Son père est cambodgien, sa mère chinoise, elle est née en France. Dans ce contexte multiculturel, Thydha raconte avoir reçu « une éducation modeste et paisible dans les quartiers chauds » de Nantes. Sa volonté de s’intégrer aux us et coutumes de son pays natal est forte, mais son intérêt pour l’école est aux abonnés absents. En 2004, âgée de 14 ans, une opération médicale lui donne « encore plus envie de profiter de la vie », se souvient-elle. Des cours particuliers à l’hôpital lui permettent d’améliorer son niveau scolaire. Cependant, sa décision est intacte : elle ne fera pas de longues études !
À 22 ans, bac +2 en poche, elle quitte Nantes pour s’installer à Paris et intègre aussitôt le monde de l’entreprise : « Je voulais me débrouiller par moi-même, gagner mes propres revenus, découvrir la vraie vie. Ensuite, mon parcours professionnel s’est construit instinctivement, au fil des opportunités. Il n’était ni calculé, ni linéaire. » Thydha a commencé en tant que vendeuse, avant de rapidement se dire qu’elle était « capable de mieux ». Elle rejoint Zadig & Voltaire dans le service marketing pendant six ans. « Ma boss croyait beaucoup en moi, j’adorais y travailler », relate-t-elle. Jusqu’à ce qu’une restructuration de l’entreprise, visant à accélérer sa croissance, l’amène à prendre ses cliques et ses claques et à se tourner vers une plus petite structure. À ce moment-là, « j’ai découvert que j’adorais manager des équipes, les faire monter en compétences, développer de nouveaux projets. »
Selon elle, la réussite d’une équipe repose sur deux piliers majeurs : la communication et l’acceptation des autres. « Nous faisions régulièrement des points pour échanger et nous assurer que les objectifs étaient cohérents avec la charge de travail, illustre-t-elle. Peu importe ce qu’il arrivait, nous nous disions les choses ! Le plus délicat, c’était quand les décisions ne m’appartenaient pas, mais qu’elles impactaient l’équipe. »
Prendre des risques
Peu de temps avant le Covid-19, malgré sa satisfaction professionnelle, l’envie de se mettre au vert devient pressante. Thydha quitte son CDI, tandis que son mari Nicolas, alors conducteur de train à la SNCF, lui emboîte le pas. « Nous avions besoin d’un nouveau cadre de vie et d’un travail challengeant. Nous sommes tous les deux des fonceurs. Nous aimons prendre des risques, sortir de notre zone de confort. Et là, nous commencions à nous ennuyer ! », plaisante-t-elle.
Ils décident alors de quitter la capitale et de poser leurs valises à Chinon (Indre-et-Loire), à mi-chemin entre leurs familles respectives. En réfléchissant au lancement de leur activité entrepreneuriale, le vin s’est imposé comme une évidence. Ils prennent contact avec des vignerons implantés de longue date dans le coin et visitent plusieurs domaines viticoles. Ni une ni deux, ils trouvent le site idéal et en deviennent propriétaires après l’obtention du feu vert d’une banque. « Ces terres appartenaient à une famille depuis 30 ans. Ils étaient contents de les céder à des jeunes », dit-elle. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, elle apprend au même moment qu’elle est enceinte de leur premier enfant.
Une fois installé dans sa nouvelle maison, le couple se forme rigoureusement aux pratiques viticoles. Il s’attelle à démarcher entreprises et particuliers via le porte-à-porte, les salons et les réseaux sociaux. Mais entreprendre est loin d’être un long fleuve tranquille ! Les débuts s’avèrent compliqués, les hauts et les bas nombreux, et le syndrome de l’imposteur tenace face aux vins réputés de la région — au point de faire vaciller leur vie personnelle. En 2023, ils se séparent un temps, avant de finalement se rabibocher et de mettre en œuvre une nouvelle stratégie de développement.
En juin 2025, Nicolas a ouvert une cave à manger dans une petite rue commerçante, en plein cœur de Chinon, où il commercialise une partie de leurs produits. Thydha en a pris la charge. « Je rêvais de gérer une telle activité. C’est arrivé beaucoup plus tôt que prévu, se réjouit-elle. J’apprécie la dimension humaine avec les clients. Mais pas que ! Il y a aussi tout ce que j’aimais faire auparavant : le marketing, la communication, développer un site Internet et les réseaux sociaux. Le tout dans l’univers du vin. C’est cette polyvalence qui me comble. » En prime ? Elle propose des pique-niques romantiques dans les vignes.
Depuis l’ouverture de la boutique, il y a plusieurs mois déjà, les retours positifs des habitants se multiplient. Quant aux avis plus négatifs, « ils nous permettent de nous améliorer », relativise-t-elle. Le binôme continue donc de travailler ensemble, mais de manière plus ponctuelle et complémentaire. « C’est un sacré défi de collaborer quotidiennement avec son conjoint. Nicolas et moi avons des tempéraments très différents. Il est important de bien se connaître, d’appréhender les limites de chacun, de savoir se positionner. Je suis contente de notre nouvelle forme de travail », termine l’entrepreneuse. Ce changement de cadre de vie, cumulé à une reconversion professionnelle, aura finalement duré des années. Mais ce chemin jalonné d’obstacles en valait la peine : « Il faut suivre son instinct. C’est toujours la bonne route à prendre ! »