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Filières scientifiques : « À compétences égales, choisissons une femme, car son parcours a sûrement été plus difficile »

Le nombre de femmes dans la science stagne année après année. Dans le même temps, les industries françaises peinent à recruter et à innover. Il est fondamental d'accélérer leur formation, puis leur intégration sur le marché du travail, selon Emmanuel Duflos, président de la Cdefi et Philippe Baptiste, ministre chargé de l'Enseignement supérieur et de la recherche, ainsi que deux ingénieures de terrain chez Air France et ArianeGroup, Emmanuelle Bermude et Astrid Guyart.

En mai 2025, Élisabeth Borne a annoncé son plan « Filles et maths » avec pour objectif d’atteindre 50 % de filles dans la spécialité mathématiques en terminale d’ici à 2030 (contre 42 % aujourd’hui). Elle entend renforcer, dans un second temps, la place des femmes dans les filières d’ingénieur et du numérique. Car, pour l’heure, le bilan est contrasté. Les écoles d’ingénieurs comptent seulement 32 % de femmes, toutes formations confondues, d’après le « Panorama des écoles françaises d’ingénieurs », publié en juin 2024, par la Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs (Cdefi). Parmi les diplômés, elles étaient 29 % à obtenir leur diplôme en 2022, et représentaient 31,6 % des actifs dans le monde du travail.

Année après année, ces chiffres peinent à décoller. La cérémonie Ingénieuses 2025 de la Cdefi, qui s’est déroulée au Medef ce jeudi 15 mai, a rappelé l’importance des femmes dans les métiers techniques et scientifiques : « Ces secteurs – et ce ne sont pas les seuls – restent désespérément très majoritairement des filières masculines », a déploré Emmanuel Duflos, son président. Selon lui, ce n’est « ni un manque d’intérêt, ni un déficit de compétences de leur part, mais un effet persistant et durable des stéréotypes de genre. »

En effet, dès lors qu’il s’agit d’entrer dans un environnement compétitif, poursuit-il, « les jeunes filles, conscientes des attentes ou des doutes que la société place en elles se retrouvent paralysées. Non pas par manque de talent, mais par peur de confirmer une image injuste des femmes en général. Leur travail, leur confiance, leur audace s’en trouvent affaiblis. Certaines d’entre elles prouvent qu’elles peuvent réussir dans ce système, mais cela ne signifie pas pour autant que le système soit approprié pour toutes. »

Les ingénieurs et leur entrée sur le marché du travail.

Source : « Panorama des écoles françaises d’ingénieurs », publié en 2024 par la Cdefi.

Emmanuel Duflos invite donc les écoles et les entreprises à encourager les femmes ingénieures à poursuivre une carrière ambitieuse, et à aller chercher celles qui sont éloignées de cette vocation. « Les écoles et les entreprises ne peuvent pas mener ce combat seules, c’est un combat collectif ! Un enjeu d’avenir et de performance, complète Philippe Baptiste, ministre chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche. Il nous manque actuellement des dizaines de milliers de techniciens et d’ingénieurs, alors que nous devons rebâtir des industries innovantes, efficaces et sobres en France, au service de la transition écologique et de notre souveraineté nationale en la matière. Nous avons un déficit d’attractivité. Le monde du XXIe siècle est un monde de sciences où nous ne pouvons pas nous passer de ce vivier de talents. Nous devons offrir à tout le monde les mêmes conditions d’exprimer son talent afin de faire progresser la société. »

Importance des rôles modèles

Pour ce faire, l’un des leviers majeurs est de mettre en lumière des rôles modèles, des « héroïnes du quotidien qui font bouger le monde », rappelle Philippe Baptiste. Parmi elles ? Emmanuelle Bermude, ingénieure sécurité chez Air France – KLM. La trentenaire, déterminée à déconstruire les stéréotypes de genre, est revenue sur son parcours : « Heureusement, mon école d’ingénieure favorisait plutôt la cohésion que la concurrence. Mais, j’ai tout de même été surprise par le faible pourcentage de femmes. Nous étions seulement cinq sur 80 élèves au total. Pour y remédier, j’ai participé à de nombreux salons étudiants. Je n’ai cessé de dire que nous étions très bien accueillis au sein de notre établissement universitaire ».

Une fois en entreprise, la brillante ingénieure grimpe les échelons en quelques années seulement. Au point de devenir la cheffe d’une équipe de 14 personnes, composée uniquement d’hommes. « J’étais la seule femme et la plus jeune, plaisante-t-elle. Heureusement, je m’en suis sortie grâce à un climat bienveillant. Par la suite, j’ai recruté deux femmes dans le but d’agrandir l’équipe. Dans mon équipe actuelle, nous sommes quatre femmes sur neuf. Nous atteignons presque la parité. Cela apporte un équilibre ! »

Répartition des ingénieurs par secteurs d’activité, taux de féminisation, salaire brut annuel hors primes.

Source : « Panorama des écoles françaises d’ingénieurs », publié en 2024 par la Cdefi.

Encourager la sororité

De son côté, Astrid Guyart, ingénieure aérospatiale chez ArianeGroup, a mené de front une carrière d’ingénieure et un parcours sportifs hors nome en escrime, jusqu’à devenir vice-championne olympique et vice-championne du monde : « J’ai réussi à articuler ces deux projets très exigeants. Je n’ai voulu renoncer à aucune de mes deux passions. Ces voies faisaient sens pour moi, ce sont des projets auxquels je crois. Et quand je m’engage, c’est pleinement ! Je ne ménage pas mes efforts. Avec le recul, je m’aperçois que je n’ai pas vraiment ressenti de freins dans ma carrière. Mais, parce que j’ai décidé de ne pas les regarder ! »

Au cours de son parcours, la question des responsabilités managériales s’est posée : « C’est marrant parce que c’est une femme qui a été la plus dure avec moi en remettant en question mes compétences. C’est la preuve que, dans cette avancée, nous avons besoin des hommes, mais aussi de sororité et de solidarité. Je vais être un peu provocatrice en disant ça : mais à compétences égales, choisissons une femme, car on sait que son parcours a sûrement été plus difficile. Elle a rencontré des obstacles qu’elle a su franchir. Rien que sa présence dit quelque chose de sa personnalité. Il est probable qu’elle mérite davantage le poste visé.« 

Aujourd’hui, termine l’ancienne athlète, « je veille à ce que mes équipes soient paritaires. Mais, je manage les hommes et les femmes de la même manière au sein de mes équipes. Je m’attache à la personnalité de chacun et chacune. Ce qui m’intéresse, c’est l’autre, son potentiel, sa vie. Homme ou femme, il faut pouvoir exprimer sa différence. On ne peut pas être en zone d’excellence si on n’est pas pleinement soi-même ». Son entreprise actuelle promeut la mixité et l’égalité professionnelle dans lesquelles elle est très engagée.

Les deux ingénieures appellent, donc, à « une sensibilisation dès le plus jeune âge, à choisir les matières adaptées pour se donner les meilleures chances de réussir, prendre confiance et donner le meilleur de soi. »

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