Solopreneuriat États-Unis
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Ce mode de travail américain pourrait séduire la Gen Z en France

Le solopreneuriat est en plein boom en France. Cette tendance s'inspire de la "Gig Economy", répandue aux États-Unis depuis le Covid-19. S'il présente des avantages, notamment pour les jeunes actifs, il est important d'avoir conscience de ses limites. Explications de Sandie Giacobi, autrice de "Homo Entrepreneurus" (Eyrolles).

Dans les années 2000, les actifs rêvaient de faire carrière en devenant manager. Dans les années 2010, ils affichaient une volonté plus marquée de devenir entrepreneur en montant leur propre entreprise. Depuis 2020, moment où le Covid-19 a rebattu les cartes quant à l’importance accordée au travail, la « Gig Economy » (économie des « petits boulots » ou « à la tâche ») a explosé aux États-Unis. À partir de ce moment-là, plus d’un tiers des travailleurs américains ont volontairement opté pour ce mode de travail.

Liberté et sens au travail

Lors de la pandémie, cette vague de « solopreneuriat » a également déferlé en Europe. Près de 43 millions de travailleurs européens seront concernés en 2025, selon le Conseil Européen, tandis qu’ils seront 1,5 million en France. Ce mode de travail diffère du freelancing. « Le freelance est un prestataire, tandis que le solopreneur vend ses produits et services, souvent via une plateforme en ligne », explique Sandie Giacobi, autrice de « Homo Entrepreneurus. Adoptez les stratégies de Sapiens pour faire prospérer votre entreprise » (Eyrolles). « C’est un entrepreneur qui crée et gère son entreprise, sans associé, ni équipe. Il maîtrise plusieurs tâches, et non plus qu’un seul métier. Ses revenus ne dépendent pas du temps de travail, mais de la tâche réalisée. Cela nécessite de développer une véritable stratégie pour être rentable ».

Pour beaucoup, le solopreneuriat est une réponse à un besoin de liberté professionnelle et une quête de sens au travail, notamment chez les jeunes actifs. « Après leurs études, ils sont nombreux à se lancer dans le solopreneuriat. Avant, ce statut était subi, c’était en attendant de trouver un CDI. Désormais, il est choisi, porté par les nouvelles technologies et les influenceurs sur les réseaux. C’est un mode de vie ! », note-t-elle.

On ne réussit jamais seul(e) !

S’il présente de nombreux avantages, il est néanmoins important de ne pas romantiser ce statut. Le solopreneuriat reste « une forme d’entreprise soumise aux mêmes problématiques que de grandes organisations », souligne l’experte en la matière. Il s’agit de s’adapter aux contraintes et évolutions du marché, convaincre et fidéliser des clients, développer des compétences pour rester concurrentiel et innovant, dégager suffisamment de recettes pour payer ses charges et subvenir à ses besoins, etc.

Les autres caractéristiques communes avec des entreprises traditionnelles sont celles du management et de l’équipe. « Les solopreneurs pensent qu’ils n’auront pas de contraintes humaines. Mais, c’est une erreur ! On ne réussit jamais seul, en tout cas, pas dans la durée. De nombreux réseaux de solopreneurs se forment pour s’entraider, se stimuler, se challenger. Un solopreneur peut aussi être amené à déléguer des tâches à une équipe aux compétences complémentaires, à manager des prestataires, partager des bureaux. »

Outre l’impératif de réussite du projet, le lien social reste une nécessité pour tout individu. « La notion de « clan » est propre aux êtres humains. On observe, d’ailleurs, que les entreprises familiales sont plus résilientes que les autres. Ses membres sont plus loyaux et engagés, ont plus de réseau professionnel, de proximité avec leurs clients. Ils ont des liens solides entre eux et avec l’extérieur. Ils s’appuient dessus pour prospérer ! »

Les revers de la médaille ? La précarité !

En tant que solopreneur, il est également important de ne pas tomber dans le piège du « salariat déguisé » (soit travailler exclusivement pour un client sans en avoir les avantages contractuels), tout en gardant à l’esprit que ce statut ne permet pas d’accéder à divers avantages sociaux (congés, chômage, assurance maladie). « Ce mode de travail valorise, en parallèle, une forme de précarité. Certains gagnent très bien leur vie, grâce à une grande expertise dans leur domaine, mais d’autres sont en difficultés », insiste l’autrice.

C’est pourquoi, le sujet fait débat aux États-Unis, et plus récemment en Europe. En octobre 2024, le Conseil européen a adopté de nouvelles règles sur ce mode de travail via les plateformes dans le but d’encadrer cette pratique, qui s’accroît mais divise. Après cette future adoption, les États membres disposeront de deux ans pour intégrer les dispositions de la directive dans leur législation nationale.

En dépit de certains revers, ce mode de travail reste attrayant pour beaucoup. Il devrait continuer à prendre de l’ampleur en France. L’APEC a publié une étude stipulant que la moitié des jeunes aspirait à des évolutions du salariat allant dans le sens du solopreneuriat. « Mais, tout le monde n’est pas fait pour ça ! Ce serait dangereux de le faire croire. Ce n’est pas qu’une question de capacités. C’est aussi une question d’envie, de périodes de vie plus ou moins idéales pour entreprendre ce type de projets professionnels. »

À noter que certains solopreneurs retournent travailler en tant que salarié : « C’est formateur, mais aussi fatiguant, notamment psychologiquement. L’instabilité et la solitude finissent par peser », termine-t-elle.

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