Entreprise teletravail

45 % des employeurs “télésurveillent” leurs salariés

, par Fabien Soyez

Si le télétravail signifie souvent pour beaucoup plus d’autonomie et un management par la confiance, de nombreuses entreprises françaises “télésurveillent” leurs salariés à distance. Selon une étude réalisée par GetApp, 45 % des télétravailleurs évoluent ainsi dans une organisation qui utilise des outils de surveillance.

Le télétravail est de plus en plus associé à une plus grande autonomie et à un management par la confiance. Mais une récente étude de GetApp (1), une plate-forme d’étude des logiciels métiers appartenant au groupe Gartner, nuance ce portrait idyllique. Ainsi, 45 % des salariés interrogés travaillent dans une entreprise qui utilise des outils de surveillance des employés. En outre, 80 % affirment que cette surveillance a commencé avec la crise du Covid-19, qui a contraint de nombreuses sociétés à avoir recours au travail à distance.

 

Des visioconférences inopinées aux captures d’écran

Concrètement, les dispositifs de surveillance sont multiples. Pour 44 % des salariés “télésurveillés” (avec leur accord), il s’agit d’un contrôle de leur activité sur l’ordinateur : suivi du temps, historique du navigateur, mouvements de la souris, enregistrement des frappes au clavier. 40 % indiquent que leur surveillance consiste en une vérification de leur “présence”, à travers leurs heures de connexion et de travail. Pour 22 %, il s’agit d’une télésurveillance de leur “espace de travail”, via une webcam ou des captures d’écran.

D’autres employeurs n’utilisent pas d’outils de surveillance dédiés, mais ont recours à des méthodes plus traditionnelles pour vérifier que leurs salariés “télétravaillent” bien : conversations audio fréquentes par téléphone (13 %), envoi d’e-mails, discussions sur une messagerie instantanée, et multiples visioconférences (15 %).

 

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41 % des salariés surveillés y voient des avantages

Pour autant, certains télétravailleurs acceptent d’être surveillés à distance, car ils y voient un intérêt. Ainsi, si 59 % des salariés interrogés par GetApp rejettent l’idée de la télésurveillance par leur employeur et se plaignent d’être infantilisés, les 41 % restants perçoivent dans cette pratique plusieurs avantages.

Signe que la déconnexion et la surcharge de travail demeurent une problématique vivace posée par le télétravail, 51 % des salariés contrôlés pensent que la surveillance à distance est un bon moyen pour l’employeur de “prendre en compte plus facilement les heures travaillées ou les heures supplémentaires”. Et 40 % estiment qu’avec la télésurveillance, les managers peuvent les “aider à optimiser leur temps de travail et à répartir les tâches selon la charge de travail de chacun”.

Ils sont aussi nombreux à penser que les logiciels de surveillance sont un bon moyen de démontrer à leurs patrons qu’ils sont efficaces, et de mieux répartir les tâches. Ainsi, ils sont 30 % à penser qu’en les surveillant, leur employeur peut “obtenir un meilleur aperçu des opérations quotidiennes réalisées au sein de l’entreprise”, avoir “plus de visibilité quant à la productivité/rentabilité de chaque employé”, et “repérer les erreurs/incidents” avant qu’elles s’aggravent. En outre, ils sont aussi 20 % à estimer qu’ainsi, leur encadrement peut être plus facilement au courant de “situations de harcèlement, de discrimination et autres conflits”, et “repérer des problèmes de communication ou d’organisation au sein d’une équipe”.

 

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Stress et manque de confiance

D’un autre côté, chez les salariés interrogés, et pas seulement parmi les 59 % qui souhaiteraient ne pas ou ne plus être surveillés par leur employeur s’ils le pouvaient, 48 % indiquent que la télésurveillance est une source de stress, 41 % pensent que cela “entache la confiance”, et 37 % s’inquiètent de pratiques intrusives.

“De fait, certaines pratiques existantes doivent être encadrées et utilisées à bon escient. Certaines finalités sont sujettes à interprétation, comme la productivité, et devraient répondre à un jugement proportionné. Le temps passé sur une application n’est pas nécessairement synonyme de meilleur rendement. Une analyse d’autres indicateurs doit être considérée afin d’évaluer de manière pertinente le travail d’une personne”, analyse l’étude.

À noter que la Cnil propose depuis peu un questions/réponses sur le sujet, dans lequel elle rappelle expressément que toute “surveillance permanente” de l’employeur est interdite en télétravail.

 

“La transparence est la clé de la confiance et de l’acceptation”

Pour GetApp, afin de mettre en place une surveillance “éthique”, “la clé se trouve entre autres dans une communication transparente : Une politique claire doit être présentée, et exposer les mesures prises et les résultats que l’on souhaite obtenir par cette voie. Sans cela, les effectifs risquent d’imaginer le pire et de rejeter l’idée en bloc.”

Loin de vouloir simplement obtenir une “approbation résignée” de la part des employés, “il faut au contraire exposer les avantages dont ils peuvent bénéficier. Si les résultats attendus participent à une meilleure expérience employée, ceux-ci devraient être communiqués”, conclut l’étude.

 

(1) Étude réalisée auprès de 1 309 salariés et 269 cadres dirigeants français, du 13 au 17 novembre 2020. 

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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Vos réactions (1)

  1. céline, le

    Il faut en effet noter les risques liés à une disponibilité constante par le truchement du téléphone ou de l’ordinateur portable, avec éventuellement une surveillance sophistiquée et pernicieuse des télétravailleurs par surveillance régulière à distance : https://www.officiel-prevention.com/dossier/formation/fiches-metier/la-prevention-des-risques-du-teletravail

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