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Crise sanitaire : “il faut pouvoir opérer dans l’incertitude”

, par Marie Roques

À l’image de l’ensemble des entreprises, l’EDHEC a été touchée par la crise. Une situation sans précédent qui a poussé l’école à se réinventer sous pour autant oublier ses fondamentaux. Le point avec Stéphane Canonne, directeur de l’executive education de l’EDHEC.

Quel regard portez-vous sur la crise que nous traversons ?

La crise n’est pas tout à fait finie mais il est vrai que depuis un peu plus d’un an, nous sommes dans une période qui s’avère être un terreau inouï d’expérimentations. Nous vivons quelque chose d’assez radical avec des changements sévères et des variations d’activité vertigineuse. Cette crise sans précédent, non anticipée a été relativement violente à tout point de vue. Elle nous servira peut-être néanmoins pour plus tard, afin de mieux appréhender d’autres crises qui peuvent arriver. Elle a aussi servi d’accélération de mutations déjà à l’œuvre notamment sur la digitalisation, mais aussi sur les enjeux sociaux et environnementaux. Un certain nombre de mutations se sont fortement accélérées aussi dans le travail en lui-même.

 

Quels seront, selon vous, ses effets à long terme sur les entreprises et le monde du travail ?

Sans aucun doute, ses effets seront assez forts. Même s’il faut toujours se dire qu’on sortira de cette période, il y aura un retour à une situation différente et transformée. Les ingrédients de départ resteront, mais il y aura un retour de balancier sur un certain nombre de sujets importants.On n’arrêtera pas d’aller dans les cafés et les restaurants par exemple, mais pour les entreprises cette crise a fait naître une réelle prise de conscience sur la nécessité d’être à la fois agile, solide et innovant. On ne traverse par les crises si on a déjà des éléments de faiblesse pas seulement d’un point de vue financier mais aussi au niveau du capital humain.

Les entreprises qui avaient déjà des technologies de pointe fonctionnent mieux et affrontent plus facilement ces temps mouvementés. Le retour progressif à une situation plus stable va pousser les entreprises à se soucier de cela, la nécessité d’être agile et de pouvoir par exemple basculer en matière d’activité ou encore de business model. Avoir plusieurs cordes à son arc permet aux entreprises de mieux résister. Je pense par exemple à Fleury Michon qui dispose d’une division dans le domaine de l’aérien qui fonctionnait très fort avant la crise et qui s’est effondré du jour au lendemain. L’essor de l’activité grande distribution a permis d’équilibrer le compte.

Cette crise amène les entreprises à adopter une vision beaucoup plus globale. Il est aussi essentiel d’avoir une approche sur les risques beaucoup plus affûtée et d’être en capacité d’innover tant sur les produits et services que sur le modèle d’affaires. C’est devenu clé de faire évoluer son activité très vite.

 

Que va-t-on en retenir ?

Je pense que plusieurs éléments resteront comme par exemple tous les fondamentaux et notamment avoir des équipes solides et en capacité d’être agiles et innovantes. Toutes les notions autour de la stabilité et les parcours linéaires sont en train d’être éclatées. Il faut désormais vivre dans l’incertitude et pouvoir opérer dans ces temps d’incertitude.

 

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Dans ce contexte, comment adaptez-vous vos enseignements ?

Nous nous sommes adaptés de la même manière que les entreprises. Nous avons basculé nos activités en ligne en un temps record au moment du premier confinement et ensuite, en s’adaptant aux variations des contraintes sanitaires. Nous sommes en capacité d’organiser des événements en présentiel car il est important de garder le contact. Nouvelle contrainte importante pour nous, l’impossibilité de voyager mais nous gérons ce point dans le temps.

En matière de projection, il s’agit d’anticiper les choses au niveau de nos environnements d’enseignement mais aussi sur les contenus. Cette pandémie mondiale fait réfléchir tout le monde. C’est l’occasion de remettre en cause nos certitudes et il n’y a pas mieux pour nous car cela engendre beaucoup d’interrogations et c’est notre rôle d’inviter nos étudiants à se poser des questions.

 

En quoi le management est-il impérativement à réinventer ? Comment voyez-vous son avenir ?

Nous assistons à une mutation du rôle du manager car les organisations sont en train de changer en profondeur. Le management se voit aujourd’hui confier des ressources et une part de l’activité de l’entreprise ce qui change beaucoup les choses car l’environnement fait que son rôle principal va être désormais de créer du sens, de générer de la confiance au sein de son ecosystème et d’adopter une vision holistique et systémique de son activité pour montrer une utilité.

Je pense que nous allons revenir à l’essentiel. Les problématiques de développement durable sont de plus en plus fortes auprès des salariés et des consommateurs et aujourd’hui manager c’est aussi avoir un impact positif pour l’ensemble des parties prenantes. Le manager va avoir un rôle de chef d’orchestre et de point de relai. Son objectif est aujourd’hui de développer des organisations collaboratives autour d’objectifs communs, en plus d’avoir un leadership humain connecté avec la technologie. Les défis sont de taille.

 

 

Marie Roques

Marie Roques
Rédactrice en Chef


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