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Outils numériques : Najat Vallaud-Belkacem préconise 8 réflexes pour sortir de l’addiction

Dans son ouvrage "Sevrage numérique. Enquête sur notre rapport aux écrans et comment nous en libérer" (Tallandier), l'ancienne ministre de l'Education prône une sobriété connectée, aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. Cela ne signifie pas d'interdire les outils numériques, mais d'en circonscrire l'usage. Analyse et conseils concrets.

Près de neuf jeunes sur dix se déclarent « dépendants » à leur smartphone, d’après le sondage de l’IFOP pour Agir pour l’Environnement, publié en février 2024. Une addiction qui s’étend désormais à toutes les générations en raison d’une omniprésence des écrans dans la vie de tout un chacun. Au point « d’abîmer autant notre santé individuelle, mentale et physique, que celle de notre société et de notre environnement », alerte d’emblée Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l’Education et autrice de l’ouvrage Sevrage numérique. Enquête sur notre rapport aux écrans et comment nous en libérer (Tallandier). Pour certains, la solution pourrait résider dans l’autodiscipline. Mais ce n’est pas si simple, d’après cette dernière.

Les outils numériques et la manière dont la plupart des individus les utilisent développent, ajoute-t-elle, une forme d’addiction : « Alors même que je me dis « allez, encore une dernière vidéo, et puis j’arrête », je comprends tout d’un coup qu’il en va des smartphones et des réseaux sociaux comme de la cigarette, de l’alcool, de la drogue. Le refrain lancinant qui doit, plus que toute autre phrase, nous alerter. » C’est sans compter sur les troubles cognitifs, affectifs et neurovisuels que cette addiction est susceptible d’entraîner au fil du temps, notamment chez les plus jeunes – et qui conduisent à un ralentissement physiologique.

Des effets délétères nombreux

Les conséquences négatives de cet usage intensif sont nombreuses. Ces nouvelles technologie fatiguent, parfois durablement, engendrent de l’anxiété et une forme de passivité – souvent sans que les utilisateurs en aient vraiment conscience. Dans les cas les plus graves, ces outils digitaux peuvent entraîner du harcèlement en ligne pouvant conduire à de profondes dépressions, voire à des suicides. La contagion des problèmes mentaux, elle, se répand plus rapidement en raison de la viralité des contenus en ligne.

Parmi les autres risques identifiés par l’autrice : le déclin généralisé de l’attention, de la patience et de la persévérance. Si l’on pense que les outils numériques permettent de se détendre et de se divertir, ces sur-stimulations et sollicitations diminuent, au contraire, la mémoire ou la capacité à lire un livre. A titre d’exemple, chaque interruption numérique coûte en moyenne vingt-trois minutes pour retrouver sa concentration et fragilise la capacité à soutenir une réflexion longue ou critique. Ces outils numériques réduisent également les interactions sociales. Les individus ont l’illusion d’avoir des liens sociaux avec leur entourage. Or, un échange numérique ne présente en rien les bénéfices d’un vrai échange verbal.

Ce n’est pas tout ! De nombreuses fausses informations circulent sur la toile. Et nous avons tendance à les croire davantage que les démentis. Ce phénomène porte un nom : « L’asymétrie de la rétention mnésique ». Il existe aussi : « L’asymétrie de l’onction ». C’est-à-dire que la personne qui propage une fausse nouvelle a plus de chances de bénéficier d’une aura numérique importante que celle qui tente de rétablir la vérité. Ce constat est problématique lorsqu’on sait que trois Français sur quatre (soit quelques 50 millions de personnes), dont de nombreux actifs, utilisent les réseaux sociaux pour s’informer.

Outre les fake news et le « piège algorithmique » qui enferment dans certaines croyances, tout le monde, notamment au travail, laisse des traces numériques indélébiles susceptibles de rompre une certaine forme de confidentialité. « En accédant à un site, en installant une application, en écrivant un mail… des milliards de données sont véhiculées au cours d’une vie. Des données dont vous ignorez même que vous les partagez. Mais que vous distribuez sans vergogne sur internet. Qui s’accumulent, jour après jour, mois après mois, dans des data centers », détaille dans son livre, l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem.

