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« Colleagueflation » : les cagnottes au bureau, nouvelle pression sociale ?

Pot de départ, naissance d'un enfant, fêtes de fin d'année... Les occasions de participer aux cagnottes pour offrir des cadeaux au bureau se multiplient. Si ces gestes partent d'une bonne intention, ils peuvent se transformer en pression sociale et financière. Explications de Laurent Girard-Claudon, fondateur d'Approach People Recruitment.

Les dépenses entre collègues ont augmenté de 6 % entre 2022 et 2025, selon les dernières données de Leetchi. Cette inflation porte d’ailleurs un nom : la « colleagueflation ». Un exemple ? Une cagnotte pour un pot de départ récolte en moyenne 400 euros avec 20 participants, soit 20 euros par personne. Ce qui était jusqu’à présent un geste simple et spontané s’est transformé en démonstration en grande pompe. Dans le même temps, les canaux de communication internes (mails, chats) ainsi que les réseaux sociaux (photos) contribuent à augmenter la visibilité de ces pratiques. Ce qui pousse à la surenchère. « Aucune personne de l’entreprise n’y échappe. Les barrières physiques ne suffisent plus puisque les paiements peuvent se faire en ligne », affirme Laurent Girard-Claudon, fondateur d’Approach People Recruitment.

Et gare à celles et ceux qui feraient mine de ne pas avoir vu le mail passer ! La personne à l’initiative de la cagnotte ne manquera pas de les relancer : « Alors, tu comptes participer : oui ou non ? » Si le salarié n’en a pas envie ou bien qu’il ne peut pas se le permettre, poursuit Laurent Girard-Claudon, il va « se retrouver à se justifier et risque de culpabiliser. C’est délicat notamment lorsqu’il n’a pas d’affinité avec le collègue concerné par le cadeau. » Celui ou celle qui ne participe pas redoute que sa décision soit soumise aux interprétations, voire aux jugements, mêmes dissimulés, des autres : « Il va passer pour l’égoïste, le radin ou encore le désengagé. Ces initiatives peuvent en mettre certains dans des situations de fortes tensions. »

Pour l’organisateur en charge du cadeau collectif, la tension peut être aussi forte – si ce n’est plus. Ce dernier doit récolter l’argent, parfois avancer les frais, choisir un présent qui plaît à tous, respecter les délais, gérer les attentes de chacun, etc. « Rapidement, ce rôle devient un véritable casse-tête et peut générer du stress là où il devrait rester léger », regrette le dirigeant. Autrement dit ? Le rituel s’alourdit, la convivialité s’étiole. Le cadeau supposé faire plaisir se transforme en contrainte pénible pour tout le monde. « L’organisateur obtient l’effet inverse de celui qu’il recherchait initialement », souligne-t-il.

Instaurer des limites

C’est pourquoi, il est nécessaire d’instaurer des règles au sein de l’entreprise. Si les sollicitations, notamment dans les grandes entreprises, sont trop nombreuses, Laurent Girard-Claudon suggère au manager ou à l’un des membres de l’équipe de faire remonter l’information à la direction. Celle-ci devra alors communiquer clairement « que chacun est libre de participer et qu’il n’a pas besoin de se justifier si ce n’est pas le cas. Chacun peut contribuer à quelques cagnottes seulement. S’il y a dix cagnottes qui circulent, une participation à deux d’entre elles est suffisante. Généralement pour les collègues les plus proches. »

Laurent Girard-Claudon ajoute que la direction peut aussi indiquer un montant maximum par participant : cinq ou dix euros peuvent être « amplement suffisants ». L’organisateur, lui, devra « avoir la délicatesse de ne pas relancer plus de deux fois dans le mail ou la messagerie de groupe et encore moins de manière individuelle auprès de celles et ceux n’ayant pas répondu. Une non-réponse est une réponse en réalité« , poursuit-il. Enfin, il recommande d’opter pour des cadeaux personnalisés et peu coûteux. « Il faut éviter le phénomène de surenchère et miser sur la valeur symbolique et affective du cadeau », insiste-t-il.

« Le cadeau ne doit pas être une source de compétition ou d’angoisse, mais un moment de partage et de créativité. » Il est fondamental que ces instants de convivialité le restent. « C’est vraiment le rôle de la direction et du manager d’apaiser les tensions et les angoisses autour de ce sujet », termine-t-il.

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