Actualités

« Défendre des valeurs d’humanité n’empêche pas de performer » : découvrez Marine Mandrila, lauréate du Prix Business with Attitude 2025

Dans le cadre de sa 9ème édition, le prix Business with Attitude, organisé chaque année par Madame Figaro, a été remis à Marine Mandrila, cofondatrice de Refugee Food. Lancé en 2015, le projet œuvre pour la réinsertion professionnelle de personnes en situation d'exil. Retour sur un succès exceptionnel mêlant solidarité et performance économique, avec Morgane Miel, rédactrice en chef de Madame Figaro, ainsi que de la dirigeante Marine Mandrila.

Lors de la 9ème édition du Prix Business with Attitude, jeudi 10 avril, cinq finalistes entrepreneures, dont les projets mêlent utilité sociétale et performance économique, ont été mises à l’honneur. « Nous montrons que les femmes qui entreprennent font des choses fantastiques. Elles font le choix de ne pas se résoudre à accepter le monde tel qu’il est. Elles sont libres d’innover, de penser l’avenir autrement. Elles ont toutes un état d’esprit positif et constructif. À mes yeux, elles ont toutes gagné ! », a plaisanté Morgane Miel, rédactrice en chef de Madame Figaro, devant une salle comble au 28 George V à Paris.

Mais, aussi difficile soit-il, le jury composé d’une douzaine de personnes a dû trancher. En 2025, son choix s’est tourné de manière (quasi) unanime vers Refugee Food, cofondé par Marine Mandrila. « Ce n’était jamais arrivé que tout le monde se mette d’accord aussi rapidement, constate Morgane Miel. Je pense que c’est un projet rare, porté par la personnalité solaire de Marine, qui a réussi à concilier un enjeu sociétal fort, tout en étant viable et rentable. Elle a montré que c’était était possible. » Notamment dans un contexte international où des messages violents sont envoyés de la part de certains pays. « Le jury souhaitait récompenser un projet dont les valeurs sont la solidarité et l’ouverture aux autres », note-t-elle. Rencontre avec la lauréate.

Pourquoi avez-vous lancé ce projet en 2015 ?

Marine Mandrila (MM) – J’ai cofondé Refugee Food avec Louis Martin. Ce projet faisait suite à plusieurs grands voyages partout dans le monde. Nous avons traversé 18 pays en allant systématiquement cuisiner et manger chez les personnes que nous rencontrions. L’idée était d’utiliser la cuisine comme alibi pour provoquer ces rencontres et tisser des liens avec les habitants. C’est une activité à la fois universelle et intime. Peu importe les époques, les cultures, nous avons tous besoin de manger trois fois par jour. Mais on ne le fait pas tous pareil. Nous n’y mettons pas non plus la même symbolique derrière. Cela révèle quelque chose du pays où nous nous trouvons, ou bien du pays duquel nous venons. Cela nous ramène à l’essence de ce que nous sommes. Avec Louis, nous sommes restés des passionnées de cuisine. Lors de notre retour en France, la crise migratoire syrienne sur le sol européen nous a poussés à agir. Nous voulions réhumaniser ces hommes et ces femmes immigrés en les réinsérant professionnellement.

©VINCENT ARBELET

En quoi consiste-t-il exactement ?

MM – Ce projet vise plusieurs objectifs : faire évoluer les regards sur les personnes en situation d’exil à travers divers évènements, comme le Refugee Food Festival dans une douzaine de villes en France. Ensuite, travailler sur la formation et l’insertion professionnelle de ces personnes, principalement dans le secteur de la restauration. Nous avons une école de cuisine qui dispense toute l’année des formations diplômantes. Ces formations sont sur-mesure afin de répondre à leurs besoins. Cela passe par des cours de français, de calcul mental, ou encore d’accompagnement social. L’objectif est qu’ils décrochent ensuite un contrat dans un restaurant qui leur convient. Troisièmement, nous avons une entreprise d’insertion qui propose à 25 personnes environ des contrats de travail spécifiques de deux ans maximum. Ces contrats à durée limitée sont des tremplins pour la suite de leur carrière. C’est une manière différente d’apprendre, uniquement par le faire. Cette activité d’insertion propose des services traiteurs aux entreprises parisiennes, ainsi que 600 repas nutritifs et savoureux tous les jours pour les personnes en situation de précarité. Enfin, nous avons lancé une activité d’aide alimentaire avec deux cantines solidaires à Paris.

