Comme chaque année, la période automnale marque le coup d’envoi des entretiens annuels dans de nombreuses entreprises. Si le contexte économique en France a de quoi inquiéter, de bonnes nouvelles se dessinent, y compris en matière de recrutement. D’après le Guide des Salaires 2027, publié* début octobre par Robert Half, 34 % des responsables des ressources humaines prévoient d’attribuer des bonus plus élevés que l’année dernière, tandis que 33 % des responsables du recrutement comptent attribuer des rémunérations plus élevées aux profils possédant des compétences pertinentes dans le domaine de l’intelligence artificielle. « C’est positif, même si cette augmentation ne rattrape pas le niveau de l’inflation. Ces chiffres masquent des réalités dans des métiers que notre enquête ne couvre pas », rappelle Quentin de Beaufort, directeur recrutement chez Robert Half.
Parmi les domaines qui bénéficieront des plus fortes augmentations de salaires, on retrouve : l’IT et le digital (+ 1,9 %) ; la finance et la comptabilité (+ 1,4 %) ; les fonctions support spécialisées (+ 1,2 %) ; et enfin, le juridique (+ 1,1 %). Les compétences les plus récompensées porteront, elles, autour d’expertises sectorielles : analyse de données ; cybersécurité ; management de projet ; supply chain ; maîtrise du CRM, de la consolidation et de la conformité. Ces compétences « semblent refléter des défis auxquels les entreprises françaises font face actuellement, comme naviguer dans l’incertitude économique, renforcer la gestion des risques, s’adapter aux réglementations en évolution et répondre à un contexte de cybermenaces de plus en plus important », note-t-il.
Des hausses axées sur les expertises pointues
Afin de rester compétitifs face aux concurrents, 40 % des responsables du recrutement sont prêts à dépasser leur budget, initialement prévu pour les salaires, pour recruter les bons talents. 62 % d’entre eux citent un besoin en compétences spécialisées au sein de l’entreprise comme raison principale. « Les employeurs arbitrent leurs budgets de rémunération avec davantage de discernement et privilégient des investissements ciblés dans des compétences spécialisées et rares, essentielles pour accompagner les priorités de l’entreprise et mener à sa transformation« , explique Matthieu Imbert-Bouchard, DG de Robert Half France.
Cette transformation est notamment guidée par la montée en puissance de l’intelligence artificielle. De nombreuses organisations passent de l’expérimentation à son utilisation réelle dans le quotidien professionnel. Aussi, une bonne maîtrise des différents outils, une expérience pratique dans son travail ainsi qu’un intérêt réel pour le sujet seront des marques distinctives – aussi bien pour les talents en interne que pour les candidats sur le marché du travail. Elle pourrait mener à des rémunérations plus intéressantes. Un nombre croissant d’organisations ont besoin de profils capables d’intégrer, de former et d’adopter ces nouveaux outils digitaux. « Les entreprises pourraient être plus sélectives dans leurs recrutements. Il ne faut pas se décourager si l’on ne maîtrise pas ces outils, mais il s’agit de faire preuve d’ouverture d’esprit et de curiosité », pense Quentin de Beaufort.
Dans un contexte où les missions à plus forte valeur ajoutée sont recherchées, les compétences techniques, associées à la pensée critique et au jugement humain, continueront toutefois de dominer les décisions d’augmentation salariale et d’embauche. Les employeurs recherchent des salariés capables d’appliquer leur expertise efficacement, de gérer la complexité ainsi que de prendre de bonnes décisions dans des situations réelles. « De plus en plus d’entreprises valorisent l’IA, mais elles sont encore loin de lui confier des tâches ou des décisions sensibles. Elles préféreront toujours se tourner vers des experts très qualifiés dans leur domaine pour les aider à réfléchir sur leur stratégie et à trancher. Elles sont certaines qu’ils protégeront la confidentialité », dit-il.
Miser sur d’autres avantages financiers
Si le salaire reste et restera important pour les actifs en 2027, la rémunération concerne l’ensemble du package. C’est pourquoi, les employeurs utilisent de plus en plus les primes annuelles, la participation (percevoir une partie des bénéfices de l’entreprise), et encore la flexibilité des conditions de travail. 47 % des responsables du recrutement déclarent ajuster les avantages selon le profil.
Du côté des salariés, au-delà du salaire brut, il sera important d’évaluer l’ensemble du package pour déterminer la reconnaissance attribuée à son travail. 41 % citent le bonus annuel comme l’avantage le plus intéressant. « Au regard du contexte, c’est compréhensible que les avantages financiers soient les plus plébiscités. Les salariés peuvent arriver en entretien avec des éléments tangibles justifiant de toucher cette prime. Il y a toujours des profils qui réussissent à obtenir ce qu’ils demandent », poursuit-il.
À noter que la mise en application de la directive européenne sur la transparence des salaires en France, prévue début 2027, ne devrait pas contribuer à augmenter significativement les rémunérations. Une majorité d’entreprises (87 %) ont déjà défini, ou prévoient de définir dans les prochains mois, des fourchettes de salaire « claires » pour différents postes et niveaux hiérarchiques.
Les entreprises incluant déjà les fourchettes de salaire dans les offres d’emploi mettent en avant les principaux avantages, à commencer par des négociations salariales plus efficaces (42 %). Puis, attirer des candidats de meilleure qualité (38 %) et, troisièmement, réduire le temps d’embauche (30 %). « La transparence salariale façonne la manière dont les entreprises attirent et fidélisent les talents, termine Matthieu Imbert-Bouchard. Lorsque les entreprises consolident leurs grilles de salaires avec des pratiques de rémunération transparentes, elles ont beaucoup à gagner : prendre des décisions salariales en toute confiance, fixer des attentes claires avec les candidats, faciliter le processus de recrutement et, enfin, favoriser une meilleure rétention.«
*Ce Guide repose sur une enquête en ligne élaborée par le cabinet Robert Half et menée par un institut de recherche indépendant. L’enquête a été menée en France en juin 2026 auprès de 500 responsables du recrutement et 1 000 professionnels. Les répondants sont issus d’un échantillon de PME, d’ETI et de grandes entreprises, privées, publiques ou cotées en Bourse, dans toute la France.