Par Robert Papin, auteur du Nouveau Manageur, Gérer Le Changement, (éditions Diateino), et fondateur d’HEC Entrepreneurs.
Nos entreprises emploient plus de 12 millions de salariés et plus de 8 millions d’entre eux travaillent dans des petites et moyennes entreprises ; c’est pourquoi l’avenir de notre pays repose largement sur ses PME. Ces dernières ne survivront que si elles ont à leur tête des dirigeants ouverts sur leur environnement, capables de motiver leurs collaborateurs et soucieux de gérer correctement leurs ressources financières.
Cela semble évident mais l’évidence n’est qu’apparente car il n’est pas aisé pour un chef d’entreprise de sortir de son entreprise pour détecter de nouvelles opportunités s’il consacre toute son énergie à résoudre mille difficultés quotidiennes qui peuvent mettre en danger la survie de son entreprise. Il n’est pas facile pour un dirigeant habitué à tout faire lui-même d’abandonner une partie de ses responsabilités à ses collaborateurs et de faire en sorte que ces derniers acceptent de les assumer. Il n’est pas évident pour des patrons qui sont des hommes ou des femmes d’action d’assimiler des connaissances en gestion financière pour mieux surveiller la rentabilité de leur entreprise et financer correctement son développement.
Il est difficile pour les dirigeants et cadres dirigeants d’être à la fois stratèges, meneurs d’hommes et gestionnaires financiers, d’autant plus que leur situation s’est détériorée. Leurs coûts de production ont été pénalisés par des charges sociales et fiscales excessives et leurs marges bénéficiaires ont été trop faibles pour leur permettre d’autofinancer leur croissance. Les entreprises ont donc été contraintes d’augmenter leur endettement à court terme mettant ainsi leur sort entre les mains des banquiers. Elles ont également souffert des faiblesses d’un système éducatif qui n’a pas su former les collaborateurs dont elles avaient besoin et, pour couronner le tout, elles ont évolué dans un pays qui n’aimait pas ses chefs d’entreprise.
Ces entreprises sont désormais confrontées à la concurrence de pays émergents dont les coûts de main d’œuvre sont incomparablement plus faibles et dont la monnaie est sous-évaluée. Dans toutes les activités à faible valeur ajoutée, et notamment dans les activités industrielles, nos PME ne pouvaient pas lutter. La plupart d’entre elles ont disparu, mettant au chômage des centaines de milliers de salariés.
Aujourd’hui, la situation de nos PME est encore plus inquiétante car les pays asiatiques ont des ingénieurs et des chercheurs qualifiés ; plus aucun secteur n’est désormais à l’abri de la concurrence. Et si demain les salaires chinois devaient augmenter fortement, d’autres pays comme l’Inde seraient en mesure de concurrencer nos entreprises dans les activités à forte valeur ajoutée, y compris les activités de services. Dans tous les domaines où les prix de vente des biens et des services conditionnent la décision d’achat des clients, nos PME sont potentiellement condamnées et l’État ne pourra pas faire face au coût du chômage qui résultera de leur disparition.
Fort heureusement, l’exemple allemand est là pour nous faire comprendre que nos PME peuvent nous éviter un avenir catastrophique. En 2011, la balance commerciale française a été déficitaire de 70 milliards d’euros alors que la balance commerciale allemande était excédentaire de plus de 160 milliards. L’excédent commercial de l’Allemagne était à mettre au crédit de ses PME, notamment à leurs échanges avec l’Asie. Ces PME avaient donc résisté à la concurrence chinoise. Notre déficit commercial avec la Chine était d’ailleurs inférieur de 10 milliards au déficit enregistré avec nos partenaires européens. La concurrence asiatique n’était pas responsable de tous les malheurs des PME françaises. Il fallait chercher ailleurs les causes des difficultés de nos entreprises. Les handicaps de notre législation sociale et fiscale étaient évidents mais dans tous les secteurs touchés par la crise, des PME françaises étaient performantes.
Aujourd’hui, pour améliorer le sort des autres PME, l’État doit à l’évidence alléger le coût social du travail et harmoniser sa fiscalité sur celle de nos partenaires européens, mais nos dirigeants d’entreprise doivent également s’interroger sur leurs propres responsabilités.
Aussi loin que nous remontions dans le temps, la direction d’une entreprise a toujours été un art autant qu’une science. Elle a toujours exigé des qualités de stratège, de meneur d’hommes et de gestionnaire financier. L’importance respective de ces qualités a certes évolué dans le temps, mais aujourd’hui ces trois qualités sont indispensables et aucune d’entre elles ne peut être négligée. Ces qualités peuvent se développer et leur apprentissage n’exige aucune connaissance qui soit hors de portée d’un chef d’entreprise, quelle que soit sa formation d’origine.
C’est ce que je m’efforce de démontrer dans mon dernier ouvrage, Le Nouveau Manager. Je m’efforce aussi de prouver que les dirigeants qui ont du cœur et du courage peuvent non seulement surmonter les obstacles, mais aussi transformer leurs collaborateurs en véritables managers-entrepreneurs désireux de s’approprier le changement et d’en faire un nouveau style de vie… Le rêve de tout chef d’entreprise !
Considérer le changement comme une source d’opportunité et non comme un danger, cela pourrait transformer notre société.
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