Management promotion

J’ai accepté une promotion… mais le costume est trop grand pour moi

, par Audrey Pelé

Vous commencez tout juste un nouveau travail mais déjà les difficultés s’accumulent. Comme vous n’avez pas toutes les qualités requises, vous rétropédalez et ne savez plus comment vous en sortir. Pas de panique, il suffit de savoir comment réagir, notamment en faisant un point avec votre manager, pour se sortir de cette mauvaise passe.

Vous êtes dans une position inconfortable au bureau. Vous venez d’accepter une promotion mais vous n’avez pas les compétences nécessaires pour mener à bien votre mission. Peut-être avez-vous dit “oui” un peu trop vite. “On peut se retrouver dans cette situation pour différentes raisons. Il se peut que l’on ait cédé à la pression sociale, par exemple aux proches qui nous disaient que l’on ne pouvait pas dire ‘non’. Il est aussi possible que le manager ne nous ait pas laissé le choix, au risque d’être mis au placard, explique Aurélie Ambert, coach en gestion de carrière et dirigeante du cabinet Mooveo RH. On peut également avoir perçu la promotion comme une occasion unique de monter en grade ce qui bien sûr flatte l’ego. Enfin on peut avoir dit ‘oui’ pour des raisons économiques car à la clé de ce nouveau poste, il y a une augmentation de salaire.”
Problème : faute de pouvoir faire face, les symptômes qui prouvent que vous êtes dans la panade s’accumulent. “On perd confiance en soi, on surcompense en faisant des horaires à rallonge, on s’épuise, on fait des erreurs, on s’isole. C’est un cercle vicieux dont il faut sortir rapidement”, assure la coach.

 

Se tourner vers son manager

Pour renverser la vapeur, il va donc falloir agir et vite. “Le risque majeur, c’est de se laisser guider par la peur de ne pas y arriver, met en garde Aurélie Ambert. Beaucoup de cadres viennent dans mon bureau et appellent au secours mais il faut sortir du blâme et de la plainte. L’important, c’est d’abord d’assumer sa part de responsabilité pour se remettre aux manettes et prendre de nouvelles décisions.” Pour repartir du bon pied, elle recommande notamment aux cadres de réaliser un diagnostic distancié de la situation, c’est-à-dire de faire un point sur ses lacunes et les différents enjeux du nouveau poste. “Quand on est dans cette situation, on mélange tout. On interprète tous les propos entendus autour de soi, il y a de l’affect. En réalité, il est nécessaire de distinguer ce qui relève des opinions et du ressenti car on ne peut agir que sur les faits.”
Elle recommande également de “tisser du lien autour de soi”. “Il ne faut pas s’isoler mais au contraire, il est important de partager son diagnostic avec des personnes distanciées de la situation, d’autres salariés de l’entreprise qui ne sont pas dans le même service, par exemple, ou des amis”, explique-t-elle encore. Noémie le Menn, coach certifiée Syntec et psychologue du travail, recommande également de parler de la situation à des personnes en qui l’on a confiance. “Partager les difficultés fait aussi partie des techniques d’apprentissage. On peut aborder les problèmes avec d’anciens collègues ou un mentor, avec lesquels on va faire du co-developpement. Cela peut se faire de manière informelle lors d’un déjeuner, par exemple.” Mais la coach insiste : “Si les solutions n’apparaissent pas, il ne faut pas hésiter à se tourner vers son manager ou son n+1.”
De l’avis des professionnels, aborder les problématiques que l’on rencontre avec son responsable est fortement recommandé. “On a le droit de ne pas tout savoir et il faut en parler si c’est le cas. On ne blâmera jamais un salarié qui le reconnaît, en revanche s’il n’avertit pas à temps cela peut-être problématique car on pourra lui reprocher de ne pas avoir alerté, assure Noémie Le Menn. D’ailleurs, la plupart du temps, les managers sont ravis qu’on leur demande conseil. Ils peuvent notamment proposer un coaching pendant lequel on va regarder les objectifs à atteindre et accompagner la personne. Si on lui fait une telle proposition, c’est que l’on se dit que le salarié a des chances de réussir et qu’il a le potentiel. En somme, c’est bien pour cela qu’on l’a promu même s’il y a des difficultés et on va l’aider à les dépasser.”

 

Entretenir sa forme

Pour se sortir de cette passe difficile, Aurélie Ambert conseille, aux cadres de véritablement repasser un contrat relationnel ou oral avec son manager. “On fait un plan d’action, on réévalue les besoins, on reprécise les objectifs. Et lors du rendez-vous, il est préférable de venir voir son manager avec des propositions plutôt que de lister les problèmes.”
Mais la question se pose alors : parler de ses défaillances à son responsable, ne serait-ce pas un aveu de faiblesse ? “Non, bien au contraire. On reconnaît que les hauts potentiels et les gens en succès sont des personnes dans ce questionnement, dans cette recherche de partage de bonnes pratiques , de conseils. On avoue quand on est coupable, là ce n’est pas le cas, assure Noémie Le Menn. Demander de l’aide permet d’ailleurs au salarié dans une position délicate de rentrer dans un cercle vertueux. C’est un acte créateur de confiance qui est souvent réciproque.”
Pour éviter toute dévalorisation et la perte de confiance en soi dans l’épreuve, Aurélie Ambert conseille également de “se souvenir de ses réussites”. “La plupart du temps on se saborde tout seul. Souvent on se dit que l’on n’est jamais arrivé à rien alors que c’est faux. Il faut faire la liste, crayon à l’appui, de tout ce que l’on a accompli au niveau professionnel car on oublie vite ! Il faut se remémorer les succès et se visualiser dans la réussite.”
Pour éviter de s’épuiser, elle recommande enfin de pren­dre soin de soi. “Je dis souvent à ceux qui viennent me voir qu’ils sont leur propre outil de travail. Parfois, il faut faire moins mais mieux. Il est impératif de surveiller ses amplitudes de travail, la qualité de son sommeil, son alimentation, faire de l’activité physique et ne pas renoncer à avoir des moments de distraction, conclut-elle. Quoi qu’il en soit il faut faire de cette situation une clé d’apprentissage. Après coup on se demandera : Pourquoi ai-je accepté ce travail ?  Quelles sont les questions que je n’ai pas osé poser sur le poste au moment de l’entretien ? Est-ce la première fois que je suis dans cette situation ? Quand on est sorti de l’ornière, il est important de prendre du recul et d’apprendre sur soi.”

gplus-profile-picture

Audrey Pelé
Journaliste pour Courrier cadres


Sur le même thème


Vos réactions (1)

  1. J’ai accepté une promotion……, le

    […] Vous commencez tout juste un nouveau travail mais déjà les difficultés s’accumulent. Comme vous n’avez pas toutes les qualités requises, vous rétropédalez et ne savez plus comment vous en sortir. Pas de panique, il suffit de savoir comment réagir, notamment en faisant un point avec votre manager, pour se sortir de cette mauvaise passe.  […]

Réagir à cet article

Un système de modération est en place sur ce site. Votre commentaire sera en ligne après vérification.


*

* Champs obligatoires