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La Tech a droit à une seconde vie

La tech reconditionnée attire de plus en plus les consommateurs, mais comment s’y retrouver, et à qui faire confiance ? Ce marché mérite plus d’encadrement pour rassurer les acheteurs.

Et si vous passiez à la tech reconditionnée ? De plus en plus de consommateurs sautent le pas en France. Les ventes en reconditionné restent, certes, encore très minoritaires sur les univers high-tech et électroménager, mais elles ne cessent de grossir, selon GFK. Si l’on prend le marché des smartphones, cela représente environ un smartphone sur cinq. Et ce marché progresse de 17 % quand celui du neuf recule de 14 %, selon le cabinet d’analyse.

En 2024, plus de 45 % des Français ont déjà possédé un smartphone d’occasion, alors qu’ils étaient seulement 27 % en 2018, relève une étude réalisée par Kantar pour Recommerce, spécialiste du reconditionnement en Europe. »Les consommateurs s’y intéressent de plus en plus, confirme Iris de Corlieu, la directrice de la marketplace Label Emmaüs. La baisse du pouvoir d’achat a beaucoup joué et cela aide à la prise de conscience. C’est une motivation supplémentaire. »

Les smartphones, grandes stars du reconditionné

Les smartphones occupent, en général, le haut de l’affiche du reconditionné, en particulier les iPhones. Ils peuvent représenter 80 % des ventes pour certains acteurs. Mais le marché s’ouvre désormais à d’autres produits : tablettes, PC, écouteurs, enceintes, consoles de jeu, électroménager… « Apple reste le produit phare du reconditionné », reconnaît Laure Cohen, cofondatrice de Certideal, un reconditionneur français. Quand vous avez un constructeur qui vous propose des modèles accessibles, cela rend moins pertinent de chercher une économie sur un panier moyen de 100 €. »

Et c’est aussi pour beaucoup l’occasion de s’offrir un appareil qu’ils ne pourraient se payer neuf. Back Market est devenu l’acteur incontournable de ce marché en pleine expansion. Cette marketplace est parvenue à s’imposer en 10 ans et revendique désormais 70 % de parts de marché du reconditionné en France. Mais cet acteur de la French Tech ne fait pas l’unanimité. « On a des milliers de vendeurs qui sont arrivés en France via Back Market, explique un acteur du reconditionné. Le problème est qu’il n’y a pas de réglementation. On ne va pas te demander comment tu répares, comment tu testes. Il y a autant de qualités que de vendeurs. Chacun fait ce qu’il veut. C’est le prix qui te fait passer sur une plateforme. » Chez Back Market, on rétorque que tout est mis en place pour éviter les mauvaises graines. « Nous faisons une sélection drastique des reconditionneurs, précise Charlotte Soulleau, directrice générale France de la plateforme. Il n’y en a qu’un sur trois qui passe nos contrôles. Nous monitorons de près leur qualité. Et nous avons internalisé le SAV. Nous sommes désormais en direct avec le consommateur. »

Un contrat de confiance

Tous s’accordent à dire que la confiance dans le reconditionneur est primordiale. Une mauvaise expérience et l’acheteur retournera au neuf. Toujours selon l’étude de Kantar réalisée auprès de 7 750 individus dans 12 pays européens en janvier 2024, 43 % des personnes interrogées expriment des craintes sur la viabilité du produit, ou encore un manque de confiance envers le vendeur (35 %) ou sur l’origine du produit (34 %). « Le consommateur doit être vigilant, savoir à qui il achète, connaître la qualité des pièces, explique David Mignot, cofondateur de Yes Yes. Il faut identifier les acteurs du marché, savoir si j’achète auprès d’un reconditionneur ou bien d’une plateforme. Et il y a plusieurs critères à vérifier : la notoriété via les avis, le reconditionnement en lui-même, savoir si les produits viennent de France ou non, pour éviter tout problème de fréquence, de logiciels… »

Alors, si la dynamique est bonne, et que cela va dans la bonne direction pour avoir un impact sur la consommation, un besoin législatif se fait ressentir. Les reconditionneurs revendiquent un cahier des charges, une charte ou un label du reconditionné pour jouer à armes égales face aux marketplaces. Ce n’est pas facile de faire face à des acteurs qui se sourcent en Amérique ou en Asie, en tirant les prix vers le bas. C’est un vrai sujet de société, et une question de pouvoir d’achat. Les consommateurs se retrouvent en première ligne. Et doivent un peu plus jouer le jeu. 46 millions de téléphones croupiraient encore dans nos tiroirs. De quoi alimenter le marché pendant quelque temps.

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