Entreprise Isabèle Chevalier, 3e en partant de la gauche, Anthony Bourbon, 2e en partant de la droite, Marc Simoncini, tout à droite. Crédit photo : Pierre Olivier/M6

Isabèle Chevalier, 3e en partant de la gauche, Anthony Bourbon, 2e en partant de la droite, Marc Simoncini, tout à droite. Crédit photo : Pierre Olivier/M6

Entrepreneuriat : est-ce le bon moment pour se lancer ?

, par Stéphanie Condis

Depuis le 4 janvier, M6 diffuse la 3e saison de Qui veut être mon associé ?. Les six épisodes réunissent six investisseurs qui jugent des créations d’entreprise pour décider, ou non, de les financer. Parmi eux, Marc Simoncini, qui avait lancé le site de rencontre Meetic en 2001, Anthony Bourbon, fondateur de la start-up Feed. en 2017, et une nouvelle venue, la femme d’affaires canadienne Isabèle Chevalier, jurée pour « Dans l’œil du dragon », version québécoise de l’émission télé. Nous leur avons demandé des conseils pour ceux et celles qui souhaiteraient se lancer dans l’entrepreneuriat.

Dans un contexte international tendu, entre inflation et coûts de l’énergie ou des matières premières, est-ce le bon moment pour créer son entreprise ?

– Marc Simoncini : Je fais de l’industrie, je suis associé au groupe Seb qui a 165 ans d’existence et qui me dit qu’à part les deux guerres mondiales, il n’y a jamais eu un contexte aussi difficile : le coût des matières premières et du fret, la parité euro-dollar, la pénurie des composants et des puces électroniques. Donc dans l’industrie, c’est le pire moment pour démarrer… Dans le reste peut-être pas. Mais c’est aussi le meilleur moment de se lancer car c’est tellement difficile que ceux qui y vont sont un peu seuls ! Donc cela évite qu’il y ait pléthore de concurrents en même temps. Mais ce n’est pas une période facile.

– Anthony Bourbon : Beaucoup de réussites ont commencé pendant une crise. Et, pour les business angels, c’est d’autant plus un moment incroyable parce que les investisseurs professionnels ont arrêté d’investir. On peut donc se positionner avec des valorisations qui sont plus raisonnables et plus justifiées.

– Isabèle Chevalier : Je suis tout à fait alignée avec cela : en effet, c’est une période qui est très difficile mais il y a énormément d’opportunités. Il faut savoir les trouver. En tant qu’investisseurs, nous sommes beaucoup plus sélectifs mais il y a beaucoup d’occasions. Nous sommes aux aguets pour les trouver.

Etant donné ce contexte, que faut-il avoir en ligne de mire en tant que futur entrepreneur ? Y a-t-il une attitude particulière à adopter ?

– Marc Simoncini : La règle, en général, quand il y a ce genre de crise – et je crois que c’est la quatrième que je vis – c’est qu’il faut avoir au moins deux ans d’avance en trésorerie, qu’il faut penser à restreindre ses effectifs de 20 à 25 %. Et il faut se concentrer sur la rentabilité, parce que sans elle, c’est beaucoup plus compliqué de trouver des fonds. Les fonds d’investissements préfèrent mobiliser leurs ressources sur des sociétés qui sont déjà rentables, pour qu’elles progressent encore plus vite. Ils évitent de financer des entreprises qui ne sont pas rentables ou le seront dans trop de temps, parce qu’elles consomment alors des ressources… C’est un jeu assez difficile et il faut vraiment se concentrer sur la rentabilité, la rentabilité, la rentabilité.

– Isabèle Chevalier : C’est vraiment ça : avoir les bons fondamentaux. S’assurer que l’organisation soit bien structurée et financée.

A voir aussi : Interview vidéo de Marc Simoncini, Anthony Bourbon et Isabèle Chevalier

Créativité et innovation, même si cette dernière n’est pas forcément technologique, sont-elles capitales aujourd’hui pour se lancer dans l’entrepreneuriat ou l’investissement ?

– Anthony Bourbon : J’essaie de toujours mettre l’expérience utilisateur au cœur de la problématique et de simplifier la démarche. Pas besoin de réfléchir à des innovations trop compliquées. Parfois, on rencontre cette erreur chez les entrepreneurs de vouloir inventer à tout prix quelque chose. Or, l’innovation peut venir d’un cahier des charges plus poussé, de la digitalisation, qui permet de simplifier l’expérience utilisateur, des prix proposés qui sont inférieurs ou bien d’une qualité supérieure. Il y a plein de façons d’innover et sans réinventer l’avenir de manière compliquée. Il faut aller de l’avant, pas à pas, sans avoir une vision à trop long terme car si l’on se fixe un but trop complexe à atteindre, on risque de baisser les bras. Alors qu’en ayant des objectifs de court terme et en essayant de faire toujours mieux, on peut privilégier le travail quotidien plutôt que la perfection que l’on n’atteindra jamais.

– Marc Simoncini : J’essaie de faire simple, de me dire : « Est-ce que ce que l’on te présente, tu en serais client ? » Ce qui a exclu beaucoup de choses que je ne comprenais pas et que je n’avais pas envie d’apprendre. Je pense par exemple aux crypto-monnaies. On me les a expliquées, cela ne m’intéresse pas. Je n’investirai jamais là-dedans : bien m’en a pris pour l’instant. J’essaie de rester sur des sujets qui me parlent parce que le chemin va être tellement long que si, dès le départ, je n’ai pas d’affinités avec le produit, ou pire, si je ne le comprends pas, ou encore pire, s’il ne me passionne pas, il ne faut pas y aller. Je suis assez basique : est-ce que je serai client de ce produit, de ce projet ? Si c’est oui, j’ai déjà franchi la première étape, que ce soit une innovation, ou non. Restons simple, c’est le critère que j’essaie de me fixer.

Isabèle Chevalier : Par rapport à l’innovation et l’entrepreneuriat, je rejoins Marc et Anthony : l’esprit entrepreneurial est universel. Avoir le goût d’entreprendre, d’améliorer un produit ou un service, répondre à un besoin, trouver une solution… C’est nécessairement lié à l’innovation qui permet de se différencier. L’innovation, avec un grand ou un petit i, fait gagner des parts de marché. C’est aussi l’intérêt des investisseurs de miser sur cette différenciation.

Il faut également avoir l’envie de bâtir, avec des équipes, d’investir pour aller chercher de la croissance. C’est tout cela qui motive. Ensuite, on investit dans des produits ou des secteurs parce qu’ils sont en lien avec nos valeurs, nos centres d’intérêt. Par exemple moi, c’est moins la tech que le mieux-être et la santé.

Pour compléter la lecture de cet article, retrouvez l’interview de Marc Simoncini, Anthony Bourbon et Isabèle Chevalier « Savoir bien s’entourer » dans le numéro 141 du magazine Courrier Cadres, daté de janvier-février 2023 ou encore en vidéo.

Avatar

Stéphanie Condis
Journaliste


Sur le même thème