Sortir un disque vinyle de sa pochette. Le faire tourner sur lui-même pour sélectionner la face A. Le poser délicatement sur le plateau et lancer la musique en disposant le diamant sur son extrémité. Voilà une madeleine de Proust avec laquelle on n’imaginait pas renouer. Et pourtant, les Français ont replongé dans l’univers de la musique physique, après des années de MP3 et autres streamings.
Les vinyles se revendent presque comme des petits pains et les Français s’équipent de nouveau en platine. Il se vendait 500 000 vinyles dans l’Hexagone en 2012. Il s’en est vendu 5,5 millions en 2023 ! Bon, c’est deux fois moins que les CD. Et les revenus générés par les galettes noires sont sept fois moins importants que ceux générés par la musique numérique (95 millions, contre 620 millions d’euros), selon des données du Syndicat national de l’édition phonographique (Snep). Pour autant, le vinyle n’est donc pas mort !
Une philosophie, un bel objet statutaire
“Le marché a retrouvé une forte croissance il y a une quinzaine d’années. Nous pensions, au départ, que c‘était un effet de mode. Et puis, chaque année, nous avons vu le marché croître. C’est désormais une tendance longue qui fait que l’on a dépassé l’effet de mode”, explique Stéphane Gissy, chef de produits hi-fi chez Fnac Darty. Et d’ajouter : “Nous sommes sur une tendance sociétale qui voit l’évolution des usages chez les consommateurs. Après être passés par le tout dématérialisé, nous constatons une contre tendance qui cohabite avec le streaming et le numérique”, poursuit le spécialiste. Et elle dépasse le cadre des boomers.
Toujours selon les données du Snep, 54 % des acheteurs de vinyles ont moins de 35 ans ! Les 45-64 ans en représentent, eux, 29 %. “Les amateurs de musique les plus actifs le sont à travers tous les usages”, décrypte le syndicat. Tout le monde recherche la même chose dans le vinyle : un son unique, une chaleur musicale, une occupation de l’espace que l’on avait perdue avec l’audio compressée. Le vinyle est devenu une sorte de philosophie. Il y a un attachement à l’objet. “Quand on écoute un vinyle, il y a tout un rituel. C’est une écoute beaucoup plus engageante. Ça permet de sanctuariser ce moment ”, analyse Christian Debrosse, le responsable marketing Europe du groupe Panasonic, qui a relancé la marque hi-fi Technics il y a une dizaine d’années.
Bluetooth ou filaire
Pour écouter des vinyles, il y a bien souvent la chaîne hi-fi qui équipait déjà le foyer et à laquelle on a dû souvent rajouter une platine. Mais les dernières technologies se sont invitées aussi sur ce marché. Plus besoin de préampli, d’ampli et de grosses enceintes pour se faire plaisir. Les platines ont adopté le Bluetooth et l’USB pour l’enregistrement. Elles se connectent directement à une enceinte sans fil, ou bien à un casque, et le tour est joué. Le Bluetooth est d’ailleurs plébiscité. Il est très majoritaire dans les ventes, selon les spécialistes du secteur.
Les vrais amateurs se tournent vers du matériel hi-fi plus classique et filaire. Chez Audio Technica, numéro un en France, la gamme LP60 fait partie des best-sellers. Elle se décline en filaire, Bluetooth et USB. “Le gros du marché des platines est entre 120 et 299 €”, explique Evangeline Pirot, general manager France de la marque audio japonaise. Les platines sont évolutives et peuvent monter en gamme, en jouant sur la cellule, le contrepoids, l’antiskating, le pitch (vitesse de lecture), l’entraînement à courroie ou bien direct… Plus on monte en gamme, plus les matériaux évoluent. On part du plastique pour aller vers le bois ou le métal. Les aficionados pourront également se tourner vers des produits iconiques, comme la SL1200 de Technics sortie en 1972 et qui en est à sa version MK7 désormais, ou bien l’AT-LP8X d’Audio Technica.
Des acteurs, comme la marque autrichienne Pro-Ject, enrichissent l’offre avec une approche très audiophile. Pour Stéphane Gissy : “La hi-fi a fini d’opérer sa mue et a intégré les nouveaux usages liés au dématérialisé, tout en gardant ses capacités liées aux anciens usages. Les installations deviennent multi-compatibles.” Tous les spécialistes s’accordent à dire que c’est bénéfique pour l’apprentissage du son. La réalité sonore est autrement plus riche que celle délivrée par les enceintes monoblocs et les casques vissés sur la tête.