Management géographiquement dispersé
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« Il faut tout formaliser » : le défi du management d’équipes géographiquement dispersées

Si superviser des équipes comporte son lot de défis, la tâche s'avère d'autant plus complexe lorsque celles-ci sont réparties sur des sites différents en France et dans le monde. Comment bien communiquer ? Les motiver ? Créer un lien de confiance durable ? Décryptage de Nicolas Bergeret, DRH de l'EDC Paris Business School.

Loin des yeux, près du cœur ? Lorsque les équipes sont réparties sur des sites géographiquement éclatés, « les managers rencontrent les mêmes problématiques qu’au bureau, mais de manière amplifiée », avance Nicolas Bergeret, DRH. En règle générale, les collaborateurs à distance apprécient l’autonomie et la confiance octroyées par leur supérieur hiérarchique. « Ce mode de fonctionnement contribue à leur épanouissement professionnel. Beaucoup ont besoin de cet espace de liberté dans le travail », poursuit-il.

Cependant, dans le même temps, l’éloignement géographique entre un manager et ses équipes accroît considérablement certaines difficultés : défaillances de communication, perte d’information, incompréhensions, distances relationnelles, et autres insatisfactions professionnelles. « Le manager ne peut pas avoir les mêmes ressentis avec ses équipes à distance qu’avec celles à proximité. Il peut passer à côté de nombreux signaux faibles », indique-t-il. Les défis opérationnels, la souffrance au travail ou les tensions relationnelles « peuvent vite émerger, s’accumuler et être difficiles à désamorcer ».

Instaurer un cadre clair et unanimement accepté

Aussi, pour éviter ces écueils, le manager a tout intérêt à instaurer un cadre clair dès le départ. Il doit bien se connaître et connaître ses équipes afin de déterminer la manière dont il souhaite fonctionner. Cela lui permettra « d’instaurer des règles claires dès le départ. Une sorte de contrat moral auquel les équipes adhèrent et qu’elles s’engagent à respecter. Il faut tout formaliser », indique le DRH. Il entend par là : fixer des objectifs compréhensibles ; clarifier les missions ; donner les moyens de les atteindre ; organiser des points réguliers afin de lever certains obstacles. Le manager et ses équipes « doivent tous avoir en tête un calendrier avec les temps forts de l’année. Cette manière de procéder est supposée supprimer toutes les zones d’ambiguïtés et tous les moments de flottements qui ne vont pas dans le sens de la performance. »

Pour ce faire, l’importance accordée à une bonne communication est primordiale. A distance, « il n’y a presque plus de moment où l’information circule de manière informelle. Le manager va devoir formaliser les points individuels et collectifs de manière journalière, hebdomadaire ou mensuel, en fonction de l’activité de l’entreprise », note-t-il. Mais aussi, la diffusion des informations en lien avec l’actualité de l’entreprise, les changements stratégiques, les nouveaux objectifs, etc. Il s’agira pour le manager d’expliciter les moments où il est disponible ainsi que les moyens de prendre contact avec lui (appel téléphonique, message sur Teams, email, etc). Il doit travailler ses prises de parole en amont, car « chaque information véhiculée s’ancrera durablement dans les cerveaux des membres de l’équipe. Si le manager est susceptible d’oublier ce qu’il a dit quelques heures après, les équipes, elles, s’en souviendront probablement pendant des mois. »

Prévoir des déplacements physiques

Il est également important que le manager prenne le temps de se déplacer dans les pays ou les villes où se trouvent ses équipes. « Il ne faut pas que les coûts liés aux déplacements soient exorbitants. Toutefois, ils restent nécessaires pour entretenir un lien solide avec ses collaborateurs. Ils lui permettent aussi de sentir l’ambiance sur le terrain, d’avoir des échanges plus directs et informels. Chacun peut agir de manière plus naturelle et détendue », pense-t-il. A défaut de déplacements réguliers, le manager doit avoir des relais de confiance sur place. Cela l’aidera à prendre des décisions, « souvent l’angle mort de ce management ».

A noter que dans un contexte international, le manager doit garder à l’esprit que les équipes évoluent dans des environnements de travail potentiellement très différents de la France. Le rapport au travail, le lien avec la figure managériale, la notion de l’argent, l’envie de flexibilité au travail, ect, diffèrent grandement d’un endroit à l’autre. Pour conclure, tout doit être régulièrement retransposé noir sur blanc. Il s’agit « de rendre la fonction managériale presque scientifique », termine Nicolas Bergeret.

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