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Travailler demain : ce que nous réserve le futur du travail selon Muriel Pénicaud

Cinq ans après avoir quitté le ministère du Travail, Muriel Pénicaud revient là où on ne l’attendait pas : dans les rayons des librairies, avec une bande dessinée intitulée "Travailler demain". Coécrite avec le journaliste Mathieu Charrier et publiée chez Glénat, elle mêle fiction et récits d’experts pour aborder les bouleversements du monde du travail. Un projet singulier, conçu comme une passerelle entre les générations et les univers professionnels.

« On est à une phase, pas simplement de transformation, mais de bouleversement plus profond du travail », explique Muriel Pénicaud dans le 39ème épisode de notre podcast « Good Job ! » (à écouter ci-dessous). À ses yeux, jamais les mutations n’ont été aussi nombreuses et rapides : l’intelligence artificielle, la transition écologique, le vieillissement de la population et la redéfinition des aspirations vis-à-vis du travail se télescopent. « Cela amène quand même un paysage nouveau avec 50 à 80 % des emplois qui vont manquer », prévient-elle.

Des jeunes en quête de sens

Pour parler à tous les publics, la bande dessinée met en scène Soraya, une lycéenne qui interroge le monde du travail à travers des rencontres et des parcours inspirants. Elle incarne les questionnements d’une génération qui, selon Muriel Pénicaud, ne rejette pas le travail mais en attend autre chose. « Le travail n’est plus forcément premier. Il est premier ex æquo ou souvent second par rapport à d’autres dimensions de la vie : famille, amis, loisirs. » Ce changement de hiérarchie des priorités va de pair avec une exigence de sens : « Est-ce que mon job a du sens ou est-ce que c’est du bullshit ? », résume-t-elle.

Vers un management de la confiance

Dans ce contexte, le rôle des managers est profondément questionné. « Le côté hiérarchique, autoritaire, descendant, assez contrôlant […] cela ne marche plus du tout avec les jeunes générations », insiste l’ancienne DRH de Danone. Selon elle, ces derniers attendent désormais des figures de soutien : « Un coach plutôt qu’un boss ». Un changement de posture qui n’est pas forcément évident pour les managers eux-mêmes, souvent formés dans une culture opposée. Mais nécessaire, si les entreprises veulent fidéliser leurs talents.

Travailler ensemble, malgré les écarts d’âge

Muriel Pénicaud le souligne : le vieillissement de la population est une autre réalité qui bouleverse aussi l’organisation du travail. « En France, en 2030, on va avoir pas loin d’un quart de la population active qui aura plus de 55 ans. » Les entreprises devront composer avec des équipes de plus en plus intergénérationnelles, ce qui suppose de dépasser les stéréotypes – notamment ceux pesant sur les seniors. « On a trop longtemps écarté les seniors en France. […] Maintenant, on a besoin de tout le monde à bord », insiste-t-elle. Dans Travailler demain, plusieurs dirigeants — comme Benoît Bazin (Saint-Gobain) ou Sophie Bellon (Sodexo) — soulignent cette nécessité de conjuguer les compétences. Sur les questions émergentes comme l’IA ou la transition écologique, « on va tous se former en même temps, tout le temps, tout au long de la vie ».

À long terme, le plus grand bouleversement pourrait ainsi bien être celui de la formation. Selon l’OCDE, la durée de validité des savoirs est désormais de deux ans. Une révolution silencieuse mais fondamentale : « On ne va pas apprendre pour travailler. On va travailler et apprendre d’un seul mouvement. » Face à cette nouvelle donne, l’enjeu est de créer des modèles d’apprentissage continus, accessibles à tous, tout au long de la vie. Une opportunité plus qu’une contrainte, pour peu que l’on donne à chacun les moyens de se former : « La routine, ça n’existera plus », affirme Muriel Pénicaud avec enthousiasme.

L’avenir se féminise

La place des femmes dans le monde professionnel est un autre thème qui tient à cœur à Muriel Pénicaud, elle qui s’y engage depuis longtemps : initiatrice du programme ÈVE chez Danone, puis fondatrice de l’index de l’égalité professionnelle lorsqu’elle était ministre. Dans la bande dessinée, sept des treize personnalités sont des femmes. Et toutes défendent une vision élargie du succès professionnel. « Les entreprises qui sont plus paritaires sont plus innovantes, plus résilientes, plus performantes. Donc, en gros, qu’est-ce qu’on attend ? », s’interroge-t-elle.

Pour franchir un nouveau cap, elle appelle à une mobilisation partagée : « Nous allons continuer, toutes très nombreuses et tous très nombreux, parce qu’on a besoin des hommes pour essayer de redéfinir le modèle du travail, incluant cette dimension à la fois de justice, mais aussi d’épanouissement et aussi de performance. »

L’IA, entre promesse et vigilance

Impossible de penser le futur sans aborder l’intelligence artificielle. Pour Muriel Pénicaud, l’IA générative transforme déjà le travail : « Cela va libérer du temps, ça va diminuer des tâches répétitives ou des tâches parfois ennuyeuses. » Mais elle insiste : il faut utiliser ce temps gagné pour se recentrer sur des missions que la machine ne peut pas accomplir — l’écoute, la relation, la créativité. Elle cite notamment l’exemple d’un hôpital à Montréal où les robots livrent repas et médicaments… permettant aux soignants de passer plus de temps avec les patients. « Et ça, ça soigne ! »

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