Pourquoi l’accélération du rythme de travail est devenue la première préoccupation des salariés en France
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Pourquoi l’accélération du rythme de travail est devenue la première préoccupation des salariés en France

Les attentes professionnelles des salariés n'ont jamais été aussi variées d'un profil à l'autre, et changeantes d'une année à l'autre. En 2025, il semblerait que l'accélération du temps au travail soit devenue, pour diverses raisons, leur préoccupation majeure. Explications de Jullien Brezun, directeur général de Great Place To Work, dont l'étude annuelle est sortie ce mardi 4 février 2025.

Great Place To Work a dévoilé son étude* annuelle « Great Insights 2025 », ce mardi 4 février, autour des attentes des salariés français dans leur relation au travail. Presque 8 salariés sur 10 (78 %) ressentent une accélération du rythme des transformations ces dernières années, au point de devenir leur principale préoccupation en 2025. « Nous parlons de transformations culturelle, technologique, managériale, et de compétences attendues dans la sphère professionnelle », détaille Jullien Brezun, DG de Great Place To Work.

Concrètement, cela passe par des projets qui s’accélèrent, des fusions ou des séparations d’activités, des réorganisations internes, des plans sociaux, des compétences caduques, etc. « Les salariés ont la sensation que ce qui était vrai dans le monde d’hier se périme beaucoup plus vite qu’avant dans le monde d’aujourd’hui, qu’il y a plus de pression dans le monde du travail en général », poursuit le dirigeant.

1. IA, climat, recession économique…

Cette sensation d’accélération – ressentie ou réelle – s’explique par différents facteurs. Elle s’est, notamment, exacerbée depuis l’émergence de l’intelligence artificielle (IA) en 2022. Si elle s’impose progressivement dans le monde du travail, elle reste à ce jour une source d’inquiétudes pour beaucoup. D’après l’étude, 43 % des salariés anticipent que l’IA jouera un rôle central dans leurs futures missions : optimiser la gestion des services d’information (42 %) et augmenter la productivité (41 %), en allégeant les tâches répétitives. Pour autant, seul un employé sur cinq se déclare à l’aise avec l’IA. Un sentiment qui monte à près d’un sur trois (29 %) chez les moins de 35 ans. Les directions, quant à elles, semblent désormais mieux préparées et se montrent plus confiantes (42 %). « L’appréhension de l’IA en entreprise se fait à plusieurs vitesses : ceux qui ne savent pas s’en servir, ceux qui sont anxieux face à son déploiement, ceux qui commencent à l’utiliser. Des fractures se créent entre les catégories de salariés », souligne-t-il.

L’autre raison prend racine dans l’urgence environnementale. « Les politiques RSE des entreprises sont au cœur de toutes les attentions. 80 % des salariés pensent que leur entreprise a un rôle à jouer dans les réponses à apporter à la crise climatique. Or, seulement la moitié estime qu’elles en font assez. Eux-mêmes ne se sentent pas pleinement investis dans cette mission. Cela engendre de l’inquiétude, indique le dirigeant. Ils sont formés sur quelques gestes à adopter individuellement, mais rien de concret dans leur activité professionnelle quotidienne n’est proposé. Ce ne sont que de petites actions compensatrices. »

La pression économique, dans un contexte national et international en berne, entraîne enfin un sentiment supplémentaire d’accélération du rythme de travail. « Les salariés qui restent dans des entreprises en difficultés économiques se voient confier plus de charge de travail, ont moins de temps pour réaliser leurs tâches professionnelles, et donc ressentent plus de pression. Tous ces facteurs donnent aux salariés la sensation d’une fuite permanente en avant », alerte le directeur général de Great Place To Work.

2. Impacts négatifs sur la santé mentale

Aussi, cette accélération du temps de travail semblerait davantage subie que choisie par les salariés français. « Elle est majoritairement perçue comme une source de stress, une perte de sens et d’envie. Chez certains, elle impacte négativement la santé mentale« , alerte Jullien Brezun. Un salarié sur 3 déclare que son entreprise met un place des actions de prévention en matière de santé mentale. Mais, seulement un actif sur deux pense que le travail a un impact positif sur sa santé mentale. Ce chiffre chute à moins de 2 sur 5 (38 %) chez les séniors. Les jeunes générations sont plus optimistes : 60 % des 25-34 ans estiment que leur travail contribue à leur bien-être. En revanche, les femmes se disent plus affectées négativement que les hommes : un quart d’entre elles considèrent leur activité professionnelle nuisible à leur santé mentale (soit 6 points de plus que les hommes) ; deux tiers (65 %) voient d’ailleurs le travail comme une source de stress (7 points de plus que les hommes), et 6 sur 10 disent avoir peur d’être licenciées.

3. Semaine de 4 jours, la solution ?

Parmi les solutions ? La semaine de 4 jours ressort du lot. L’enquête de Great Place To Work révèle, en effet, une forte aspiration des collaborateurs à réinventer leur relation au travail. Ainsi, si l’autonomie dans la réalisation des tâches (46 %), l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle (34%) et la convivialité (33 %) en sont des aspects prioritaires, la semaine de quatre jours apparaît comme la solution à privilégier pour le futur du travail. Près de 8 répondants sur 10 (73 %) souhaiteraient en bénéficier.

D’autres solutions émergent, précise Jullien Bezun, comme : la nécessité d’une reconnaissance financière et non financière, l’instauration d’une culture managériale plus efficiente et personnalisée, la création de plus sens dans le travail des collaborateurs. « Les salariés estiment que le monde du travail est une source d’épanouissement, mais parfois ce sont les conditions d’exercice qui sont mauvaises », ajoute-t-il. Il s’agit, selon lui, de laisser les équipes prendre le temps de se former aux nouveaux enjeux et pratiques du monde du travail, prendre le temps de se les approprier, et les rassurer en levant les peurs associées.

« Embrasser ces transformations est essentiel pour ne pas être dépassé, mais il faut prendre en considération la cadence humaine », termine le DG de Great Place To Work. Pour ce faire, il rappelle l’importance « d’interroger régulièrement les salariés en balayant tous les sujets sans tabou. C’est le meilleur moyen de s’assurer que les réponses des entreprises soient toujours en phase avec les aspirations des collaborateurs. Je suis optimiste pour la suite à condition qu’il y ait vraiment une écoute active des deux côtés. »

*Cette enquête, publiée mardi 4 février 2025, a été réalisée en ligne par l’Institut Toluna pour le compte Great Place To Work, en décembre 2024, auprès d’un échantillon représentatif de 4000 actifs français.

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