Leadership Zidane
Management

Zinédine Zidane : ses forces, ses faiblesses, les écueils à éviter… Son leadership passé au crible

Si la nomination de Zinédine Zidane à la tête des Bleus était prévisible, l'officialisation de sa prise de fonction, fin juillet dernier, a suscité un fort intérêt. Face à des attentes élevées, l'aura du nouvel entraîneur sera-t-elle suffisante pour créer les conditions de futurs succès collectifs ? Regards croisés de Ryne Sherman, directeur scientifique chez Hogan Assessments, et de David Marmo, directeur associé chez Oasys et Cie, auteur de "Football management" (Eyrolles).

Les changements de gouvernance suscitent rarement autant d’engouement. La nomination de Zinédine Zidane à la tête de l’Equipe de France, mardi 28 juillet dernier, était pour beaucoup une évidence. Figure emblématique du football français, héros de la victoire de la Coupe du monde en 1998 et entraîneur au palmarès exceptionnel avec le Real Madrid, le dirigeant de 54 ans était pressenti depuis de nombreuses années comme le successeur naturel de Didier Deschamps. « Il y a une excitation des jeunes joueurs à être supervisés par un grand entraîneur comme lui. Comme tout changement de manager, il y aura aussi sûrement des déçus. Certains auraient peut-être été choisis par Didier Deschamps, et pas par Zinédine Zidane. Comme en entreprise, toutes ses décisions, pendant les premiers mois, seront scrutées de très près », affirme David Marmo, directeur associé chez Oasys et Cie, auteur de Football management (Eyrolles).

Deux leaders, deux styles distincts

A la tête des Bleus pendant presque quinze ans, l’entraîneur sur le départ, mis en lumière une dernière fois à l’occasion de la Coupe du monde, en juillet 2026, a façonné l’une des périodes les plus fastes de l’histoire du football français. Champion du monde en 2018, finaliste en 2022 et constamment parmi les meilleures sélections mondiales, Didier Deschamps a bâti ses succès sur un leadership fondé sur le pragmatisme, la discipline, la stabilité et la responsabilité collective, rapporte Hogan Assessments, référence en analyse comportementale. « Son approche reposait moins sur les individualités que sur la création d’un cadre clair, d’une culture d’équipe forte et d’une vision commune », indique Ryne Sherman, directeur scientifique chez Hogan Assessments.

Zinédine Zidane, quant à lui, arrive avec un profil légèrement différent marqué par de nombreux exploits sportifs. Ils ont participé à accroître durablement son influence planétaire, son aura singulière ainsi que sa capacité à fédérer autour de lui. « Peu de personnalités inspirent autant de respect dans le football français, et rares sont les dirigeants qui prennent leurs fonctions avec une telle légitimité et une image aussi forte », précise le directeur scientifique. David Marmo, auteur de Football management (Eyrolles), abonde en ce sens : « La force du leadership de Zidane est sa capacité à valoriser l’humain. Il crée des relations fortes, de proximité. Il fait confiance à son groupe, et son groupe lui fait confiance. Il a construit un groupe soudé avec des profils de gagnants. Après chaque victoire, il met en avant le groupe : chacun à sa place contribue à son niveau à la réussite de l’équipe. »

Son autre atout est « sa grande expérience en tant que joueur. Il connaît parfaitement le football, la vie d’un vestiaire. Il a déjà tout gagné en club. Tout cela va lui être extrêmement utile ». Enfin, il est « visionnaire et a beaucoup d’humilité« . Le paradoxe de Zinédine Zidane réside dans sa personnalité, souligne David Marmo : « Il est timide dans la vie privée, mais sait donner des ordres dans les vestiaires. » La seule faiblesse que l’auteur perçoit à ce stade, c’est la différence entre le poste de sélectionneur et celui d’entraîneur. Zinédine Zidane va devoir « tout s’approprier après une ère Deschamps qui aura duré une quinzaine d’années. »

Un bon joueur n’est pas forcément un bon entraîneur

D’après David Marmo, toutefois, les grands joueurs ne sont pas systématiquement de grands entraîneurs. Ces profils sont rares : Thierry Henry, Diego Maradona, Michel Platini étaient « d’immenses joueurs, mais n’ont pas réussi à être suivis par les joueurs. Leur aura de grands sportifs les a aidés au début, mais pas après plusieurs défaites. L’autre difficulté, c’est d’expliquer à leurs joueurs, ce que eux faisaient naturellement, avec une sorte de talent inné ». Les grands entraîneurs étaient des « organisateurs » sur le terrain, comme des capitaines, des milieux de terrain ou des défenseurs. Et pas nécessairement des attaquants. Aussi, Zinédine Zidane va davantage faire reposer sa crédibilité sur ses victoires en tant qu’entraîneur que sur sa carrière de grand footballeur.

