En 2025, le rôle de manager intermédiaire est devenu l’un des plus exposés au stress, à l’épuisement et au sentiment d’isolement. Ce phénomène, appelé couramment le syndrome du manager sandwich, décrit une situation où les cadres sont pris en étau entre des objectifs toujours plus ambitieux fixés par la direction et des ressources limitées, tout en devant répondre aux attentes croissantes des équipes qu’ils encadrent. Ce positionnement inconfortable génère un mal-être profond et une remise en question constante de la valeur ajoutée de leur action.
Un positionnement sous pression
Le terme « salarié sandwich » illustre parfaitement cette double pression. Ces managers ne décident pas de la stratégie, mais doivent en porter la responsabilité opérationnelle et faire face aux conséquences souvent conflictuelles. Cette position intermédiaire fait d’eux des courroies de transmission qui subissent la pression multidirectionnelle : la hiérarchie réclame performance et agilité tandis que les équipes demandent soutien et reconnaissance, provoquant une fatigue émotionnelle intense. Selon le baromètre Empreinte Humaine 2023, la moitié des managers intermédiaires déclarent se sentir en détresse psychologique, et un tiers est proche du burn-out.
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Une zone grise de pouvoir
Aussi, le manager sandwich subit une pression multidirectionnelle constante : il doit faire appliquer les décisions et objectifs de la direction tout en soutenant, motivant et gérant les attentes très diverses de ses collaborateurs. Il évolue dans une zone grise de pouvoir : ni totalement décideur ni simple exécutant, il est responsable de la mise en œuvre des stratégies sans toujours avoir la marge de manœuvre suffisante, ce qui génère une perte de légitimité et de reconnaissance. Ce rôle génère souvent un isolement professionnel et psychologique, qui peut se traduire par une baisse de réactivité, un retrait social, voire une dégradation de l’état de santé mentale sous forme de burn-out.
Les causes de l’isolement
- La complexité croissante du management d’équipes souvent hybrides ou à distance, augmentant la difficulté de maintenir la cohésion et la motivation,
- Le manque de marges de manœuvre réel dans la prise de décision, ce qui affaiblit leur légitimité auprès des collaborateurs,
- Une charge de travail excessive due aux multiples réunions, reporting et attentes contradictoires,
- L’absence de soutien suffisant dans l’entreprise, où ils sont fréquemment invisibilisés dans les dispositifs de bien-être au travail.
Des conséquences organisationnelles majeures
Les conséquences de ce syndrome dépassent largement l’individu : la souffrance et le désengagement des managers sandwichs fragilisent la performance collective, sapent la motivation des équipes et ouvrent la porte à des taux inquiétants d’absentéisme et de turnover. À terme, c’est la stabilité même des organisations et leur culture managériale qui se trouvent menacées.
Vers un changement de paradigme
Pour contrer ce phénomène, il est indispensable que les entreprises repensent en profondeur leur modèle managérial. Cela passe par un soutien tangible aux managers intermédiaires, une clarification précise des rôles et des attentes, une délégation intelligente des responsabilités, ainsi qu’une reconnaissance accrue, tant financière que symbolique.
Réaliser des diagnostics réguliers des risques psychosociaux spécifiques à cette catégorie devient crucial pour repérer les signaux d’alerte avant que le burn-out ne s’installe, afin de préserver une dynamique de travail saine et durable.
Le syndrome du manager sandwich révèle une vulnérabilité majeure du management contemporain. En l’acceptant et en y répondant de manière adaptée, les entreprises offriront à ces acteurs stratégiques un environnement plus protecteur, une meilleure valorisation et une latitude renforcée, conditions sine qua non d’un management équilibré, résilient et performant.