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HP : pionnier de la Silicon Valley

, par Sylvain Bersinger

Dans l’esprit du grand public, William Hewlett et David Packard sont associés aux ordinateurs et matériels électroniques. On en viendrait presque à oublier que ces deux entrepreneurs américains ont fondé un style de management qui s’est propagé bien au-delà de leur groupe.

L’histoire de Hewlett-Packard correspond point par point à l’image d’Épinal de la réussite entrepreneuriale californienne. C’est celle de deux brillants étudiants de la prestigieuse université Stanford, William Hewlett et David Packard qui, au lieu de rejoindre un grand groupe où une carrière toute tracée les attend, créent leur entreprise dans leur garage. Ils tentent de s’attaquer à plusieurs marchés avant de percer dans les calculatrices, l’informatique et l’électronique pour créer un géant mondial. Depuis, HP est connu dans le monde entier pour ses produits. Ce que l’on sait moins est que ses deux fondateurs ont inventé un mode de management et d’organisation spécifique : le « HP way », ce que l’on pourrait traduire par « la façon de faire d’HP ». L’idée, dans les grandes lignes, est assez simple. Elle consiste à donner le plus d’autonomie possible aux salariés, d’encourager la prise de risque et l’esprit d’initiative pour faire éclore le plus d’innovations possibles. Autrement dit, l’entreprise est organisée en une multitude de départements qui fonctionnent comme autant de petites start-up internes au groupe.

A l’origine du style Silicon Valley

Le HP way est, en quelque sorte, l’exact opposé de l’organisation fordiste du travail, dans laquelle chaque salarié se voit attribuer une tache précise et répétitive, pour laquelle il n’est pas nécessaire, et même interdit, de penser ou de prendre une initiative. Le travailleur fordiste est vu comme une machine humaine, effectuant une tâche que la technologie n’a pas permis de mécaniser. A  l’inverse, le salarié de HP doit être force de proposition et apporter des idées qui ne pourront jamais provenir d’une machine.
La personnalité emblématique de la Silicon Valley, cette région du sud de San Francisco berceau des géants de l’informatique, est sans conteste Steve Jobs. Les débuts d’Apple dans le garage de ses parent adoptifs, les premiers ordinateurs bricolés avec son copain Steve Wozniak, son style décalé, ses cheveux longs et ses régimes à base de carottes en ont fait la figure de référence de l’entrepreneur audacieux qui innove et casse les codes. Pourtant, HP a été créé en 1939, bien avant Apple (1976), Intel (1968) ou Oracle (1977). Ses deux fondateurs sont les réels pionniers de l’entrepreneuriat.

A écouter : Le podcast « Entrepreneur de légende » sur Hewlett & Packard

C’est bien le HP way qui a irrigué le style de management devenu l’emblème des start-up informatiques, basé sur l’aplatissement des hiérarchies, la décontraction vestimentaire et la recherche perpétuelle de la nouveauté. Si William Hewlett et David Packard (décédés respectivement en 2001 et 1996) n’occupent pas, dans nos mémoires, la même place que Steve Jobs, c’est parce que leurs personnalités effacées ne les ont jamais incités à se placer sous le feu des projecteurs. D’ailleurs, même Jobs, qui était réputé pour avoir le sarcasme plus prompt que la louange, a reconnu le talent et l’importance de Hewlett et Packard et leur rôle dans l’émergence de la Silicon Valley. Alors qu’il n’était encore qu’un adolescent bricoleur, Jobs, totalement inconnu, avait passé un coup de fil à Hewlett (son numéro était dans l’annuaire !) pour lui demander les pièces dont il avait besoin pour ses expérimentations. Hewlett les lui avait non seulement données, mais il lui avait même proposé un stage dans l’entreprise !

On touche là une autre particularité de HP. L’entreprise ne cherche pas à vivre en vase clos, mais au contraire s’insère pleinement dans son écosystème. Un des arguments de recrutement a été de dire aux ingénieurs qu’ils apprendraient chez HP à créer leur propre start-up. Il n’est pas commun qu’une entreprise affirme vouloir donner à ses salariés les capacités de la quitter ! Mais HP a compris que le réseau de relations qu’elle entretient avec son environnement est un atout à long terme et que son intérêt est de favoriser l’éclosion d’un écosystème porteur. En cela, HP a également favorisé l’émergence et le dynamisme de la Silicon Valley.

Retrouvez la rubrique « Entrepreneurs de légende » de Sylvain Bersinger dans le magazine Courrier Cadres, à partir du numéro 135.

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Sylvain Bersinger
Economiste chez Asterès et auteur des livres Entrepreneurs de Légende


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