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Discriminations : le sexisme et l’âge au cœur des préoccupations des salariés

, par Fabien Soyez

Le Medef a présenté son 7e Baromètre sur la perception de l’égalité des chances en entreprise. Selon cette étude, les salariés ont peur d’être discriminés pour leur genre, mais aussi et surtout pour leur âge.

 
« Mieux connaître les attentes des salariés et leur perception de l’égalité des chances au travail permet aux entreprises de mieux recruter, de mieux suivre l’évolution des carrières, et d’être plus attractives et performantes » : ainsi Dominique Carlac’h, vice-présidente du Medef, présente-t-elle le 7e “Baromètre national de perception de l’égalité des chances” élaboré tous les ans depuis 2012 avec Kantar TNS.

« La perception des salariés est aussi importante que la mesure de la réalité des discriminations, car elle a un fort impact sur la QVT, l’engagement et la motivation », explique Laurent Depond, ex-directeur de la diversité du groupe Orange, et depuis peu en charge de ce sujet au Medef.

Le Baromètre de l’organisation patronale permet d’identifier une évolution des craintes de discrimination chez les salariés. Ainsi, certaines inégalités perçues « choquent aujourd’hui davantage que d’autres”, comme le sexisme et l’âge.

 

Le sexisme, 2e peur de discrimination en 2018

En 2018, 21 % des salariés s’inquiètent des discriminations en raison du sexe et de la situation familiale. « La peur d’être traité différemment en raison de son sexe connaît une augmentation importante (+7 points en un an), passant de la quatrième peur de discrimination en 2017 à la deuxième en 2018″, peut-on lire dans l’étude.

« Cette crainte a augmenté chez les femmes, surtout chez les jeunes de 18-24 ans, probablement en partie suite à l’affaire Weinstein. Au delà du plafond de verre, le mouvement ‘Metoo’ a provoqué une prise de conscience », explique Dominique Carlac’h.

Dans le détail, l’indice de « facilité de carrière » des mères d’enfants en bas âge est en baisse, passant de 88 % en 2017 à 85 % en 2018 ; la situation familiale (mariage, grossesse, divorce) est la troisième peur de discrimination pour les femmes (et inquiète aussi davantage les hommes, avec 13 % d’inquiétudes en 2018 contre 6 % en 2017) ; et le premier « perturbateur d’ambiance » en entreprise reste « les allusions à caractère sexuel », à 16 %.

À noter que cette crainte liée au sexe est plus importante chez les femmes (37 %, contre 28 % en 2017) que les  hommes (10 %), bien que chez ces derniers, la tendance soit à l’augmentation, avec + 5 points en un an : « Désormais, ils craignent notamment d’être mis à l’écart en raison des politiques de discrimination positive menées en faveur de leurs consoeurs féminines », note Laurent Depond.

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La discrimination liée à l’âge, première grande crainte

Devant le genre, l’âge représente la plus grande crainte de discrimination en entreprise (41 %, contre 33 % en 2017) – tant chez les femmes (42 %) que chez les hommes (40 %), et aussi bien chez les seniors que chez les jeunes.

Même si selon une étude de l’Insee, le taux d’emploi des 50-64 ans a triplé en 10 ans, les préjugés ont en effet la vie dure, l’âge restant le deuxième sujet de moquerie en entreprise et un « critère probable » de refus de promotion pour 57 % des personnes interrogées.

« Quand vous êtes jeune, au moment de l’embauche ou en début de carrière, on vous juge fainéant ou pas assez mûr, et passé un certain âge, vous êtes considéré comme périmé ou peu adaptable, notamment en matière de nouvelles technologies », explique Laurent Depond. « Il y a tout un tas de stéréotypes, intériorisés dans notre société, notamment ici en raison d’un âgisme typiquement franco-français, contre lesquels les entrepreneurs doivent lutter, car les salariés ont tendance à être fatalistes, et à se démotiver par eux-mêmes en raison de cette perception médiocre de l’égalité des chances. », ajoute-t-il.

 

Une entreprise innovante apaise ces craintes

Comment effacer cette crainte d’être discriminé en entreprise ? « Le sentiment que peut avoir un salarié de risquer d’être mis à l’écart de par son genre, son âge ou tout autre critère (diplôme, apparence physique, situation familiale, état de santé) diminue quand il a la sensation de faire partie d’une organisation innovante en matière de management. Il a une meilleure perception que les autres de sa direction concernant l’importance accordée aux sujets d’égalité des chances, et davantage confiance en son avenir au sein de son organisation », indique Laurent Depond.

Selon l’étude du Medef, quand 69 % des travailleurs déclarent leur entreprise innovante, 74 % estiment qu’elle « représente bien la diversité de la société ». Seuls 33 % de ces salariés estiment toutefois que l’âge est « beaucoup moins discriminant » dans leur organisation. Mais qu’est-ce qui caractérise une entreprise « innovante » en management  ? « Une organisation du travail qui favorise une plus grande implication des salariés, qui leur donne plus de responsabilités ; des managers qui sont formés aux stéréotypes et font preuve de bienveillance ; ou encore des recruteurs qui privilégient les compétences aux questions de mobilité (par exemple le lieu d’habitation du candidat) », décrit Laurent Depond.

Dominique Carlac’h incite les entreprises à sensibiliser les managers et les recruteurs à leurs propres biais potentiels, et à collaborer avec des associations spécialisées dans l’égalité des chances et la diversité, notamment dans les quartiers, comme Capital Filles ou Article 1. La vice-présidente du Medef constate toutefois que « le Baromètre montre que les entreprises, souvent montrées du doigt, agissent, et qu’il y a une évolution ».

 
 

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Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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