Anciennement salariés de grands groupes, des humoristes tournent en dérision le monde du travail sur les réseaux sociaux. Ils savent comment faire rire, sans faire mal. Une thématique qui semble avoir trouvé son public. Lorsqu’il a débuté, au moment du Covid-19, Clovis Henriot se considérait comme « un ex-cadre du secteur bancaire un peu contrarié, mais sans aucun ressentiment ». Après une dizaine d’années dans le monde de l’entreprise, où l’envie a progressivement laissé place à l’ennui, il a fait le pari du divertissement. “Pendant ma première vie professionnelle, je riais déjà intérieurement lors de réunions interminables. J’entendais des choses improbables que j’avais besoin d’extérioriser ensuite avec mes collègues. Le rire était une échappatoire”, se souvient-il.
De sujet tabou à moment fédérateur
L’humour sur le travail “a longtemps été tabou, car on ne mordait pas la main nourricière. Mais les mentalités ont évolué. Rigoler du travail n’est plus un sujet polarisant. Au contraire ! Il est consensuel et nécessaire pour un grand nombre de personnes.” Il a alors commencé par publier des vidéos sur les réseaux sociaux. Chemise bleue, lunettes transparentes sur le nez, casque sur la tête, il incarne désormais un personnage acide du monde corporate. Vissé derrière son écran d’ordinateur, armé de phrases assassines, ce dernier passe au crible toutes les absurdités du quotidien professionnel : management, intelligence artificielle, télétravail, stagiaires… Il n’épargne rien, ni personne : “En devenant humoriste, j’ai voulu faire de ma lucidité une lucidité assumée et collective. C’était aussi pour revenir vers une forme d’humilité. Le rire au travail désacralise les passions.”
En quelques mois seulement, Clovis a gagné des dizaines de milliers d’abonnés. Jusqu’à atteindre près de 430 000 followers sur Instagram. Aujourd’hui, des entreprises le sollicitent pour leurs actions de communication. “Elles cherchent à dialoguer différemment avec leurs salariés. Elles veulent porter des messages avec plus de légèreté afin d’être à la fois plus crédibles et plus sincères”, précise-t-il.
Par le biais de la satire, il contribue ainsi aux mutations du monde du travail : “Pour durer dans son métier, il faut être passionné. Nos décisions ne peuvent pas être uniquement pragmatiques. Nous devons nous réconcilier avec notre sensibilité. Nous avons tous envie d’expérimenter le réel de façon subjective, de faire des choses qui sont la prolongation de nous-mêmes. Nous ne sommes pas de simples exécutants de tâches qui n’ont pas de sens.” Pour l’heure, c’est un pari réussi pour le trentenaire…