Randonnée manager connaissance de soi
Carrière

« Qui suis-je quand personne ne regarde ? » : la marche aide les managers à mieux se connaître

Dans son ouvrage, "Power Trek. Fais de ta vie une randonnée d'exception" (Le Courrier du Livre), Estelle Calvin partage des enseignements précieux aux dirigeants et aux managers. La randonnée apprend notamment à accepter l'inconfort pour mieux se connaître - sans tricher. Mais aussi, à prendre de la hauteur, à faire de meilleurs choix et encore à accepter ce qui ne peut être changé, mais à agir quand même. Echange.

Après avoir sillonné des centaines de sentiers escarpés en France et dans le monde pendant 15 ans, Estelle Calvin a décidé de recenser les principaux enseignements tirés dans son ouvrage « Power Trek. Fais de ta vie une randonnée d’exception » (Le Courrier du Livre). Si la marche répond aux besoins spécifiques de chacun, certains de ses bienfaits sont universels. La sportive aguerrie a notamment remarqué que la marche réduit le fossé entre la réalité vécue et les aspirations rêvées. Tous les domaines de la vie s’en retrouvent impactés. Désormais, elle accompagne dirigeants et managers dans cette introspection.

L’ancienne professeure d’EPS, actuellement entrepreneuse, leur rappelle d’abord l’importance de s’éloigner régulièrement du bruit, de l’agitation, de la pression et autres urgences incessantes. « Les sur-sollicitations épuisent, la culture de la consommation trouble, l’hyper-confort anesthésie, la technologie sédentarise autant qu’elle isole, le mental dicte, l’individualisme repli », détaille-t-elle. A l’inverse, « le dépouillement matériel, le changement d’habitudes, l’inconnu de l’aventure et l’inconfort momentané poussent à laisser tomber les masques et à dépasser les identités conformes à ce que la société attend ».

En effet, en restreignant toutes distractions (réseaux sociaux, achats compulsifs, nourriture), la randonnée offre de l’espace et du temps pour se reconnecter à soi et à la nature. La marche ébranle les certitudes, les croyances et les limites personnelles. Elle permet des prises de conscience, des décisions autonomes, lucides et créatives ainsi que des processus de transformation. Toutefois, il ne s’agit pas d’intellectualiser la pratique, « mais de l’éprouver avec tout ce qu’elle comprend de difficultés physiques et psychiques afin de l’incarner véritablement. Expérimenter reste la voie la plus directe de l’apprentissage de soi et de l’existence. » Expérimenter ouvre de nouveaux horizons : déjà celui d’avoir découvert quelque chose et de savoir si on l’apprécie (ou non) – plutôt que rester dans la phase d’imagination. Cette nouvelle expérience donne la liberté de se transformer ou d’accepter ce qui est. « Le trek est le reflet de ce qui se joue dans la vie. »

L’inconfort révèle certaines vérités

Quelles soient de courte ou de longue durée, les aventures en pleine nature permettent de lever les peurs. Elles amènent à faire face aux imprévus, aux obstacles, aux doutes. A l’inconfort d’une manière générale. « L’inconnu et l’accumulation de la fatigue font tomber très rapidement les masques. L’itinérance révèle les traits de caractère les plus profonds, les réactions instinctives, les constructions identitaires individuelles et sociales. A travers ces épreuves sportives, on sort de l’illusion. On reconnaît ses forces et ses faiblesses. Personne ne nous voit. Nous n’avons rien à prouver. Finalement, l’individu répond à la question : qui suis-je quand personne ne regarde ? » Cela permet d’incarner véritablement ce que l’on prétend être auprès des autres. Le dirigeant « devient alors une présence charismatique qui ne se discute plus », dit-elle.

Certes, « c’est confortable quand tout se passe sans encombre ». Cependant, c’est lorsque « les situations imprévues se manifestent que l’on déploie ses plus grandes ressources et son plus grand potentiel ». Traverser l’inconfort est un entraînement, ajoute l’autrice : « Plus on s’y confronte, plus on peut le vivre avec confiance, car il devient à la fois familier et plus acceptable. Pas plus confortable pour autant. » Il permet d’apprendre à accueillir ses émotions, à mieux appréhender ses réactions, à trouver les ressources pour les surmonter, à demander de l’aide, à observer certains changements et, parfois tout simplement, à dédramatiser l’inconfort ainsi que la lenteur. En cela, il apprend à respecter chaque étape, à ne pas passer « en force ».

Développer le leadership de soi

Aussi, selon l’autrice, se faire face de manière sincère est « la seule voie possible pour mieux se connaître ». Lorsque cette prise de conscience advient, le dirigeant ou le manager ne peut plus dire qu’il ne savait pas : il a désormais le choix et la responsabilité de ce qu’il se fait vivre quotidiennement. A commencer par entretenir ou bien cesser les ruminations ou les voix intérieures négatives. En changeant d’état d’esprit :

  • De l’apitoiement au respect de soi : « Je ne veux pas vous ralentir » à « Je respecte mon rythme ».
  • Du jugement à la tolérance : « Je n’avance pas » à « Je fais de mon mieux ».
  • Du découragement à la confiance : « Je ne peux pas » à « Je prends le temps de m’apaiser ».
  • De l’anticipation à l’instant présent : « Je ne vais pas réussir » à « Chaque chose en son temps ».
  • De la dévalorisation à l’estime de soi : « Je suis maladroit » à « Je me fais confiance ».
  • De l’exagération à la réalité célébrée : « C’était difficile » à « Je l’ai fait ».
  • De l’agacement à l’acceptation : « J’en ai marre » à « J’ai besoin de faire une pause ».

Mieux se connaître permet, donc, d’adopter une posture plus juste vis-à-vis de soi et des autres. « Le projet personnel ou professionnel n’est plus au centre des décisions, mais l’être devient le centre des décisions », poursuit Estelle Calvin. Le marcheur se découvre des qualités insoupçonnées jusqu’alors, ose quitter une situation qui ne convient plus pour saisir de nouvelles opportunités. En définitive, « apprivoiser l’inconfort est une clé pour ne pas rester coincé derrière les portes des possibles où les regrets sont nombreux. Mais, au contraire, rendre possible ce qui paraissait impossible il y a peu. En devenant le leader de sa propre vie. »

Pour conclure, cet exercice requiert à la fois humilité, sincérité, persévérance, intuition, prise de hauteur. Toujours dans l’objectif de prendre le temps de la réflexion en se connectant à ses ressentis profonds, débloquer certaines problématiques, faire des choix plus éclairés et plus justes pour soi, se sentir aligné avec son quotidien personnel et professionnel. « Certaines situations ou sensations rencontrées pendant la marche ne sont pas compréhensibles dans l’instant, mais prennent souvent tout leur sens plus tard, termine l’infatigable randonneuse. La marche se présente comme une voie de connaissance de soi très puissante. »

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