Les villes moyennes n’ont pas dit leur dernier mot. Globalement, leur dynamique économique est plus favorable que dans les métropoles (+1,9 %), d’après une étude* publiée par France Stratégie en 2022. En deux ans, 160 villes moyennes ont créé de l’emploi (allant jusqu’à +3 %). Neuf villes, en retrait avant la crise sanitaire, ont vu la courbe de leur attractivité s’inverser complètement. Dans le détail, on retrouve une grande partie (40 %) de villes « dynamiques » sur le littoral atlantique (Bayonne, Rochefort, Royan), l’arc méditerranéen (de Sète à Perpignan), la vallée du Rhône (Valence, Orange) et proches de la Suisse (Chambéry, Thonon-les Bains).
Une trentaine de villes (16 %) affichent, elles, un développement plus fragile, notamment dans le centre de la France (Nevers, Châteauroux) et le quart nord-est du pays (Charleville-Mézières, Épinal, Sedan). Tandis que la dernière catégorie porte sur une trentaine de villes « inclassables », en raison de critères divers et instables, en Normandie (Granville, Caen), dans le nord (Berck) et l’est (Troyes et Colmar). Si les effets de la pandémie ont été indéniablement positifs pour ces territoires, « les dynamiques des villes moyennes restent très hétérogènes », affirme Charles-Henry Rouaud, directeur des régions chez HelloWork.
Des emplois rares
Certaines grandes villes intermédiaires, comme Nantes, Rennes ou Angers, ont même enregistré un recul de leurs offres d’emploi en 2025, y compris dans des secteurs d’activité qui résistent habituellement aux turbulences économiques. Entraînant l’année dernière « une forte baisse des CDI », a-t-il remarqué. Contre toute attente, les cadres rencontrent plus de difficultés que les autres à trouver un emploi dans les villes moyennes. « Pourtant, certains sont prêts à sacrifier une partie de leur salaire. Mais les emplois n’ont pas l’envergure qu’ils recherchent, voire ils ne trouvent pas d’emploi du tout », indique Charles-Henry Rouaud.
Autre entrave à leur mobilité ? Le télétravail y est nettement inférieur à celui des métropoles (14,8 % contre 18,9 %). Depuis fin 2024, cette tendance est d’autant plus prégnante qu’un nombre grandissant d’entreprises font marche arrière sur le travail à distance. « Le rapport de force est en train de s’inverser. Ce contexte empêche certains actifs de s’éloigner de leur lieu de travail. Et en freine d’autres, dans l’incertitude. Ils ne savent pas ce que va décider leur entreprise. Ils n’ont pas envie de déménager pour finalement devoir revenir en présentiel sur site quelques mois après », développe-t-il.
Aussi, à défaut de trouver un emploi en tant que salarié, certains osent relever un double défi : changer de région tout en gérant une aventure entrepreneuriale. « Il y a eu une augmentation d’entrepreneurs qui ont quitté les grandes villes après la crise sanitaire pour s’installer dans des villes moyennes », constate Alexandre Salaün, fondateur de Comm’une Opportunité, plateforme nationale qui met en relation depuis 2019 des porteurs de projet avec des collectivités. Julie Nguyen, initialement entrepreneuse à Montreuil (Seine-Saint-Denis), s’est installée à Poitiers où elle poursuit le développement de son entreprise arNuméral. « Toute l’équipe était partante pour partir », se souvient-elle. De son côté, Bertrand Dufour, associé RSM, basé à Lyon, supervise l’activité du réseau dans toute la région. Il explique que RSM a notamment fait le choix de s’installer à Chambéry pour son écosystème local dynamique : « Il faut se faire connaître, faire ses preuves, créer des liens de confiance » avec de nombreux acteurs extérieurs.
Si, comme eux, de nombreux chefs d’entreprise ont vu leur chiffre d’affaires s’envoler dans des villes moyennes dynamiques, d’autres communes, en revanche, peinent à attirer des habitants et à les garder durablement dans la région.
Attirer des habitants
L’attractivité reste, en effet, un enjeu majeur pour certaines villes intermédiaires. Les raisons sont multiples : population vieillissante, pénurie de main-d’œuvre, nécessité de dynamiser le tourisme, etc. Dans la région Bourgogne-Franche-Comté, par exemple, dont les villes clés sont Besançon, Dijon ou encore Auxerre, « ce sont des dirigeants d’entreprise et des élus qui nous ont alertés sur leurs difficultés à recruter« , explique Fabien Ben tayeb, chef de projet attractivité de la région.
C’est pourquoi, en janvier 2024, un dispositif ambitieux a été déployé dans plusieurs départements et intercommunalités volontaires. Par l’intermédiaire de chargés d’accueil, localisés sur ces territoires, un accompagnement personnalisé est proposé – de la prise d’informations jusqu’à l’intégration à la vie locale – aux Français désireux de changer de région. Ces personnes-relais sont en lien avec tous les acteurs des communes visées dans le but d’aider les nouveaux arrivants à trouver un emploi ou un logement. Les profils qui sollicitent leur aide sont variés : « Nous accompagnons des personnes qui savent exactement où elles veulent emménager, car elles ont un attachement familial, y ont passé des vacances ou ont déjà trouvé un emploi. D’autres, issues de grandes métropoles, aspirent à une vie plus calme près de la nature, mais ne savent pas encore où précisément. Cette seconde catégorie est la plus importante quantitativement », constate Julie Plaisance, chargée d’accueil depuis la création, à Vesoul (Haute-Saône).
Des échanges concrets et réguliers
Concrètement ? Cet accompagnement sur mesure passe par des échanges réguliers oscillant entre informations, conseils et services pratiques, comme des visites de maison en visioconférence, le partage d’une offre d’emploi, ou encore la mise en contact avec le président d’un club sportif. « Plus on approche de la date de l’emménagement, plus l’accompagnement est concret », précise cette dernière. Parfois, « nous allons même jusqu’à leur apporter un soutien moral en les rassurant sur certaines craintes qu’ils peuvent exprimer, comme la solitude des premiers temps ou la difficulté à s’intégrer. » L’ensemble du processus s’étale entre 12 et 18 mois en moyenne.
Une exception a, cependant, confirmé la règle. Aude Peil, mère de famille de 47 ans, désormais responsable du service des impôts à Vesoul (Haute-Saône), a organisé son installation en trois mois seulement.En juillet 2024, elle a posé ses valises dans cette nouvelle commune, après trois ans d’expatriation au Chili, avec son mari, ses enfants et ses nombreux animaux : « Je ne connaissais pas le coin. Mais, grâce à des échanges quotidiens et fluides avec Julie, j’avais l’impression de déjà connaître quelqu’un sur le territoire. Elle a été extrêmement dévouée et nous a permis de nous installer sereinement. »
Et Fabien Bentayeb de conclure : « Du début à la fin, nous montrons que nous sommes présents et accueillants. Les nouveaux habitants peuvent être confiants ! » Pour l’heure, 12 000 personnes sont inscrites sur le site de la région, 2 300 rendez-vous ont déjà été pris et 1 300 personnes ont été accompagnées ou sont en cours d’accompagnement. Fin décembre 2026, la région Bourgogne-Franche-Comté – qui enregistre 2,8 millions d’habitants, dont 50 000 nouvelles arrivées chaque année selon l’INSEE – tirera les premiers enseignements de cette initiative. Ce bilan aura pour vocation d’en assurer la continuité. Et peut-être, qui sait, d’inspirer d’autres régions tricolores à lui emboîter le pas…
*Étude « La revanche des villes moyennes, vraiment ? » publiée en janvier 2022 par France Stratégie.