6 à 8 % de personnes en France sont concernées par la dyslexie, d’après la Haute Autorité de Santé (HAS). Environ 10 % le sont à l’échelle mondiale. Ce trouble neurodéveloppemental est souvent qualifié d’handicap « invisible », car il ne se voit pas mais affecte plus ou moins fortement la vie personnelle et professionnelle des individus. Elle entrave principalement la capacité de lecture (lenteur, inversion des mots ou des lettres, fautes d’orthographe, manque de concentration) sans pour autant constituer un déficit intellectuel. Ces difficultés sont souvent décelées chez les enfants de 7-9 ans à l’école. La plupart du temps, elles persistent à l’âge adulte allant jusqu’à « pénaliser certains salariés au travail », affirme Bertrand Descours, fondateur de Lili for Life, une solution technologique pour contourner la dyslexie.
Des difficultés à en parler
Dans les entreprises en France, la dyslexie est méconnue voire taboue. Les personnes concernées, poursuit-il, « ressentent souvent un syndrome de l’imposteur : elles ont des souvenirs terribles de leur période d’apprentissage, ne se sentent pas à la hauteur, elles ont honte de leurs difficultés. Elles ont peur d’être incomprises ou déclassées. Donc, elles préfèrent tout simplement ne pas en parler à leur manager. »
Une perte regrettable pour les organisations, selon lui, car les profils dyslexiques présentent de nombreuses forces. Notamment lorsque les entreprises sont dans des logiques d’innovation ou de rupture. En fonction des objectifs à atteindre ou des compétences attendues, « ils peuvent se retrouver largement au-dessus du lot », affirme le chef d’entreprise. Ils ont, par exemple, une grande créativité. Ils maîtrisent mieux les images/visuels que les mots. Ils sont tenaces et ont un esprit d’équipe très développé. « J’ai rencontré un docteur en chimie extrêmement intelligent dans ce domaine, avance-t-il à titre d’exemple. Il était capable de visualiser dans sa tête des milliers de molécules. Affectés sur le bon poste, ces profils peuvent être brillants en entreprise. Cela leur permet de prendre confiance en eux et de réussir. »
Sensibilisation des RH et des managers
Le fondateur de la solution digitale suggère ainsi aux entreprises d’instaurer un climat bienveillant au long cours afin que les personnes dyslexiques libèrent leur parole. Elles peuvent sensibiliser les RH, les managers ainsi que le reste des collaborateurs afin que tout le monde se saisisse de cet enjeu. En fonction des ressources disponibles en interne (budget, temps), les organisations peuvent organiser des ateliers de rencontres et/ou des webinaires avec des personnes dyslexiques pour partager leurs expériences. C’est le moment adéquat pour citer des rôles modèles dyslexiques, comme Bill Gates, le fondateur de l’empire Microsoft, dans le but de montrer que la réussite professionnelle est à la portée de toutes et tous.
Les RH et les managers peuvent également accompagner les personnes dyslexiques dans un parcours de reconnaissance de leur handicap (RQTH) ; les orienter vers des professionnels de santé comme des orthophonistes ou des psychomotriciens ; ou leur proposer des missions plus adaptées afin d’exploiter leur potentiel. Ils seront alors en mesure de performer et de s’épanouir professionnellement. Dans le même temps, ils peuvent aménager leur poste de travail pour faciliter des tâches complexes, comme la lecture. Le confort visuel (luminosité de l’écran) et un environnement calme sont fortement encouragés. Les flex-office sont à éviter. Ils favorisent les distractions et donc le manque de concentration.
Des entreprises comme Atol, spécialisée dans l’optique et la santé visuelle, sont très engagées sur le sujet. « 80 % des informations traitées par le cerveau passent par les yeux. Se préoccuper de la vision est donc fondamental. D’autant plus dans un contexte où nous utilisons beaucoup les écrans », souligne Emmanuelle Labénère, responsable de la formation chez Atol – qui investit dans la Recherche & le Développement depuis 2018. Depuis peu, l’opticien français propose aux personnes dyslexiques des lunettes intelligentes. Parmi les autres mesures déployées, les équipes ont la possibilité de se projeter dans le quotidien des personnes dyslexiques à travers des mises en situation concrètes. « Cela permet de mieux appréhender ce que certains de leurs collègues vivent et donc de développer une plus forte empathie à leur égard, développe-t-elle. Plus largement, nous sentons que les choses bougent. Nous enregistrons un nombre croissant de clients (Decathlon, Ikea, Microsoft, Total, ndlr), dont les retours sont très encourageants. »
Si les mentalités évoluent, donc, du chemin reste à parcourir pour que l’intégration des personnes dyslexiques en entreprise soit optimale. « La sensibilisation prend du temps, tant du côté des organisations, que des personnes dyslexiques elles-mêmes. Il faut donc renforcer cette sensibilisation qui peut également être bénéfique pour des cadres parents dont les enfants seraient concernés », conclut Bertrand Descours.