Pourquoi les managers sont-ils plus en proie au burn-out ?
Brigitte Vaudolon (BV) – Il est effectivement prouvé que les managers sont plus à risque de burn-out. Je vois au moins trois raisons à ce phénomène. Premièrement, ils ont un travail très complexe avec des enjeux opérationnels et humains forts. Ensuite, les managers sont soumis à une plus grande charge mentale. Ils sont souvent interrompus et font face à une certaine intensité dans leur travail. Des études montrent que les managers ne font pas de coupure. Ils ne déconnectent pas pendant leurs vacances. Ils continuent de consulter leurs mails. Enfin, la troisième raison majeure : c’est la charge émotionnelle. Le manager doit s’occuper de lui-même et d’une équipe. Il se retrouve à gérer des situations pas faciles.
A quels signaux faibles le manager doit-il rester attentif ?
BV – Il est souvent plus facile de détecter les signaux faibles chez les autres que chez soi-même. D’où l’importance, au sein d’une équipe, d’échanger régulièrement sur les signaux du burn-out. Il faut y être sensibilisé pour les reconnaître. Il s’agit principalement d’être attentif aux changements – aussi petits soient-ils. On constate souvent trois choses : un épuisement tout le temps présent qui n’est pas régulé par du repos. La fatigue persiste même après le week-end ou les vacances. Des symptômes physiques peuvent faire leur apparition : stress intense, insomnies, troubles digestifs. Ensuite, un cynisme et un négativisme sur le travail commencent à s’installer – y compris chez les personnes qui étaient motivées et enthousiastes au départ. Enfin, c’est une baisse d’efficacité même lorsque la personne tente de travailler.
Existe-t-il des bonnes pratiques pour éviter ces écueils ?
BV – A titre individuel ou collectif, il faut penser à faire régulièrement des choses qui donnent de l’énergie. Bien souvent, les tâches à accomplir dans une journée nous prennent des ressources. Cela peut être des personnes ou des activités qui nous font vraiment plaisir. Il faut équilibrer les choses de ce côté-là.
Enfin, comment éviter une rechute lors du retour au travail ?
BV – Il est important, lorsqu’on a pris le chemin du burn-out, de prendre le temps d’analyser ce qu’il nous est arrivé. Il faut comprendre ce qui nous a conduit à vivre cette situation pour ne pas rejouer les mêmes schémas par la suite. Si on retourne au travail dans le même état d’esprit qu’avant, on obtiendra exactement les mêmes résultats. Cette prise de hauteur peut se faire avec un psychologue ou un coach. Ces derniers aideront la personne à identifier ses besoins. Il faut arriver, là encore, à les équilibrer avec les autres obligations (professionnelles, familiales, etc.) Le salarié doit apprendre à poser des limites : demander de nouvelles pratiques managériales, une flexibilité dans son organisation de travail, dire « non », différer certaines échéances, prioriser les tâches à réaliser. Dans tous les cas, il ne doit pas vouloir tout faire : ce n’est pas possible ! Les personnes qui font un burn-out ont souvent voulu trop en faire.