En sortant du film Gourou (réalisé par Yann Gozlan avec Pierre Niney et Marion Barbeau / Sociétés de production : Ninety Films, Wy Productions, Ondamax Films, Studiocanal), une pensée m’a accompagnée : ce que ce film raconte dépasse largement son sujet apparent. Il parle de notre rapport collectif aux promesses simples face à des réalités complexes. Ce n’est pas qu’un film sur un homme aux comportements toxiques. C’est un film sur notre difficulté collective à tolérer la complexité, l’incertitude, l’inconfort.
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Paramétrer mes cookiesCette résonance, je la retrouve souvent dans le monde de l’entreprise. Dans certaines situations d’accompagnement, j’entends des managers dire : « Dites-moi quoi faire », « J’ai besoin d’une méthode », « Donnez-moi l’outil qui va régler ça ». C’est ce qui est attendu aussi des manuels ou articles sur le management. Derrière ces demandes, il n’y a pas un manque d’intelligence ou de professionnalisme. C’est autre chose : de la fatigue, une accumulation de tensions, un sentiment de solitude face à des situations humaines devenues floues et instables.
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La tentation des solutions miracles
Le monde du travail est traversé par des paradoxes permanents : performance et bien-être, exigence et écoute, cadre et adaptation, vitesse et profondeur. Ces paradoxes ne se résolvent pas. Ils se tiennent. Et pourtant, nous continuons collectivement à chercher des réponses simples à des problèmes qui ne le sont pas. C’est là que le parallèle est intéressant : comme dans d’autres sphères de la société, l’entreprise peut parfois attendre de ses outils, de ses process, de ses RH ou de ses coachs, qu’ils jouent un rôle impossible — celui de supprimer l’inconfort. Autrement dit, qu’ils apportent des solutions qui soulagent vite, plutôt que des espaces qui aident à comprendre.
Or accompagner ne consiste pas à faire disparaître la complexité. Accompagner consiste à aider à la traverser. L’accompagnement sain ne promet pas la lumière, il aide à traverser la pénombre.
Les vraies difficultés : relationnelles, pas techniques
Dans les organisations, les situations qui épuisent le plus les managers ne sont pas celles où ils manquent de compétences techniques. Ce sont celles où ils sont confrontés à des tensions relationnelles, des loyautés contradictoires, des émotions difficiles, des zones grises. Aucune méthode ne « résout » durablement ces zones. En revanche, il est possible d’aider les managers à retrouver de la capacité de discernement : comprendre ce qui se joue, clarifier ce qui relève des faits, des perceptions, des émotions, des responsabilités de chacun.
De la croyance à la pensée
Là où l’emprise fait croire, l’accompagnement aide à penser. C’est un déplacement majeur : passer de « Trouver la bonne réponse » à « Renforcer la capacité à penser dans l’incertitude ».
Pour les RH, cela ouvre une piste essentielle : ne pas seulement outiller. Ne pas seulement sécuriser. Mais créer des espaces où managers et équipes peuvent déposer, mettre en mots, prendre du recul, sans attendre de solution magique. Dans un monde saturé de solutions, accompagner, c’est parfois simplement tenir un espace où l’on peut recommencer à réfléchir.
Parce que la maturité professionnelle ne consiste pas à ne plus rencontrer de complexité. Elle consiste à développer la capacité à rester en lien, en discernement et en responsabilité au cœur de cette complexité.
Crédits photo : Copyright WY PRODUCTIONS – NINETY FILMS – STUDIOCANAL – M6 FILMS – Photographe Jérome Prébois