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SCOP : quand les salariés reprennent la main, l’exemple de Duralex

Cet article est issu du dossier "Chroniques d'experts"

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Face aux crises industrielles, un modèle d'entreprise coopérative se démarque par sa résilience et sa capacité à préserver les emplois : la SCOP. En 2024, les salariés de Duralex, entreprise emblématique du verre trempé, ont pris leur destin en main pour éviter la liquidation. Résultat : une renaissance économique et humaine qui inspire.

Par Olivier Meier et Caroline Diard


De plus en plus de salariés font le choix du statut de SCOP pour sauver leur entreprise. On pense notamment à Bergère de France, La meusienne, le thé éléphant. Les plans de reprise sous forme de SCOP permettent d’échapper à une liquidation judiciaire et de conserver le savoir-faire français. 2024 est une année florissante pour les SCOP. Les effectifs croissent de 4 % en 2024, atteignant 62 685 salariés. Leur taux de pérennité à 5 ans, est supérieur à celui des entreprises en France ( 79 % en 2024, contre 61 %).

Malgré ces résultats impressionnants, les SCOP restent largement éclipsées dans les médias par les licornes de la tech. Pourtant, certaines d’entre elles mériteraient d’être mises en lumière. C’est le cas de Duralex, une véritable success story à la française.

Duralex : grâce à la SCOP, le phœnix renaît de ses cendres

Symbole du savoir-faire verrier français, Duralex a traversé un siècle d’histoire industrielle faite d’innovations, de crises et de renouveaux successifs. En 2024, l’entreprise a réussi un nouveau départ sous la forme d’une Société Coopérative et Participative (SCOP). Les salariés sont désormais maîtres de leur destin.

Une histoire emblématique du paysage industriel français

Fondée en 1927 à La Chapelle-Saint-Mesmin, près d’Orléans, Duralex s’est imposée avec son verre trempé, réputé incassable révolutionnant la vaisselle du quotidien. L’après-guerre marque son apogée avec des produits iconiques comme les verres Gigogne et Picardie, présents dans les cantines et foyers du monde entier. Mais à partir des années 1970, la mondialisation fragilise l’entreprise.

Après plusieurs changements de propriétaire, l’entreprise est rachetée en 1997 par l’italien Bormioli Rocco. Elle subit un premier dépôt de bilan en 2005. Une succession de redressements judiciaires s’enchaîne, avec une dernière crise majeure en 2024, accentuée par la flambée des coûts de l’énergie.

Face à la menace de fermeture, les salariés prennent leur destin en main et transforment Duralex en SCOP en juillet 2024. La SCOP doit relancer l’activité avec un chiffre d’affaires en baisse (24,6 millions d’euros en 2023 contre 31 millions en 2022). L’État français soutient cette transition avec une aide de 750 000 euros, et les collectivités locales rachètent le foncier. Pour s’adapter au marché moderne, Duralex mise sur le digital et la vente directe et une diversification des gammes de produits. Ce modèle permet aux 228 employés de détenir la majorité du capital et d’avoir un rôle actif dans les décisions stratégiques.

Un défi collectif

La transformation de Duralex en SCOP représente un tournant majeur pour l’entreprise et illustre plusieurs aspects positifs du management moderne :

  1. Engagement et responsabilisation : ce modèle permet aux salariés de devenir actionnaires majoritaires, les impliquant directement dans les décisions stratégiques et opérationnelles.
  2. Soutien institutionnel et financier : Le soutien de l’État, ainsi que l’aide des collectivités locales pour le rachat du site, montrent une synergie entre les acteurs publics et privés pour sauvegarder l’emploi et le patrimoine industriel.
  3. Adaptation et innovation : face à la baisse du chiffre d’affaires, Duralex mise sur la digitalisation, la vente directe et la diversification des produits. Cette stratégie témoigne d’une capacité d’adaptation aux nouvelles tendances du marché.
  4. Résilience et transmission du savoir-faire : l’attachement des salariés à leur entreprise et leur détermination à préserver le savoir-faire transmis de génération en génération soulignent l’importance du capital humain dans la pérennité des entreprises.
  5. Gouvernance participative : le modèle SCOP instaure une gouvernance plus démocratique, où chaque salarié-associé peut exprimer son opinion et contribuer aux décisions, favorisant ainsi l’intelligence collective et l’innovation participative.

Cette transformation en SCOP représente ainsi un défi collectif qui valorise effectivement le travail et l’engagement des salariés. Elle pourrait servir d’exemple pour d’autres entreprises en difficulté, montrant qu’une approche collaborative et innovante peut être une solution viable pour surmonter les crises économiques.

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