Entreprise CURIE

Travailler comme Marie Curie : Le plaisir, sinon rien

, par Marie Roques

 Femme scientifique de haut rang, Marie Curie a toujours travaillé en fonction de ce qu’elle aimait faire sans jamais oublier de s’aérer l’esprit et de s’accorder de longues pauses pour mieux revenir et être toujours plus performante.

Elle a fait l’objet de nombreux films et inspiré autant de fictions. Elle a aussi marqué l’Histoire en tant que première femme à avoir reçu un prix Nobel. Comme la plupart des scientifiques, Marie Curie vivait pour son travail, portée par l’adrénaline que peut constituer une découverte scientifique. Pour autant, “elle considérait que si on s’ennuyait dans son travail, si on avait l’impression de se sacrifier à sa carrière, on ne pouvait rien faire de bon, explique Natalie Pigeard, historienne au musée Curie, docteure en histoire et spécialiste des femmes en sciences. Selon elle, pour être performant dans un domaine, il fallait y trouver un réel plaisir et c’est d’ailleurs pourquoi elle a encouragé sa deuxième fille à faire du piano et non de la recherche scientifique.”

 

Les compétences selon les appétences

Une conviction qui explique également pourquoi elle partait très souvent en vacances avec son mari. Selon Natalie Pigeard, elle estimait que dans le cadre d’une production intellectuelle scientifique de haut niveau, il fallait avoir l’esprit aéré et prendre régulièrement du recul.

Quand les époux Curie découvrirent le polonium ils savaient que leur découverte impliquait une restructuration de la pensée sur la matière, il savait déjà qu’ils avaient découvert un nouvel élément mais sont tout de même partis en vacances, selon Natalie Pigeard. “Marie Curie estimait que cela ne servait à rien de s’acharner sur une expérience, et que dans la précipitation elle ne ferait que du mauvais travail, souligne l’historienne. Peu importait si la découverte était faite par un autre. Après deux bons mois de congés, les époux Curie on repris leurs travaux et ont découvert le radium.”

Aimer ce que l’on fait et savoir s’arrêter quand on est surmené pour conserver toutes ses capacités intellectuelles font partie des principes de base du travail de Marie Curie. La scientifique a d’ailleurs, à l’époque, été consultée sur l’enseignement scolaire et a produit tout un rapport sur le fait qu’il était nécessaire que les enfants aient du plaisir à apprendre. Il était, selon elle, impossible et inutile de stimuler leurs capacités intellectuelles en leur donnant beaucoup de devoirs et que c’était même contre-productif. “Elle a d’ailleurs défendu l’intégration des cours de gymnastique dans les écoles et produit un texte contre le surmenage”, précise Natalie Pigeard.

Pour autant, Marie Curie pouvait passer 10 ou 12 heures au laboratoire lorsqu’elle attendait le résultat d’une expérience. Elle s’y rendait d’ailleurs tous les jours à la même heure.

Les premières années de sa vie professionnelle en France, Marie Curie travaillait en solitaire et son directeur adjoint s’occupait des collaborations avec ses étudiants. “Pendant la seconde guerre mondiale, la configuration du laboratoire change, assure Natalie Pigeard. Elle accueille de nombreux étudiants et chercheurs. Elle les sélectionnait avec soin et en premier lieu sur leurs compétences appuyées par les recommandations des mentors”. Et autant dire qu’à l’époque, son travail sur la radioactivité attire. Marie Curie accueille donc les étudiants ayant un projet de recherche qu’elle estimait intéressant. Les premiers temps, les jeunes travaillaient de leurs côtés et collaboraient avec elle ensuite, si les choses se passaient bien et si leur sujet d’étude avait un réel sens. “Hors de question pour Marie Curie de travailler sur quelque chose qui n’amènerait à rien”, assure Natalie Pigeard.

Dans les écrits historiques et notamment les lettres qu’elle écrit aux mentors qui lui envoient des étudiants, Natalie Pigeard remarque que Marie Curie était très attentive aux qualités et défauts de chacun.

 

Une confiance à toute épreuve

Concernant sa démarche scientifique à proprement parler, elle travaillait de manière assez classique à partir d’un sujet de thèse nouveau mais pas trop à la mode pour qu’il n’y ait pas déjà trop d’étudiants dessus. Il était aussi important pour elle de prendre position pour défendre son travail, alors qu’à l’époque il était plutôt rare pour une femme de porter sa voix.  “Lors d’un congrès en 1911, elle a imposé que l’unité de radioactivité soit baptisé Curie, et estimé que c’était à elle de faire l’étalon international du radium, même si finalement ce sont d’autres qui s’y sont attelés”, insiste Natalie Pigeard.

La force de Marie Curie était également la confiance qu’elle avait en elle. Dans cette perspective, Irène sa fille témoigne que sa mère la laissait seule dans les hôpitaux militaires pour s’occuper des blessés alors qu’elle n’avait que 17 ans. “Ma mère ne doutait pas plus de moi qu’elle ne doutait d’elle-même”, disait-elle.

Marie Curie a toujours été portée par la volonté de faire ce qu’elle aime vraiment. Cela a été le moteur de toute sa carrière scientifique. Après, elle a compris qu’elle pouvait utiliser son nom, associé à deux prix Nobel et en tant que première femme professeur des universités, pour obtenir ce qu’elle voulait. Jouer de son autorité et de sa notoriété lui a permis de développer son laboratoire et de faire encore plus ce qu’elle aime.

 

 

Marie Roques

Marie Roques
Rédactrice en Chef


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