Incertitude dirigeants
Management

L’incertitude est-elle la nouvelle normalité des dirigeants ?

Dans un contexte économique incertain, les dirigeants, privés de visibilité sur l'avenir, se retrouvent à faire des arbitrages sous contrainte. Avec pour principales conséquences : frein sur l'investissement, prudence accrue sur les recrutements ou encore augmentation de la charge mentale. Explications de Jean-Eudes Tesson, dirigeant et vice-président de l'Unédic. Etude à l'appui.

Près de trois quarts des dirigeants (74 %) estiment que l’environnement est « imprévisible ». Ce ne sont plus des phases d’incertitude temporaires. 66 % des dirigeants pensent que cette incertitude est amenée à durer. Un phénomène qui se renforce chaque année davantage depuis le Covid-19. Conséquence ? La moitié d’entre eux indique ne pas avoir de visibilité au-delà d’une année, tandis que 25 % ne se projettent pas à plus de six mois. « Normalement, on se projette sur plusieurs décennies, voire sur plusieurs générations pour les entreprises familiales. Les dirigeants manquent d’information ou n’ont que des informations partielles voire contradictoires. C’est difficile de prendre de bonnes décisions dans ce contexte. Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur du phénomène. Les causes sont à la fois conjoncturelles et structurelles« , explique Jean-Eudes Tesson, président du Conseil d’administration de Tesson & cie et vice-président de l’Unédic.

Des facteurs multiples

Les facteurs de ce climat précaire sont, en effet, multiples avec en tête l’instabilité politique nationale (changements de réglementation et de fiscalité, absence de visibilité sur le budget de l’Etat) à 71 %. S’en suivent : l’inflation (hausse des coûts de l’énergie, baisse du pouvoir d’achat) à 61 % ; l’instabilité géopolitique (46 %) ; les attentes des salariés sur leurs conditions de travail (31 %) ; les risques de cybersécurité (25 %) ; les évolutions technologiques (21 %) ; tandis que les risques sanitaires sont de nouveau relégués au dernier plan (11 %). Cette instabilité est particulièrement ressentie par les dirigeants de petites entreprises, tandis que ceux de moins de 50 salariés sont davantage touchés par l’instabilité politique. Ceux de plus de 250 salariés par les évolutions du marché et les changements technologiques.

En ce qui concerne les secteurs, l’industrie est la plus exposée à cette ambiance incertaine. Les services le sont par l’instabilité de la politique nationale et les évolutions du marché, tandis que le commerce, lui, est fortement impacté par l’inflation. Ce contexte a poussé de nombreux dirigeants à s’adapter aux risques, à maîtriser les coûts et à revoir leur stratégie RH. Selon l’étude, ils ont d’abord : identifié les risques qui pourraient peser sur leur entreprise afin de s’y préparer (72 %) ; reporté ou réduit leurs investissements (61 %) ; formé leurs salariés à de nouvelles compétences (46 %) ; décalé des recrutements et/ou supprimé, renoncé à créer des postes (45 %) ; gelé les augmentations de salaires ou diminué les primes (40 %) ; limité le recours à des prestataires ou freelances (35 %) ; accéléré la digitalisation ou l’automatisation des process internes (34 %). Dans les prochains mois, les patrons tenteront de poursuivre les promotions internes. En d’autres termes, « ils tentent de préserver et de valoriser ce qu’ils ont déjà », détaille-t-il.

Toutefois, une majorité d’entre eux ont conscience que leur survie passera par l’innovation et l’adaptation de leur stratégie. « Ils sont tentés de partir à la conquête de nouveaux marchés, par exemple, pour ne pas se laisser submerger par les changements rapides », poursuit-il. D’après lui, cette dynamique aura des impacts forts sur le management. « Les managers vont devoir convaincre que la direction a une vision, que les dirigeants sont sereins quant à l’avenir – même si, en réalité, le contexte reste délicat. Il est important de continuer à motiver et engager les équipes. Sinon, cela peut créer un sujet d’inquiétude supplémentaire. »

En conclusion, si les dirigeants doivent rester « déterminés » (96 %) face à ce contexte instable, ils sont « prudents » (93 %) et reconnaissent être « fatigués » (62 %). « Ils gardent de l’optimisme malgré tout. Nous ne sommes, donc, pas dans un pessimisme ambiant, mais plutôt dans une augmentation de la charge mentale. C’est cet aspect le plus problématique dans ce climat d’incertitude. Personne ne peut porter la responsabilité d’assurer la pérennité de l’entreprise à leur place, ni toutes les autres responsabilités d’ordre pénales. »

*L’étude « L’incertitude permanente, nouvelle normalité pour les dirigeants d’entreprise ? », publiée en juin 2026, par l’Unédic et Elabe s’appuie sur un échantillon représentatif des dirigeants d’au moins 1 salarié en France métropolitaine. La représentativité est assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables de taille d’entreprise et de secteurs d’activité. Les interviews ont été réalisées du 26 janvier au 23 février 2026.

1 commentaire

  1. Caroline Poiret Domanine

    L’incertitude n’est plus une phase à gérer, mais un environnement à habiter. Et pour les dirigeants, cela change beaucoup de choses : il ne s’agit plus seulement de décider vite ou de prévoir mieux, mais de créer les conditions pour que le collectif reste capable d’agir quand les repères bougent.
    C’est exactement le cœur de mon travail avec Cohortation.fr : comprendre l’humain en contexte incertain, ajuster la posture managériale, et renforcer la robustesse collective sans faire porter toute la charge au dirigeant. Ça va tanguer, beaucoup et nous auront de collectifs soudés.

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