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Confinement ou le rappel de la valeur travail

, par La Rédaction

Plutôt que chercher à prédire un management de l’après, il vaudrait mieux regarder le travail de maintenant, celui du confinement et du dehors, il a beaucoup à nous rappeler. Par Loïc Le Morlec, spécialiste en organisation.

Combien de jours, d’heures, aura-t-il fallu attendre pour voir fleurir sur les réseaux sociaux ces conseils sur comment bien télétravailler ? Un mois de confinement n’était pas encore passé que les experts en management du “jour d’après” venaient déjà remplacer ceux du télétravail. Les réseaux sociaux sont comme un jardin extraordinaire au printemps, ou chaque fleur de saison remplacerait l’autre. Le parallèle s’arrête là car on ne prend pas vraiment le temps de regarder.

Nous ne sommes pas en télétravail pour la très grande majorité de ceux qui doivent travailler à partir de chez eux, mais en “travail confiné” comme l’a très justement nommé Martin Richer, spécialiste du RSE. C’est-à-dire un travail subi, non choisi, non organisé, jamais vécu. De même, personne ne sait ce que sera le jour d’après si ce n’est que beaucoup d’entreprises seront encore en gestion de crise et devront se mettre en mode survie.

On trouve par contre peu de communication des professionnels de sauvegarde d’entreprises. Est-ce surprenant ? Ce qui se dessine n’a encore jamais été vécu et demande une humilité face à ce qui nous attend. Cette humilité qui fait tant défaut aux réseaux sociaux. Il ne faut pas oublier surtout ceux qui dès aujourd’hui ont perdu leur travail, ou encore qui ne pourront pas reprendre leur métier au déconfinement. Oui il convient d’abord de regarder.

 

Un miroir grossissant de nos pratiques managériales

Ce travail confiné ressemble fort à un miroir grossissant de nos pratiques managériales. Ceux qui précédemment faisaient bien les choses, à commencer par avoir introduit une dose de télétravail se sont retrouvés naturellement les mieux armés pour faire face à cette crise. De même, les bons process d’animation d’équipes deviennent naturellement des atouts pour cette particularité à vivre qui va au-delà d’un management à distance. Ceux qui considèrent les membres de leur entreprise comme des personnes avant même d’être des salariés, ont su intuitivement intégrer cette situation si particulière. Il ne s’agit pas simplement de comprendre les difficultés organisationnelles de comment travailler au milieu de son salon avec éventuellement sa famille autour, mais d’intégrer le stress, l’isolement, parfois la souffrance.

A contrario, les mauvaises pratiques se retrouvent amplifiées. Est-il besoin de le commenter ? chacun le constate par lui-même dans cette crise générale. Va-t-on en tirer expérience ? Oui sans aucun doute. Va-t-on en tirer vraiment profit ? Quand on regarde les divers commentaires sur les réseaux sociaux, chacun trouve dans cette crise matière à confirmer sa vision du monde d’avant plutôt que se remettre en cause. On va probablement continuer à vendre les mêmes outils avec en ajout la mention estampillée  “jour d’après”.

 

 

La valeur travail

Avant même de deviser sur ce management de l’après dont on ne sait rien sur les changements qui pourraient l’impacter, cette crise vient de questionner de la manière la plus directe, la plus abrupte qui soit, la notion de valeur travail. Chez les travailleurs confinés le choc a été rude. Il y a ceux dont on a besoin, dont le travail est essentiel, et puis il y a les autres. Une grande banque en a fait un tri, en accordant des priorités de connexions sur ses serveurs surchargés. Quid de ceux qui se retrouvent avec le minimum d’accès ?

L’encadrement est particulièrement visé. Sur Twitter, un cadre désabusé au début du confinement faisait cette remarque : “mon métier c’est de participer à des réunions”. Vu le nombre de vidéo conférences et de “conf call” qui se sont déployées dans certains groupes depuis, il a pu se rassurer. La question de l’apport de valeur du manager est donc encore une fois posée. Un manager qui n’apporte pas de valeur en retranche. Il faudra bien se décider un jour à traiter ce sujet autrement que par le retrancher (1).

Et puis il y a le travail du dehors. Et là c’est la valeur travail, dans ce qu’elle a de plus directe, dans son taux horaire, qui vient nous questionner. On redécouvre les métiers dévalorisés. Toutes ces personnes dont on ne mesurait pas la valeur au quotidien, qu’on ne voyait pas. Les éboueurs, les agents de caisses, les manutentionnaires en logistique, la liste des non reconnus est longue. Toutes ces personnes qui en ce moment risquent leur santé pour nous permettre de vivre, même confinés. A quel prix ?

 

L’après confinement se gère maintenant

Quelles leçons auront nous envie de tirer de cela ? On peut espérer à minima qu’on arrêtera enfin de dire que les salariés ne sont pas engagés. Ceux du dehors, les non valorisés, nous montrent chaque jour le plus fort des engagements. Il faudrait aussi un autre mot qu’engagement pour les métiers de soignants. Dévouement ne serait-t-il pas plus approprié par exemple ? Les mots ont leur importance. Surtout quand demain se posera de nouveau la question de ce qui a de la valeur ou pas.

Dans cette période de survie qui s’annonce, la tentation est grande de demander plus d’efforts. Certains l’ont déjà fait. Il serait préférable pour eux d’accepter de regarder, de voir que les salariés font déjà les efforts, qu’ils sont très majoritairement engagés. Laetitia Vitaud, auteur sur le futur du travail, considère à raison qu’il faudra “ménager” plutôt que manager.

Le confinement a vu souvent la formule “bien cordialement” remplacée par “prends soin de toi”. Oui, il faudra plus que jamais prendre soin de ses salariés, les ménager pour aller plus loin, ensemble. Cela tombe bien, car ce que nous savons des situations de survie, c’est que le plus important est de faire les bonnes choses. Ce n’est pas tant l’énergie qui importe que ce qu’on en fait. Cette énergie qui de toute façon est déjà là. Faire les bonnes choses dans ces périodes de crise, c’est faire des choses justes. Or, ce besoin de justice comme nous le rappelle Alexandra Didry, docteur en psychologie sociale et des organisations, est très fortement exacerbé dans cette période difficile.

L’après confinement se gère donc maintenant. Faire les bonnes choses, ce sera aussi réaliser un travail qui apportera de la valeur. Alors, plutôt que de chercher un management de l’après dont on ne sait ce qu’il sera vraiment, regarder plutôt le travail de maintenant, celui du confinement et du dehors. Il a beaucoup à nous rappeler.

 

(1) Citation empruntée à Yves Morieux économiste au Boston Consulting Group, lors de sa conférence « Smart Simplicity » à l’UCI en 2015.

 

 

L’auteur

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Loïc Le Morlec est spécialiste en organisation. Il prépare actuellement un ouvrage traitant des croyances des réseaux sociaux et leur impact sur le management.

 

 

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