses, même quand il n’y habitera plus.

 

Le paradoxe des entreprises

Nous n’allons pas vivre à 40 ans dans une hacker house. C’est fait pour les jeunes qui sortent d’école afin qu’ils n’aillent pas se sacrifier dans une grande boîte ou dans une start-up où ils vont manger des pâtes. Il y a une dimension un peu politique et sociale.”

Car selon lui, les entreprises ont du mal à laisser la place qu’il faut aux générations Y et Z. “Ce sont des générations auxquelles on a laissé beaucoup d’outils pour faire plein de trucs. Elles ont l’impression que tout est faisable en un clic, et je pense que c’est vrai. De plus, nous sommes dans un pays développé où scolairement on peut arriver à avoir des compétences techniques qui sont très fortes et dans des domaines qui changent tellement rapidement qu’elles n’existent pas forcement en entreprise.” Une envie de “faire” qui selon lui contraste avec le monde de l’entreprise. “En tant que jeune, on nous dit qu’il faut avoir de l’expérience pour faire des choses. Pour moi, le paradoxe est là. Les entreprises auront beau mettre à disposition des Nerfs ou des sabres lasers, ce n’est pas ce qui va créer l’émulation. La solution ? Je pense qu’il faut d’abord donner de la confiance, inverser le sens de l’expérience. Et dire, ‘nous, on s’en fout, on veut de l’expertise’. L’idée n’est pas de dire que vous êtes foutu à 30 ans mais de comprendre ce que chacun peut apporter.

 

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Innocentia Agbe
Journaliste pour Courrier cadres


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