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S’installer en Belgique : « Les belges n’ont pas la culture du conflit comme en France »

Elle fait partie des pays européens qui accueillent le plus d’expatriés français. Et pour cause : si près de nous, si familière en apparence, la Belgique offre un agréable cadre de vie et de belles opportunités professionnelles. À condition de bien en appréhender toutes les différences.

Pas moins de 117 755 Français résident actuellement en Belgique*, ce qui place le pays dans le top 3 des destinations européennes qui attirent le plus d’expatriés français, derrière la Suisse et le Royaume-Uni. Au point que les Hexagonaux forment la première communauté étrangère de Bruxelles. Attrait majeur de la Belgique : sa proximité géographique, la gare du Midi n’étant qu’à 35 minutes de Lille et à 1 h 20 de Paris. Olivier Dufour, managing director de Page Personnel Belgique, a lui-même quitté Lille pour Bruxelles, il y a douze ans, et y a trouvé ce cadre de vie très agréable qui fait la réputation de la Belgique. “Les Belges sont très accueillants, la vie en société est sympathique. Ils font preuve d’une bienveillance vraiment plaisante au travail, raconte-t-il. C’est une attitude différente du marché français, où règnent davantage l’agressivité et la combativité. Les Belges s’expriment de manière plus ronde et n’ont pas la culture du conflit.”

Le multiculturalisme à l’honneur

La Belgique est un petit pays (30 688 km² et 11 millions d’habitants), qui regroupe trois régions très différentes : la région flamande, la région wallonne et la région de Bruxelles-Capitale, chacune abritant des villes agréables et dynamiques, comme Namur et Liège en Wallonie ou Anvers et Gand dans la région flamande. Quant à Bruxelles-Capitale, formée de 19 communes, elle fait figure de véritable Tour de Babel. Elle accueille, en effet, de nombreuses institutions européennes : le Conseil de l’Union européenne, la Commission européenne, le Parlement européen (qui se réunit soit à Bruxelles, soit au Luxembourg). “L’OTAN y a également son siège, ce qui draine beaucoup de profils internationaux, ajoute Olivier Dufour. Bruxelles est un grand catalyseur d’activité économique, financière et législative : on y trouve de nombreux cabinets d’avocats, de lobbying, des sociétés de conseil, des bureaux de représentation régionale. Il n’y a pas de barrière linguistique, contrairement à la Flandre, où on parle néerlandais. Avec cette richesse politique, on a de la demande pour des gens qui parlent japonais, pakistanais…” Autres activités favorisées par ce multilinguisme : de nombreuses sociétés internationales implantent leur siège social européen dans la capitale (Toyota, par exemple) ou leur service client. Louis Vuitton a ainsi son call center de SAV dans la métropole. “Ici, avoir sur le même plateau 45 personnes qui parlent 90 langues différentes, c’est possible”, illustre Olivier Dufour.

Un beau dynamisme économique

Parmi les atouts de la Belgique : son marché des services bancaires très actif. “Les QR Codes et applis de paiement existent depuis des années”, continue Olivier Dufour. Le Benelux – la coopération transfrontalière entre les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg – favorise aussi de nombreuses interactions de back-office bancaire entre les deux derniers pays. Pléthore de sociétés innovantes se développent également côté IT. “Ensuite, chaque région a ses particularités, précise Olivier Dufour. Les Flamands sont des entrepreneurs, on trouve beaucoup d’entreprises familiales, de taille moyenne, des marchands de machines, d’outils, d’équipement de la maison et des sociétés de négoce. En Wallonie, le plus gros de l’activité réside dans la pharmacie et la chimie.” GSK (GlaxoSmithKline) y a implanté le plus grand site de R&D de vaccins au monde. Au total, ce sont 9 000 employés qui travaillent sur trois sites : Wavre, Rixensart et Gembloux. À Geel, sur le site de production chimique de pointe Janssen, sont produits 60 % des ingrédients pharmaceutiques actifs des sociétés pharmaceutiques de Johnson & Johnson. Sans oublier le groupe belge UCB Pharma, qui a inauguré, en avril dernier, une nouvelle usine de biotechnologie de pointe sur le site de Braine-l’Alleud, où travaillent 3 000 collaborateurs. “On retrouve autour de cette activité le côté multiculturel avec les activités légales et de lobbying, poursuit Olivier Dufour. Ces sociétés ont besoin de profils étrangers aux affaires réglementaires, de compétences venant d’autres pays.”

Les secteurs qui recrutent

Comme dans les autres pays européens, le marché est pénurique en Belgique sur les profils qualifiés : “Cela est lié au décalage démographique entre les départs des baby-boomers à la retraite et leur remplacement par les classes creuses ces dernières décennies.” Parmi les profils particulièrement recherchés : les ingénieurs en production, en construction, en gros œuvre, en IT. “Si le multilinguisme est ici un plus – le néerlandais restant un atout incontesté -, on note une tolérance sur les langues liée à cette pénurie de marché, décrypte Olivier Dufour. La Belgique ne produit, par exemple, pas assez d’ingénieurs, contrairement à la France.” Autre secteur où les bras manquent ? L’activité logistique. Les aéroports de Bruxelles et Liège abritent deux grosses plateformes : Brucargo et Liège Trilogiport. La Wallonie est ainsi devenue la première région logistique d’Europe. Sans oublier le port d’Anvers, qui se classe dans les 10 plus gros ports européens. “Les activités de planification et d’organisation sont des jobs prisés en Belgique”, poursuit-il. Sont aussi particulièrement recherchés des profils pour des postes à responsabilité dans la maintenance, la production, la recherche-développement ou encore le contrôle qualité et la gestion, selon le Forem, le service public de l’emploi et de la formation professionnelle en Wallonie.

Similaire, vraiment ?

En 2024, l’organisme a publié sa liste des 162 métiers en tension. Parmi eux, 112 sont en pénurie de main-d’œuvre, dont les aides boulangers, les guides touristiques, les conseillers techniques pour le support à la clientèle, les Business Analyst TIC et les concepteurs de contenu multimédia. Dernière particularité de la Belgique : ses nombreux commerces de détail très spécialisés alors que les hypermarchés, eux, sont rares. “On est à 80 km du berceau français de la grande distribution. Mais quasiment aucune grosse enseigne – aucun succès – de la grande distribution française n’est présente ici, à l’exception de Carrefour qui se fait énormément challenger et de Decathlon, relate Olivier Dufour. Beaucoup se sont cassé les dents, pensant que les comportements seraient identiques à la France, en raison de la proximité, mais ce n’est pas le cas.” Son conseil ? “En Belgique, il y a 6 millions de néerlandophones et 5 millions de francophones. Quand on est français, on a l’impression qu’on va arriver dans un pays très similaire au nôtre. Mais culturellement, c’est un autre pays avec des us et coutumes et une manière de travailler différents. Les Français sont catalogués comme arrogants. Alors, n’arrivez pas en donneurs de leçons, mais intéressez-vous, faites preuve d’humilité et de curiosité.”

*Source : selon le registre des Français établis hors de France, chiffres de 2024.

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