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Congrès : une compétition internationale ardue

Cet article est issu du dossier "Le tourisme d'affaires, plus haut, plus fort, plus responsable"

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S’ils ont éclaboussé toute la planète d’une créativité et d’une audace événementielles inégalées, les Jeux olympiques et paralympiques d’été de Paris 2024 ont eu, cependant, cette même année, un effet d’évitement sur la tenue des congrès internationaux en France...

À Paris et en Île-de-France, les sites majeurs furent monopolisés

pour l’organisation des JO lors des mois normalement dévolus à la tenue des congrès — mai, juin, septembre et octobre. Résultat des courses ? L’Hexagone perd du terrain dans le classement annuel 2024 rendu par l’ICCA (International Congress and Convention Association) le 20 mai dernier : caracolent en tête les États-Unis (709 congrès internationaux reçus), suivis de l’Italie (635) et de l’Espagne (536), tandis que la France se classe 6e avec 432 congrès. Paris dégringole également à la 6e place avec 124 événements, derrière Vienne, Lisbonne, Singapour, Barcelone et Prague.

Malgré ce recul conjoncturel, largement imputé à l’organisation des JO, la capitale française reste une place forte du MICE, tandis que la France continue de jouer un rôle moteur, comme l’analyse Emmanuel Dupart, directeur délégué de France Congrès et Événements : « L’activité a été très dynamique sur 2024, tirant le marché vers le haut, et sur certaines destinations françaises, les chiffres références d’avant-Covid ont été dépassés. » Avant d’ajouter : « Si 2025 ne sera pas une année record, l’activité continue d’être soutenue. Du fait des indicateurs économiques et sociaux moins favorables, on regarde de près l’évolution du marché, par place, segment et en valeur. Le contexte empreint d’incertitude pourrait entraîner un ralentissement, mais rien de notable pour l’heure. En revanche, il existe une réelle inquiétude sur certains congrès internationaux car la politique trumpiste rebat brutalement les cartes, notamment dans les domaines de la recherche, et on constate déjà une baisse de la fréquentation scientifique — certains indicateurs sont exprimés en plusieurs dizaines de pourcentages —, avec le double risque d’un progrès pour le bien commun mis à mal, et d’un modèle économique du congrès durablement fragilisé. »

Se réinventer

Dans un environnement en constante mutation, entre opportunités de croissance et risques émergents, la magistrale démonstration du « savoir-faire ensemble » lors des JO, saluée par le monde entier, pourrait-elle cependant s’avérer un vecteur d’espoir et de gains de nouveaux congrès ? Un sujet qu’observe Emmanuel Dupart : « Le marqueur des JO Paris 2024 est fort et va le demeurer, tout comme le retentissement médiatique autour du D-Day, de Notre-Dame ou encore du Tour de France. Mais dans un contexte hyperconcurrentiel qui se joue dans un monde à grande vitesse, il ne faut pas seulement compter sur ces magnifiques traces et les beaux souvenirs. La temporalité des choses a considérablement évolué, sous l’influence du numérique et d’Internet. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous réinventer et d’innover fréquemment pour entraîner et renforcer l’attractivité de la destination France. » Et de conclure : « Nous sommes dans une compétition internationale. »

Du côté de Marseille

Autre ville hôte des Jeux olympiques, l’année 2024 fut marquée par une dynamique très positive avec 1 223 événements confirmés — soit une hausse de plus de 6 % par rapport à 2023 — dont 74 ont réuni plus de 500 participants et 20 ont dépassé les 1 200 personnes ; le très convoité Congrès des Experts-Comptables rassemblait notamment en octobre plus de 7 500 participants (un record pour ce congrès), générant à lui seul plus de 8 millions d’euros de retombées économiques.

Les grands événements de ces deux dernières années, à savoir la tenue de matchs pour la Coupe du Monde de Rugby (2023) et l’arrivée spectaculaire de la flamme olympique à bord du Belém, ont fortement contribué au rayonnement international de Marseille. Toutefois, selon Pascale Bigo, responsable du Bureau des Congrès Aix Marseille Provence, « malgré une augmentation de 48 % des événements d’entreprises régionales, les événements internationaux ont, eux, accusé une certaine baisse : en cause, l’organisation des JO, un fait récurrent observé dans chaque pays organisateur. »

Mais cette extraordinaire visibilité olympique donnée à la cité phocéenne augure de belles années, avec, déjà, une année 2025 prometteuse, comme le constate Pascale Bigo : « 444 événements MICE et congrès sont d’ores et déjà confirmés, représentant plus de 107 millions d’euros de retombées économiques, avec plus d’un quart issu de l’international et 16 congrès de plus de 1 000 participants, dont deux de plus de 3 000 personnes (celui de l’AFVAC, par exemple) et deux de 5 000 personnes comme le Congrès de pneumologie de langue française. »

L’effet JO, qui semble ici porteur, devrait donc permettre à la ville de consolider encore sa position d’acteur incontournable du secteur au niveau national et international. Face à des défis inédits, des tensions commerciales internationales, des préoccupations liées aux dérèglements climatiques, aux catastrophes naturelles et aux crises humanitaires, stratégies d’adaptation, résilience et flexibilité semblent désormais les maîtres-mots d’un secteur dépendant d’un environnement international sans cesse bouleversé.

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