Carrière

Et si on parlait de… Doomjobbing ?

Imaginez un monde où postuler devient un réflexe compulsif : quinze candidatures dans la même soirée, sans lire les annonces jusqu'au bout... Bienvenue dans l'ère du doomjobbing, terme inspiré du doomscrolling sur les réseaux sociaux.

Le monde actuel du travail regorge de néologismes. Des termes innovants qui cristallisent des concepts en vogue. Si certains nous éclairent sur l’avenir du travail, d’autres exacerbent notre confusion et notre anxiété face à un monde en constante mutation. La formule est simple : une chronique, un mot.


Le doomjobbing désigne l’habitude de postuler en masse, ou de scroller sans fin les plateformes d’emploi, par anxiété plutôt que par stratégie. Le mot est né en mars 2026 de la bouche d’une enfant de huit ans : voyant son père, cadre fraîchement licencié, rivé des heures à LinkedIn, elle a lâché « tu fais du doomjobbing ». Tout était dit. Le terme s’est répandu en quelques semaines et le dictionnaire de Cambridge s’interroge déjà sur son officialisation.

Le doomjobbing est avant tout un mécanisme d’adaptation émotionnelle déguisé en productivité : on postule pour se rassurer, pour avoir l’impression d’agir, même quand l’acte n’a presque aucune chance d’aboutir. Selon Monster, 42 % des candidats postulent à quatre offres ou plus au cours d’une seule session, certains envoyant jusqu’à seize candidatures d’affilée, 48 % postulent sans avoir lu l’intégralité de l’annonce et 32 % y consacrent moins d’une minute. Côté entreprise, l’effet miroir est tout aussi spectaculaire : une offre reçoit désormais 242 candidatures en moyenne, soit près du triple de 2017.

La fatigue gagne les deux camps. 66 % des chercheurs d’emploi se disent épuisés par leur recherche, alors même que le marché se refroidit et que seuls 28 % des actifs estiment que c’est « le bon moment » pour trouver un emploi. Jamais on n’a postulé autant, jamais on n’y a cru aussi peu. Le doomjobbing révèle surtout un système de recrutement dans lequel plus personne n’a confiance : les candidats postulent en masse à l’aide de l’IA, les recruteurs filtrent en masse à l’aide de l’IA, et chacun alimente le volume de l’autre dans un véritable cercle vicieux.

Alors, comment en sortir ?

• Simplifiez et clarifiez vos annonces. Face aux 242 candidatures par poste, soyez explicite sur les critères réellement non négociables. Une fiche de poste honnête et précise filtre mieux que dix tours d’entretien et réduit le volume de candidatures à l’aveugle.

• Répondez à chaque candidat, même automatiquement. Le silence, le fameux ghosting, nourrit directement l’anxiété qui déclenche le doomjobbing. Un accusé de réception et un retour clair, même négatif, valent mieux qu’une absence de nouvelles qui pousse à postuler ailleurs en panique.

• Privilégiez la qualité à la quantité pour la mobilité interne. Accompagnez vos collaborateurs vers des candidatures ciblées plutôt que tous azimuts. Un entretien de carrière régulier vaut mieux qu’une vague de départs précipités.

• Repérez le doomjobbing chez vos équipes en poste. Un collaborateur qui postule frénétiquement par peur n’est pas forcément désengagé : il est souvent anxieux. Des points réguliers et bienveillants permettent de désamorcer l’inquiétude avant qu’elle ne devienne un départ.

• Jouez la transparence salariale. La directive européenne sur la transparence des rémunérations, qui entre progressivement en application, rend l’affichage des fourchettes incontournable. Publier ces informations réduit l’asymétrie d’information qui pousse à postuler à tout va.

Le doomjobbing nous rappelle une vérité dérangeante : à force d’automatiser la recherche d’emploi des deux côtés, nous avons vidé la candidature de son sens. Et si, plutôt que de subir cette course au volume, employeurs et candidats réinventaient ensemble une recherche d’emploi plus humaine ?

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