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Pourquoi le pot de Noël ne suffit plus à engager les salariés

Cet article est issu du dossier "Chroniques d'experts"

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Pulls moches, Secret Santa, pot de Noël… et si ces rituels de fin d’année avaient fait leur temps ? À l’heure où l’engagement se joue davantage dans la qualité des liens que dans les cadeaux symboliques, certaines entreprises font un choix radical : offrir du temps plutôt que des objets.

Pulls moches, Secret Santa, soirées rétro… Les fêtes de fin d’année restent un rituel pour de nombreuses entreprises, souvent accompagné de cadeaux qui ne font pas toujours plaisir ni lien. Malgré la bonne intention, ces présents peinent à créer un véritable sentiment de reconnaissance et ces moments festifs ne séduisent pas tous les salariés. D’ailleurs, seules 65 % des entreprises prévoient encore un événement de Noël, contre 75 % en 2019, signe du recul des grandes célébrations traditionnelles.

Ces rendez-vous festifs peuvent être l’occasion rêvée de discuter avec des collègues que l’on croise peu au quotidien, et parfois même de nouer de vrais liens. C’est souvent un moment où l’on se mêle plus facilement aux autres, alors autant en profiter pour échanger avec un maximum de personnes.

Mais tout le monde n’adhère pas à l’idée de fêter Noël au bureau. Selon les chiffres, 19 % des salariés préfèrent carrément boycotter ces moments, et 18 % choisissent la stratégie de l’apparition éclair avant de disparaître entre deux petits fours. Beaucoup participent aussi sans réel enthousiasme, davantage par obligation que par envie. Car lorsque la célébration se déroule sur le lieu et le temps de travail, il est difficile d’y échapper. En revanche, si l’événement sort du cadre professionnel, aucune obligation juridique n’impose d’y assister.

Retenir les talents ? Non : créer du lien

L’engagement ne s’inscrit plus uniquement dans le bien (la possession) mais plutôt dans le lien : un lien social, émotionnel et collectif. Les marques qui veulent toucher les consommateurs doivent cesser de penser en termes de rétention et commencer à penser en termes de lien social.

Il en est de même dans l’entreprise. Autrefois, l’engagement à l’entreprise se construisait autour de paramètres clairs : un bon salaire, une carrière ascendante, une stabilité assurée. Mais le monde du travail a profondément changé. Les repères qui fondaient l’engagement (progression linéaire, loyauté réciproque, appartenance durable) se sont affaiblis. Dans ce nouveau paysage, l’enjeu n’est plus de « retenir » mais de relier. Ce qui incite un talent à rester ne relève plus d’une accumulation d’avantages, mais de la qualité des liens qui l’ancrent dans son environnement.

Bootcamps, défis écolo, escape games : la cohésion version 2025

L’engagement se tisse désormais à travers des dynamiques souvent invisibles : réseaux relationnels internes, micro-rituels, interactions du quotidien… D’ailleurs, un salarié bien intégré dans les réseaux sociaux de l’organisation est 24 % moins susceptible de partir. Les entreprises multiplient aujourd’hui les formats(bootcamp » nature », défis écolo, escape game immersif, atelier musique) pour recréer du lien social, stimuler la créativité et renforcer la cohésion.

Créer ces attaches implique d’orchestrer des moments de connexion, de nourrir la reconnaissance mutuelle et d’instaurer une réelle sécurité psychologique au sein des équipes. Ce sont ces conditions qui renforcent les liens et structurent une adhésion collective durable.

Le vrai cadeau aujourd’hui ? Du temps pour s’engager, souffler, choisir

Certaines entreprises offrent du temps à leurs employés pour pratiquer une activité physique sur le lieu de travail. Certaines organisations, comme Veolia ou Allianz, créent leurs propres équipes sportives. Les salariés peuvent ainsi pratiquer une discipline de manière régulière et prendre part à des défis inter-entreprises ou à des événements sportifs solidaires.

D’autres entreprises accordent du temps à leurs salariés pour réaliser des actions sur leur temps de travail, tout en restant rémunérés. Par exemple, chez Suez, les collaborateurs peuvent accompagner des personnes réfugiées, soutenir des élèves en zone prioritaire ou participer à des collectes de vêtements pour des demandeurs d’emploi. Danone, Electro Dépôt, France Digitale, Luko, Phenix, Swile et d’autres entreprises (représentant près de 53 000 salariés) ont adopté la même logique. En moyenne, elles accordent 3,5 jours par an à leurs équipes pour s’engager dans une cause qui leur tient à cœur. Ces projets donnent une profondeur nouvelle à leur travail quotidien. Ils renforcent à la fois leur épanouissement personnel et leur engagement dans l’entreprise.

Certaines entreprises choisissent même jusqu’à encourager les déplacements à faible empreinte carbone en accordant des congés spécifiques liés au temps de trajet, appelés TTR (« Temps de Trajet Responsable »). Le principe est simple : chaque salarié dispose d’une journée par an, fractionnable en deux demi-journées selon la durée du voyage. C’est notamment le cas de Vendredi, une société spécialisée dans l’accompagnement des engagements sociétaux des entreprises.

Et si le cadeau le plus précieux qu’une entreprise pouvait offrir n’était plus un objet, mais du temps pour souffler, se reconnecter et s’engager ? En privilégiant ces espaces plutôt que des présents symboliques, elle construit une relation plus durable, plus humaine et véritablement plus sincère.

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