Gouverner en binôme, qu’est-ce que ça change ?

MM – L’entrepreneuriat en solo, c’est une tout autre aventure. Dans le cadre d’une gouvernance à deux, la responsabilité est partagée. La charge de travail est partagée. Les compétences sont complémentaires. Louis est dans la gestion pure et dure du projet, tandis que moi je maîtrise davantage la communication auprès du grand public. Le chemin d’un entrepreneur, et de surcroît d’un entrepreneur social, n’est pas évident pour de nombreuses raisons. Cela demande beaucoup de persévérance, de résilience, de courage, et d’énergie surtout. Quand l’un est en perte d’énergie, l’autre peut prendre le relais, et inversement. Tout ne repose pas tout le temps sur les épaules d’une seule et même personne. C’est comme un balancier !

©MICHAEL MENDES

Quel mode de management impulsez-vous auprès des équipes ?

MM – Si nous avons commencé à deux, soutenus par nos proches et des bénévoles, nous avons désormais une équipe de 70 personnes à superviser. Je réalise que manager est une vraie compétence. Il faut arriver à mêler leadership, expertise, et qualités relationnelles. J’ai donc décidé de me former récemment pour continuer de m’améliorer en la matière. L’avantage, c’est que notre mode de management est participatif, avec une équipe très impliquée, notamment dans les prises de décision. Avec Louis, nous aimons être challengés sur certaines idées. Nous sommes dans un dialogue permanent et transparent avec notre équipe afin de savoir ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, ce qui pourrait être amélioré. Notre métier a vocation à prendre soin des nouveaux arrivants sur notre territoire, nous essayons de l’appliquer en premier lieu en interne. Nous nous assurons que les compétences, envies, et missions des membres de l’équipe soient alignées afin qu’ils se sentent bien au travail.

Quelles difficultés majeures rencontrez-vous ?

MM – Dans l’économie sociale et solidaire (ESS), le principal risque c’est de s’épuiser à la tâche, encore plus que dans d’autres secteurs et métiers, parce que la mission nous dépasse. Les besoins sont toujours là, urgents et vitaux pour celles et ceux qui en bénéficient. Nous sommes donc très vigilants au respect de certains garde-fous. Nous avons mis en place, par exemple, des ateliers pour apprendre à bien gérer la charge mentale, développer un bon équilibre entre la vie professionnelle et personnelle, sensibiliser aux propos ou actes discriminatoires sur le lieu de travail. Nous proposons une sixième semaine de congés payés pour les non cadres et réfléchissons actuellement à mettre en place la semaine de 4 jours, même si cela nécessiterait de trouver une nouvelle organisation. Nous passons le plus clair de notre temps au travail, il est donc essentiel de créer un environnement sain dans lequel règne un climat de confiance.

Enfin, qu’envisagez-vous pour la suite ?

MM – En 2024, nous étions à 4 millions d’euros de chiffres d’affaires. En termes de développement, nous nous sommes énormément diversifiés ces dernières années. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de structuration et de consolidation. Mais, comme nous cherchons à faire toujours mieux, l’objectif est d’accélérer cette dynamique, notamment dans le reste des territoires français. Notre école vient d’ouvrir une formation à Marseille. Il faut garder en tête que nous n’entrons pas dans des logiques de marché classique. Nous regardons beaucoup nos indicateurs extra financiers. Nous avons un bon taux d’insertion professionnelle après nos formations. En 2025, nous allons former davantage de personnes, une centaine environ. Au total, nous avons accompagné plus de 300 personnes depuis 2019.

Désormais, cap vers 2026, soit la 10ème édition du Prix Business with Attitude. « Les projets que nous défendons véhiculent des valeurs d’humanité qui n’empêchent pas de performer. Ces deux jambes marchent très bien ensemble ! On peut réussir en faisant de belles choses, et faire de belles choses en réussissant. Ce prix, c’est aussi notre histoire d’intrapreneuriat à nous », se réjouit la rédactrice en chef de Madame Figaro.

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)