Entreprise

Mobilité urbaine : vers de nouvelles voies

De plus en plus diversifiée, connectée, flexible, personnalisée et verte, la mobilité urbaine ouvre désormais aux salariés des possibilités inédites et aux entreprises des défis stratégiques.

Congestion des centres urbains, réduction de l’empreinte écologique, optimisation et gestion des coûts, accessibilité et sécurité des trajets, réduction du stress lié aux transports, confort et qualité de vie au travail, télétravail… Autant de problématiques et d’enjeux environnementaux et sociétaux auxquels se voit confrontée la mobilité urbaine dans les déplacements professionnels. Inscrit dans la Loi d’orientation des mobilités (LOM) et lancé en 2020, le forfait mobilités durables (FMD) est une prise en charge facultative par l’employeur des frais de transport domicile-travail de ses salariés, à condition d’utiliser un moyen de transport alternatif (vélo ou mobilité partagée). Son but ? Encourager la multimodalité et la transition vers des modes de transport plus écologiques tout en offrant des avantages économiques et sociaux aux employés. Selon l’édition 2024 du baromètre de l’ADEME, un tiers des employeurs privés interrogés a pris connaissance du FMD, 29 % d’entre eux l’ont déployé, 46 % ont prévu de le faire, mais la majorité ne s’y résout toujours pas.

L’étude pointe aussi que 4 entreprises sur 5 ont rencontré des difficultés (administratives ou de compréhension) dans l’implémentation du FMD, tandis que pour deux entreprises sur cinq, il est jugé comme inutile. Or, depuis le 1er janvier 2025, le plafond d’exonération du cumul du FMD, avec la prise en charge obligatoire des frais d’abonnement aux transports publics, a été relevé à 900 euros par an et par salarié, exonérés de charges sociales et défiscalisés. Une incitation suffisamment encourageante ? Elle le devrait si tant est que sa mise en œuvre soit simplifiée et la communication plus percutante sur les avantages à en tirer, pas seulement en termes économiques, mais également en termes d’image. Car, en l’adoptant, l’entreprise se positionne comme un acteur engagé pour la transition écologique, ce qui aujourd’hui participe indéniablement à attirer et retenir de nouveaux talents, de plus en plus en quête de sens, de bien-être au travail et adeptes de multimodalité.

Encourager les transports alternatifs

Relais privés du FMD, certaines start-ups ont fait du MaaS (acronyme de Mobility as a Service) leur cœur de cible. Parmi elles, la fintech française Betterway, pionnière des “pass” mobilité en entreprise. “Nous déchargeons l’entreprise de la gestion, souvent complexe et chronophage, des transports domicile/travail de leurs salariés, en traitant pour elles l’ensemble des dispositifs : les remboursements obligatoires, la prime transport ou prime carburant, les abonnements et le FMD. L’enjeu étant d’encourager l’usage de modes de transport alternatifs et durables”, résume son président Denis Saada, par ailleurs président de l’Alliance des Mobilités (by Mobilians).

Cet accompagnement se concrétise par la mise en place d’un compte mobilité : une plateforme de gestion personnalisée est dédiée à l’entreprise ; une web-app et une carte, physique ou virtuelle, véritable porte-monnaie électronique crédité par l’employeur, permet au salarié de se fournir auprès des marchands de mobilité, opérateurs de transports en commun, de mobilité partagée et de magasins de vélos pour leurs engins ou accessoires. “Le but est de rendre accessible à tous un panel le plus large possible de mobilités, partout en France. Nous avons à ce jour plus de 10 000 points de vente référencés”, souligne Denis Saada, tout en précisant que “cette solution suscite l’engouement des DRH des grands comptes qui doivent gérer autant de titres de transport que de salariés, dans toutes leurs succursales et leurs agences présentes sur le territoire”.

Après l’entrée dans son capital d’Edenred, le leader mondial des solutions de paiement fléché, 2025 sera pour Betterway l’année du développement du crédit mobilité. Lancé en 2024, ce dispositif conçu sur un même mode de fonctionnement, incite à l’abandon de la voiture de fonction thermique au profit d’une mobilité choisie parmi toutes les mobilités éligibles du FMD et bien d’autres ; grâce au budget alternatif alloué, le collaborateur concerné peut à sa convenance mixer les mobilités, selon ses usages. « Nous passons du monde métro-boulot-dodo à un monde qui bouge. Les déplacements des salariés, dont la conscience écologique s’accroît, sont devenus un enjeu fondamental pour le recrutement, le management et la RSE des entreprises. Les voitures de fonction ne sont plus aussi désirables, les mentalités changent”, analyse Denis Saada. Une évolution qui a incité des opérateurs à revoir et développer leurs services à l’instar d’Uber qui s’est, lui aussi, engouffré sur la voie des courses corporate avec Uber for Business, en mode Uber Green pour les options de trajet durables, en Uber Premium et Uber Business Comfort pour les cadres.