8 conseils pour une bonne hygiène numérique

L’environnement numérique entretient aussi (voire accentue) les discriminations, les biais cognitifs, ou encore les stéréotypes de genre, d’après le rapport 2024 sur l’état du sexisme en France du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans le cadre professionnel, ces constats impactent négativement la performance collective, la cohésion et l’innovation. Le rapport de la direction générale du Trésor a indiqué en 2025 que l’économie de l’attention ferait perdre environ 0,6 point de PIB à notre pays. A moyen terme, ce chiffre pourrait monter entre deux et trois points. C’est pourquoi, les entreprises ont divers leviers à leur disposition pour limiter cette addiction et toutes les dérives qu’elles comportent :

  • Sensibiliser les managers et leurs équipes afin de prendre conscience des enjeux cachés des outils digitaux ainsi que de la prise de distance nécessaire avec les contenus qu’ils consomment – qui ne reflètent qu’une infime partie de la réalité. Elles peuvent limiter l’accès à certains sites, rappeler les règles de navigation, mais aussi leur droit à la déconnexion le soir, les week-ends et en vacances.
  • Se limiter à un usage raisonnable. Afficher le temps passé sur les écrans, voire programmer des alertes, peut s’avérer judicieux afin de s’offrir des respirations numériques tout au long de la journée. Que ce soit pour faire des pauses ou se concentrer sur des sujets de fond. Faire un tri dans ses applications, limiter les notifications et recourir au mode « ne pas déranger » est recommandé.
  • Avoir une démarche « proactive ». Au fur et à mesure que nous avançons dans l’histoire d’Internet, les utilisations actives des technologies se sont réduites au profit d’un rapport plus passif. On subit plus qu’on ne choisit ces outils numériques. Il est important de garder son objectif de départ en vue, d’aller à l’essentiel quand on procède à une recherche sans forcément liker, commenter, partager.
  • (Ré)apprendre à dialoguer avec les autres, à commencer par son manager et ses collègues, de manière constructive et apaisée. En étant à l’écoute de perceptions différentes et en les acceptant.
  • Privilégier les échanges réels. Lorsque l’on est au bureau, il est préférable de ne pas passer par des outils de communication, comme Teams ou Zoom, pour faire passer ses messages. Mieux vaut se déplacer dans la pièce d’à-côté pour aller parler directement à son manager ou à ses collègues avec qui on doit travailler. En télétravail, privilégier le téléphone est également une bonne option.
  • Organiser des événements fédérateurs où le manager et ses équipes peuvent échanger – créer ce fameux lien social. En mettant, bien sûr, les smartphones de côté et ainsi éviter le phubbing. C’est-à-dire ignorer un proche pour consulter son téléphone. Ce qui peut être à l’origine de vraies blessures relationnelles. Cette démarche de cohésion limite l’individualisme engendré par les écrans.
  • Eviter certaines plages horaires, notamment avant d’aller se coucher, car les écrans perturbent grandement le sommeil (nuit plus courte, voire insomnie). Pourtant nécessaire pour récupérer.
  • Enfin, faire une activité sportive est essentiel afin de ne pas rester sédentaire toute la journée. Le sport permet d’évacuer le stress, de passer du temps à l’extérieur et de sociabiliser avec ses pairs.

A noter que l’idée, d’après Najat Vallaud-Belkacem, n’est pas de complètement diaboliser les outils numériques – aussi bien dans la sphère personnelle que professionnelle -, mais d’en comprendre les fonctionnements et les conséquences afin de mieux les maîtriser dans le quotidien : « Internet a de nombreux effets positifs. Tant pour l’accès au savoir que pour la circulation de l’information. Le numérique en matière d’émancipation a changé les choses pour bon nombre de personnes. Même le développement de l’IA, qui occasionne actuellement beaucoup d’inquiétudes, a des effets bénéfiques (…) Il contribue en particulier à une amélioration notable des capacités d’apprentissage quand on l’emploie correctement. »

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