Entreprise Racisme entreprise

L’entreprise n’est pas raciste, mais…

, par Julie Tadduni

Parce que la frontière peut être floue entre l’humour noir et la réflexion raciste, un comportement inapproprié est parfois difficile à identifier. Pour autant, le racisme ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise et le rôle des managers est de veiller à ce qu’il n’y ait pas sa place.

 

“Cela devient gênant à partir du moment où un protagoniste en souffre”, lance le psychologue du travail Denis Fernandez au sujet de blagues mettant en cause les origines d’un collègue de travail. Si certains pensent qu’il faut et que l’on peut rire de tout, d’autres estiment qu’il y a des sujets qui ne se prêtent pas à la blague. L’entreprise, melting pot de personnalités qui ne se sont pas choisies entre elles, doit donc rester vigilante sur ce point. “Vos collègues ne sont pas forcément vos amis, et il est totalement exclu de persister dans une forme d’humour qui ne plaît pas et surtout qui blesse”, insiste le psychologue du travail.

 

Humour ou pas ?

En tant que manager, vous vous devez de préserver le bien-être de chacun en entreprise et de veiller à ce qu’aucune réflexion raciste ou sexiste ne soit monnaie courante au sein de l’entreprise. Toutefois, certaines situations peuvent être laissées à l’appréciation de chacun. “Tout comme l’humour sexiste, des blagues peuvent être faites entre collègues sur les origines des membres de l’équipe entre eux, cela peut faire partie d’une forme de chamaillerie entre collègues, et là bien sûr, inutile d’intervenir, estime Corinne Frandin, coach en entreprise. Le tout est que ces blagues soient consenties et faites dans un bon esprit.” Une situation plus délicate lorsqu’il existe un lien de subordination entre les deux parties, reconnaissent toutefois les experts, bien que pas impossible. “En fait, tout ce qui est relatif à ce genre d’humour va dépendre de la culture de l’entreprise dans laquelle on se trouve, assure la coach. À partir du moment où une seule personne, dans une société, juge que cela ne relève pas de l’humour et se sent discriminée, alors il faut intervenir rapidement.”

 

Ne pas laisser passer

Un manager ne doit pas laisser une situation ambiguë s’éterniser. “Dès que quelqu’un remonte une information en la matière, c’est aussi le rôle du manager de l’accompagner dans ses démarches. Un collaborateur qui souffre de remarques inappropriées doit impérativement se sentir soutenu”, indique Denis Fernandez. Ainsi, si la personne concernée ne l’a pas déjà fait, l’encadrant est à-même d’avoir une conversation avec le membre de son équipe incriminé. “Il faut être ferme, et lui expliquer que cette forme d’humour, s’il la considère comme telle, n’est pas la bienvenue au sein de la structure, recommande Corinne Frandin. Dans la plupart des cas, cela sera suffisant. Sinon, la direction et le responsable des ressources humaines doivent être avisés de la situation et prendre des dispositions.”
Le sujet reste complexe  dans le monde du travail et ne doit, quoi qu’il arrive, pas être pris à la légère. À ceux qui aiment rire de tout, la coach rappelle que “l’entreprise n’est pas un cadre informel où l’on plaisante entre amis, bien qu’elle puisse le devenir”.

 

Rappel de l’article R624-4 du Code penal :

“L’injure non publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée est punie de l’amende prévue pour les contraventions de la 4e classe.
Est punie de la même peine l’injure non publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap.”

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Julie Tadduni
Journaliste Web et community manager pour Courrier cadres


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Vos réactions (1)

  1. Rybak, le

    Dans l’entreprise ( privée ) comme dans l’armée ( où de nombreux cadres ont fait leurs classes ) , si deux protagonistes se distinguent c’est la sanction pour tout ce beau monde.
    Supporter la mise au placard ne peut être supportable que dans le public si non sous contrat et prêt a aller au tribunal administratif.
    Du vécu…Quant’aux conciliations syndicales, il y a les jours de carences de Pâques ( par exemple ), on se retrouve entre 4 yeux.

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