30 % des salariés en France présentent des risques de dépression ou sont en dépression, tandis que 16 % sont en dépression sévère, d’après le 15ème Baromètre du cabinet Empreinte Humaine, publié fin novembre 2025. La dépression est l’un des troubles de la santé mentale « parmi les plus fréquents en entreprise », affirme Christophe Nguyen, son dirigeant. Celle-ci n’est pas toujours facile à déceler par l’entourage surtout lorsqu’elle est « souriante ». Concrètement, c’est lorsqu’une personne en dépression « porte un masque émotionnel à l’opposé de ce qu’elle ressent à l’intérieur », développe-t-il. Elle est souriante, agréable, sociable, mais se suradapte aux besoins des autres et à son environnement en général. En se coupant ainsi de ses émotions, cette dernière se retrouve à « faire semblant et s’impose des contraintes sociales et personnelles. Elle n’est plus en phase avec ce qu’elle est, ce qu’elle pense, ce qu’elle dit et ce qu’elle ressent. Cette dissonance cognitive amplifie le mal-être. C’est une posture très coûteuse en énergie. Elle ne pourra pas tenir longtemps de la sorte », indique l’expert en psychologie du travail.
Ce type de dépression ne figure pas officiellement dans le DSM-5 (livre d’association américaine de psychiatrie) – qui répertorie tous les troubles et les maladies mentales. Cependant, elle se rapproche de la « dépression atypique » et touche beaucoup de personnes qui ont des difficultés « avec leur image, leur structure interne, leur confiance en elles. Elles ont souvent été élevées avec certains schémas émotionnels en tête : comme « sois fort », « sois parfait » et « n’exprime pas tes émotions ». Alors qu’en réalité, elles ont une vie intérieure complexe avec de la tristesse, des doutes, de l’anxiété, voire des crises d’angoisse« , détaille-t-il.
Tout cela se traduit par du contrôle, du perfectionnisme, et encore de la surperformance. La pression sociale et sociétale peuvent également jouer sur le moral de ces personnes. Aujourd’hui, la positivité et l’incitation à devenir la « meilleure version de soi-même » sont valorisées. Or, « cette positivité peut être toxique, car elle renforce la honte ou la peur d’être jugée de ces personnes qui cachent leur véritable nature intérieure. La vie n’est pas faite que de bons moments et de paillettes. Nous avons tous des difficultés à un moment ou à un autre. Être positif quand on est malheureux, ça ne sert pas à grand-chose », ajoute-t-il.
Des signes cliniques discrets
Aussi le manager, ou des collègues proches, peuvent être attentifs à certains signaux discrets. Cette personne peut, par exemple, manquer de sommeil en raison d’insomnies répétées. Elle sera donc fréquemment fatiguée au travail. Elle peut aussi faire régulièrement des erreurs d’inattention. Elle change de comportements, a des humeurs fluctuantes, grossi/maigri rapidement sur des temps courts, a des problèmes relationnels récurrents et avec des personnalités différentes (même les plus souples), etc.
Si la personne en dépression masquée n’évoque pas d’elle-même le sujet avec son responsable – car « elle n’a parfois même pas conscience de sa souffrance intérieure », précise Christophe Nguyen – alors ce dernier peut faire le premier pas. « Le manager doit faire preuve de finesse en connaissant ses salariés et en observant la manière dont ils évoluent. Il peut faire remarquer à la personne ses comportements et lui demander si tout va bien. Cette démarche mettra le salarié en confiance et provoquera peut-être chez lui un déclic. » Si celui-ci accepte de s’ouvrir auprès de son manager, il pourra l’orienter vers des professionnels de santé adaptés. Ils aideront la personne à comprendre d’où vient son mal-être, à exprimer ses difficultés, et ainsi à trouver des solutions durables. « Le pire, ce serait de ne rien dire, de ne rien faire. L’inertie aggrave la dépression en la rendant chronique, et donc plus difficile à traiter », termine-t-il.