Le plus grand défi de Zinédine Zidane avec l’Equipe de France, ajoute l’expert, sera notamment un défi technique, avec de nombreux talents au sein de l’Equipe de France, ainsi que d’arriver après une Coupe du monde où les Bleus ont perdu en demi-finale contre l’Espagne, mardi 14 juillet dernier. « Il devra avoir la capacité à imaginer des plans B, C, D, quand le plan A ne se passe pas comme prévu et que les difficultés sur le terrain s’accumulent face à une équipe organisée comme l’Espagne. » Zinédine Zidane va aussi devoir adapter son style de management : diriger une équipe au quotidien est différent que la superviser ponctuellement. « Il va devoir recomposer son groupe avant chaque grande compétition. Les relations sont plus distendues. »

Le mythe du « leader providentiel »

Autre point de vigilance, selon Ryne Sherman : un enthousiasme, parfois excessif, suscité par l’arrivée d’un leader tel que Zinédine Zidane. Lorsqu’une organisation traverse une période d’incertitude, de contre-performance ou de transformation, aussi bien dans le monde du sport que dans celui de l’entreprise, les attentes se cristallisent souvent autour d’une personnalité forte, perçue comme « capable de fixer un cap totalement nouveau, de résoudre tous les problèmes et encore de redonner confiance aux équipes. »

Autrement dit ? Qu’il s’agisse d’un dirigeant emblématique, d’une figure politique ou d’un entraîneur de renom, le récit sous-jacent à une nomination est souvent le même : « Une personne exceptionnelle arrive et tout va changer positivement. » Pourtant, les recherches menées par Hogan Assessments démontrent que la performance d’une organisation ne repose jamais sur un seul individu. Il est essentiel de ne pas confondre charisme et efficacité managériale, développe-t-il : « Les leaders charismatiques savent susciter l’adhésion, rassembler les équipes autour d’un objectif commun et insuffler une nouvelle dynamique, notamment dans des périodes de contre-performance, comme celle que nous avons vécue cet été. Mais, la réussite sur le long-terme repose rarement sur une seule personne. Une performance durable dépend de la capacité d’un dirigeant à construire des équipes performantes, à donner une direction claire et à créer un environnement dans lequel chacun peut contribuer au succès collectif« .

Créer les conditions de la réussite collective

En résumé, la transition entre Didier Deschamps et Zinédine Zidane rappelle qu’une succession, y compris en entreprise, ne consiste pas simplement à remplacer une personnalité par une autre. Les transitions les plus réussies sont celles qui parviennent à préserver les forces d’une organisation tout en insufflant de nouvelles idées, une énergie renouvelée et des perspectives différentes. « Peu de choses les différencient : ils ont tous les deux été capitaines, ont un palmarès immense, sont pragmatiques. Ils savent construire un groupe de joueurs extrêmement solide et ont su remporter la victoire quand ils ont été amenés à piloter des équipes. Ce qui fera la différence portera, donc, beaucoup sur l’émulation que Zidane arrivera à créer au sein de l’équipe sélectionnée. »

Un choix fondamental pour l’avenir de l’Equipe de France. « Les dirigeants jouent un rôle déterminant, tant ils façonnent la culture d’une organisation et influencent directement l’engagement des équipes, continue Ryne Sherman. Les études montrent que la qualité du leadership a un impact majeur sur la motivation et l’implication des collaborateurs. Les meilleurs leaders donnent du sens, valorisent les contributions de chacun et permettent d’exprimer pleinement son potentiel. Leur réussite ne se mesure pas à leur capacité à tout contrôler, mais à leur aptitude à responsabiliser, à développer le leadership à tous les niveaux. »

Et Ryne Sherman de conclure : « À court terme, une personnalité forte et reconnue peut incontestablement raviver la confiance et créer un nouvel élan. Mais, les transformations durables ne sont jamais l’œuvre d’un seul individu. Les meilleurs dirigeants utilisent leur influence pour créer les conditions de la réussite collective. En ce sens, la plus grande leçon de leadership de Zinédine Zidane ne résidera peut-être pas dans son palmarès, mais dans sa capacité à s’entourer des bonnes personnes, à construire des équipes solides ainsi qu’à transformer un groupe de talents en une équipe gagnante. » Affaire à suivre, donc…

1 commentaire

  1. RANIA

    J’ai une confiance indéfectible en Zidane, en effet, son humilité, son courage, sa dignité et son savoir faire va nous mener au sommet. Oui Zidane aime relever les défis et en cela il est très fort !!!!
    Vive Zizou !!!

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)