Le vélo gagne du terrain

En perpétuelle évolution, l’autopartage suscite la convoitise des constructeurs automobiles, conscients des potentialités en milieu urbain, mais parfois victimes de déconvenues. Ainsi, à Paris, Zity, le service de véhicules électriques en libre-service de l’opérateur Mobilize (Renault), disparaissait en janvier 2024, en raison des trop nombreuses dégradations sur sa flotte (en moyenne supérieures de 72 % par rapport aux autres villes) générant des coûts de maintenance trop importants.

Fruit de la fusion entre car2go (service d’autopartage de Daimler) et DriveNow (BMW), Share Now finissait par intégrer son concurrent français Free2move en 2022, à l’occasion de son rachat par Stellantis. De son côté, Ubeeqo rejoignait en 2015 le groupe Europcar (racheté par Volkswagen en 2021) et lançait dans la foulée son propre service d’autopartage grand public pour finalement devenir en juin 2024 Europcar On Demand. La société propose depuis une flotte en autopartage dédiée au bureau et/ou délocalisée via une solution 100 % digitale, aussi bien adaptée aux petites qu’aux grandes entreprises, avec une offre de services de taxi et VTC qui varie selon le pays (G7 Booking et Allocab en France). D’autres entreprises ont investi ce marché, telles que Citiz, pionnier de l’autopartage coopératif en France, le canadien Communauto qui œuvre en Île-de-France ou l’américain Getaround et son offre business dont le partenariat avec la SNCF lui assure 230 places dédiées et la mise à disposition de véhicules dans 32 villes en France.

Tandis que les trottinettes en libre-service se voyaient bannies des rues parisiennes en septembre 2023, l’offre des deux roues s’étoffait déjà avec l’arrivée de nouveaux opérateurs. Du rapprochement de deux start-ups, Smoove et Zoov, naissait en 2022 Fifteen – son nom fait écho au concept de “la ville du quart d’heure” – spécialisée dans les “réseaux de vélos augmentés” en France et en Europe via des solutions technologiques adaptées à tous les besoins (libre-service avec station, location longue durée, vélos en gare, etc.). Ses systèmes se déploient notamment à Montpellier (Vélomagg’), à Grenoble (Métrovélo) et à Paris avec Vélib’Métropole venu détrôner le service de JCDecaux.

L’opérateur franco-néerlandais Dott, privé de ses trottinettes électriques à Paris, mais pas à Bordeaux ni à Lille et Lyon où la mairie a prolongé son contrat jusqu’en 2027, a boosté sa flotte de vélos à assistance électrique (VAE) en libre-service tout en fusionnant avec l’allemand Tier en mai 2024. Cette union, dont il ne reste que la marque Dott, marque surtout l’avènement d’une force de frappe bien plus puissante constituée de quelque 12 000 engins à Paris. En face, Lime, également dépossédé de ses trottinettes électriques, compte 10 000 VAE, un nombre qui a atteint les 15 000 lors des JO Paris 2024. Toutefois, un nouvel appel à candidatures en vue de conclure trois conventions d’occupation du domaine public (CODP) devrait en limiter la quantité : chacun des opérateurs retenus par la municipalité devra donc revoir sa flotte à la baisse pour se plier aux règles, durant toute la durée du contrat (4 ans au total).

La “petite reine” a trouvé en BeeToGreen son porte-parole le plus zélé, devenu depuis sa création en 2020 le référent vélo auprès des entreprises. La société, seule à ce jour sur un modèle BtoBtoC, entend faire émerger une réelle culture du vélo chez les salariés via le FMD qu’elle rend plus intelligible et “sexy”. “Outre la promotion des mobilités douces, il s’agit de rétablir une certaine équité dans les remboursements liés au transport domicile-travail pour ceux qui utilisent leur propre vélo”, explique Antoine du Teilleul, cofondateur de BeeToGreen.

Avec la solution proposée, les salariés ont accès à une marketplace de plus de 300 marques référencées pour acheter ou louer un vélo et des accessoires afférents et à des experts conseils répondant aux questions et éventuelles inquiétudes ; selon leurs investissements, les entreprises bénéficient d’installations in situ de parkings à vélos, d’ateliers de réparation, de sensibilisation et d’information sur la prévention et la sécurité routière. « Nous avons réussi à mettre plus de 8 000 personnes à la mobilité douce en 2024. C’est encourageant, mais insuffisant. La mutation s’opère doucement après des décennies d’habitude au tout voiture”, rajoute Antoine du Teilleul qui envisage un déploiement hors-frontières : au Luxembourg grâce à Amazon, son premier client en France qui y a son siège européen, et en Belgique, avec Skypr, le pendant belge de Betterway qui œuvre aussi sur l’Hexagone.

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