Économie intrapreneuriat

Les bénéfices de l’entrepreneuriat organisationnel

, par La Rédaction

La plupart des dirigeants reconnaissent qu’il est indispensable de promouvoir des approches entrepreneuriales, face aux disruptions en cours. Mais quels sont les bénéfices réels de l’entrepreneuriat organisationnel ? Par Véronique Bouchard, professeur stratégie et organisation EM Lyon Business School.

Si le concept d’entrepreneuriat organisationnel est apparu aux États-Unis dès le début des années 80, la fin des années 1990 a été marquée, tant aux États-Unis qu’en Europe, par l’émergence d’une culture pro-entrepreneuriale. Les dirigeants d’entreprises établies prirent conscience de l’importance de l’innovation et cherchèrent à utiliser l’entrepreneuriat organisationnel pour mieux exploiter leurs actifs incorporels mais aussi pour retenir leurs employés les plus talentueux.

Désormais, la plupart des dirigeants reconnaissent qu’il est indispensable de promouvoir des valeurs, des attitudes et des approches entrepreneuriales pour mieux faire face aux disruptions technologiques en cours et à l’accroissement de la compétition. Mais quels sont les bénéfices réels de l’entrepreneuriat organisationnel ?

 

Bénéfices économiques

Les entreprises qui mettent en œuvre des dispositifs destinés à encourager et à soutenir les projets entrepreneuriaux sont témoins d’une floraison de nouveaux projets qui tirent parti des ressources existantes et contribuent à générer de nouvelles sources de revenus. D’une manière générale, le coût de développement de ces projets est faible car il repose en bonne partie sur l’utilisation de ressources disponibles en interne (slack resources). Leur retour sur investissement est par conséquent élevé. Seule ombre au tableau, lorsqu’il s’agit de grandes entreprises, les revenus générés sont souvent modestes comparés au chiffre d’affaires total de l’entreprise.

 

Apport humain

Sur ce front également, l’entrepreneuriat organisationnel fonctionne remarquablement bien. Les dispositifs visant à l’encourager suscitent la plupart du temps beaucoup d’enthousiasme et d’implication de la part des employés. Dans les grandes organisations, il n’est pas rare que plusieurs centaines d’employés s’engagent dans un processus de développement de projet innovant. De nombreux participants décrivent leur expérience en termes très positifs. Ils soulignent qu’elle leur a permis d’établir de nombreux contacts hors de leur département et contribué à une meilleure communication horizontale et verticale ainsi qu’à une coopération accrue.

Parfois, cependant, les entrepreneurs organisationnels peuvent être très négatifs : cela se produit lorsque leurs attentes en termes de soutien matériel, de mentoring et de reconnaissance n’ont pas été satisfaites par l’organisation.

 

“Les entrepreneurs organisationnels s’adaptent plus facilement et rapidement”

startup

 

Rapidité et réactivité

Un bénéfice très important de l’entrepreneuriat organisationnel est l’accélération des cycles de développement et la réduction du temps de mise sur le marché. Celui-ci résulte du rôle central d’un ou de quelques individus dans la prise de décisions à tous les stades de développement des projets innovants. En effet, l’autonomie des entrepreneurs organisationnels leur permet d’identifier et de prendre en compte toutes les dimensions – technologies, ressources, exigences du marché – du développement d’une nouvelle activité, de réagir rapidement à de nouvelles informations et de modifier instantanément leur ligne de conduite.

En conséquence, les entrepreneurs organisationnels s’adaptent plus facilement et rapidement que leurs collègues soumis à des contraintes de processus et d’organisation. On observe cependant que l’“horloge” plus rapide des entrepreneurs organisationnels est une arme à double tranchant : elle peut accélérer le pouls de toute l’organisation ou, au contraire, générer de fortes tensions internes et finir par les décourager.

 

Apprentissages individuels et collectifs

Parce qu’il modifie les routines organisationnelles, l’entrepreneuriat organisationnel déclenche des processus d’apprentissage tant au niveau individuel que collectif. De nouvelles compétences sont acquises ; des connaissances sur de nouveaux marchés et technologies sont développées. Les entrepreneurs organisationnels acquièrent également de nouvelles compétences managériales et fonctionnelles et développent leur capacité à interagir avec les différents départements et parties prenantes de l’entreprise.

Les organisations, pour leur part, apprennent progressivement à laisser de la place aux idées et aux comportements “non conformes”, à soutenir et encadrer efficacement les individus qui les incarnent. Ces bénéfices importants sont malheureusement difficiles à évaluer avec les outils standards de mesure de la performance et sont rarement pris en compte lors de l’analyse coûts-bénéfices de l’entrepreneuriat organisationnel.

L’auteure

veronique-bouchard-em-lyon

Véronique Bouchard est professeure en stratégie et organisation à l’EM Lyon. Elle y enseigne la stratégie et l’intrapreneuriat depuis 2000.

La Rédaction


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Vos réactions (4)

  1. Veille RH : semaine du 6 au 12 octobre – CAPAVENTURE, le

    […] La plupart des dirigeants reconnaissent qu’il est indispensable de promouvoir des approches entrep… […]

  2. Veille RH : semaine du 6 au 12 octobre – Revolution-RH, le

    […] La plupart des dirigeants reconnaissent qu’il est indispensable de promouvoir des approches entrep… […]

  3. Haxel, le

    Bonjour ! C’est la première fois que j’entends parler d’entreprenariat organisationnel… Je n’arrive pas à comprendre s’il s’agit d’intrapreneuriat ou d’un autre concept. Merci d’avance pour l’éclairage ! Belle journée, Florence

  4. Dominique van Deth, le

    Plusieurs points me paraissent importants à souligner: la mise en place de l’intrapreneuriat créé une tension à l’intérieur de l’entreprise comme c’est bien expliqué dans l’article. C’est donc un moyen de réintégrer la déviance dans le processus d’organisation => voir mon article le mythe de l’entrepreneur (https://startups2corporate.blogspot.com/2018/07/le-mythe-de-lentrepreneur.html).
    Deuxièmement, entreprendre dans un grand groupe comporte des risques qu’il ne faut pas minimiser (https://startups2corporate.blogspot.com/2018/06/entreprendre-dans-un-grand-groupe-cest.html), sinon c’est contre productif.
    Dernièrement, l’intrapreneuriat ne règle en rien le dilemme de l’innovateur (innovation de rupture, la grande illusion – https://startups2corporate.blogspot.com/2018/09/innovation-de-rupture-la-grande-illusion.html). Votre avis ?

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