Pourquoi la santé mentale est devenue un enjeu stratégique ?
Joséphine Arrighi de Casanova (J.AdC) – La santé mentale a toujours été un enjeu stratégique pour les entreprises. La différence, c’est qu’on en parle beaucoup plus aujourd’hui. Le tournant remonte au Covid-19. Cette période a dégradé la santé mentale des Français, mais c’est aussi pour cette raison que nous en avons davantage parlé. Des célébrités se sont aussi emparées de la question en faisant part de leurs troubles psychiques, comme les sportifs de haut niveau, les chanteurs, les journalistes. Tous ces éléments réunis ont contribué à libérer la parole sur le sujet. Il faut rappeler que la santé mentale en entreprise, c’est avant tout un enjeu de performance économique. Aujourd’hui, les troubles psychiques sont la première cause d’arrêt maladie de longue durée. C’est aussi un enjeu sociétal et de santé publique.
Ce message est-il davantage porté par les jeunes générations ?
J.AdC – Il est vrai que les jeunes ont davantage souffert de dépression pendant la pandémie de Covid-19. Encore aujourd’hui, les chiffres montrent que leur santé mentale se dégrade de façon plus forte et plus durable que les autres catégories de la population. Mais, ils en parlent davantage. La question est moins taboue. En entreprise, les jeunes sont très en attente sur ces sujets. Pour l’employeur, avoir une politique favorable à la santé mentale des collaborateurs répond à des enjeux d’attractivité et de fidélisation.
En quoi consiste la Charte qui vient d’être signée ?
J.AdC – Il s’agit de la première Charte d’engagement pour la santé mentale au travail – portée par l’Alliance pour la santé mentale. Cette initiative est née en 2025 dans le cadre des Universités du Medef. Elle a obtenu à ce moment-là le soutien du Gouvernement. 2025 étant l’année de la Grande cause nationale avant d’être reconduite en 2026. Cette Charte est gratuite et volontaire pour les organisations signataires. Elle propose un référentiel autour de 4 axes. Ce qui leur permet de structurer leur politique et leurs démarches en matière de santé mentale. Elle permet aussi de valoriser l’engagement et les actions des entreprises signataires – au sein de notre écosystème, mais aussi auprès de leur public (que ce soit leurs collaborateurs en interne ou leurs différentes parties prenantes en externe). Enfin, en signant cette Charte, les organisations rejoignent un collectif au sein duquel elles peuvent partager des expériences, des bonnes pratiques ainsi que des outils. On les accompagne dans le déploiement de leurs actions.
Comment accélérer ce passage à l’action ?
J.AdC – Passer de l’intention à l’action est un vrai enjeu. Certaines entreprises ont déjà mis en place un certain nombre de mesures, mais d’autres ont encore des difficultés à s’emparer du sujet et à structurer une approche. La Charte permet justement d’articuler une politique efficace en 4 axes. Le premier axe est celui de la sensibilisation : il permet de lever le tabou et de déstigmatiser les troubles psychiques. Nous devons avoir une compréhension commune du sujet en précisant ce que nous entendons par « santé mentale » au travail. C’est le point de départ de toutes les actions qui vont pouvoir être menées ensuite.