Son regard transperce celui de ses interlocuteurs. Impossible de se dérober. Lors de ses reportages aux quatre coins du globe, le grand reporter part en quête de vérité. « Le terrain ne ment jamais. C’est lui qui décide », lance-t-il. À 26 ans seulement, il est envoyé à Beyrouth, au Liban, pour couvrir son premier conflit. Dès cet instant, il le sait : l’envie prendra toujours le pas sur la peur. Les départs s’enchaînent, les reportages aussi. Ce n’est qu’en 2011, lors de l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon, qu’il vit un véritable bouleversement émotionnel. La chaîne d’information pour laquelle il travaillait lui permet de s’y rendre plusieurs fois pour couvrir l’événement. Cependant, « ma rédaction ne pouvait pas m’y envoyer indéfiniment. Il me fallait une nouvelle raison de partir », se souvient-il.
La débrouillardise pour trouver des solutions
Lui vient alors l’idée d’écrire son premier livre ! Grâce au feu vert de l’éditeur Thierry Billard, il y retourne. Encore et encore. Fukushima. Le poison coule toujours (Flammarion Document) finit par voir le jour en 2016. « J’écrivais avant même de devenir journaliste. Mais, depuis que je le suis, je me fais avaler par les événements. Le besoin de retranscrire ce que j’observe, ressens et entends sur le terrain est encore plus fort. L’écriture me fait du bien. Elle contribue à mon équilibre », reconnaît-il. Dès qu’il le peut, ce dernier jette des idées sur le papier : tôt le matin, tard le soir, dans le métro, sur la ligne de front, le week-end. Sans pour autant se priver de moments en famille, précise-t-il.
« C’est une écriture différente de mes reportages TV. Je suis libéré des contraintes liées à l’image. Je vais à l’essentiel, car justement… Je n’ai pas trop de temps à y consacrer. » Si le quadragénaire n’exclut pas la possibilité de rassembler ses souvenirs autour de ses expériences à l’étranger, c’est sur les enjeux socio-politico-économiques de l’Hexagone qu’il a préféré se concentrer ces dernières années. Avec Les têtes baissées (2022) et Ça craque (2023). « La France est l’univers que je maîtrise le mieux. Je pars en reportage dans d’autres pays, certes, mais je n’y vis pas. Après mes missions, je rentre au chaud chez moi », rappelle-t-il, conscient de sa chance.
Son dernier livre donne, notamment, la parole aux Français qui n’ont pas demandé à la prendre. Dans la continuité de cet ouvrage, il sortira Les oubliés (Robert Laffont) en octobre 2025. « De plus en plus de personnes en France ne se sentent pas écoutées, voire déconsidérées, à tous les niveaux hiérarchiques. » Un exercice parfois périlleux, car « il faut convaincre les plus taiseux, ceux qui sont hostiles aux médias afin qu’ils acceptent de se livrer avec sincérité », conclut le grand reporter.