En 2018 déjà, dans sa publication Event Data Book, l’Union des métiers de l’événement (UNIMEV) dénombrait pas moins de 25 projets de construction, de rénovation ou d’extension de centres de congrès et de parcs d’exposition en France. Lesquels représentaient un record de 450 millions d’euros d’investissement. Huit ans plus tard, l’actualité en la matière reste bien étoffée. Après la création du centre de congrès H2 à Nîmes fin 2025, un site modernisé et agrandi se prépare au Palais des congrès du Mans pour 2028, tandis que Rouen prévoit un nouveau centre pour 2032. Avant cela, il y a eu la réouverture du Quartz à Brest en 2024, et celle du CNIT Forest en 2023, après des rénovations en profondeur ; l’inauguration de l’Illiade à Chartres en 2024, ou encore celle du complexe CO’Met à Orléans en 2023. Vue de loin, la succession d’ouvertures, de chantiers de rénovation ou d’extension, peut interroger.
Dans son étude Panorama 2024 des centres de congrès et parcs d’exposition français, le cabinet Coach Omnium recensait les projets en cours et évoquait alors un rattrapage post-Covid pour expliquer l’inflation de sites, dans un contexte où la demande restait essentiellement locale. Par ailleurs, le nombre de congressistes serait stable si l’on s’en tient aux chiffres publiés par l’UNIMEV dans l’Event Data Book depuis 2018. De l’ordre de deux millions par an, si l’on excepte la période de crise sanitaire en 2020 et 2021. À y regarder de plus près, cependant, les congrès seraient moins nombreux tout en réunissant davantage de participants : 1 357 en moyenne en 2024, contre 750 en 2017 et 2018. Un aspect qui a toute son importance en matière d’accueil et que l’on trouve au cœur de nombreux projets.
Des espaces de plus en plus modulables
Le Palais des congrès du Futuroscope a ainsi confirmé la construction prochaine d’une extension d’environ 1 200 m², devant ouvrir en juin 2028. Menée en même temps qu’une modernisation du site, l’opération doit compléter ce dernier grâce à un espace d’exposition et un autre destiné à la restauration, point clé des manifestations. « Nous pouvons accueillir 800 personnes assises lors d’une soirée ; avec cette extension, ce sera 1 300, précise Danielle Castan, directrice générale. L’idée est de cibler de nouveaux marchés et de recevoir plusieurs manifestations en même temps, tout en confortant notre offre avec des salles modulables. » Une enveloppe d’environ 12 à 13 millions d’euros doit permettre de réaliser ce projet qui s’appuie sur une demande en hausse et sur le développement dynamique du Futuroscope. Un hôtel supplémentaire de 200 chambres doit notamment ouvrir en 2028. La capacité hôtelière locale passera alors à 1 200 chambres.
La croissance de l’activité était aussi à l’origine de l’agrandissement ouvert début 2025 au Grimaldi Forum Monaco. À l’étroit dans ses murs, mais sans possibilité de s’étendre, le site cherchait à satisfaire ses clients, en grande partie récurrents. « Monaco est une destination attractive, et le plus souvent les événements qui viennent ici restent, puis grandissent », explique la directrice générale Sylvie Biancheri. À la faveur de la construction du nouveau quartier Mareterra, 5 hectares gagnés sur la mer, le Grimaldi Forum Monaco a eu l’opportunité d’ajouter 6 000 m² d’espaces modulables et 2 000 m² de terrasses. Avec, au passage, un nouvel accès séparé permettant d’accueillir plusieurs événements tout en séparant les flux de participants. Dès la première année, l’extension a été exploitée à hauteur d’un tiers. Le site, qui a accueilli la cérémonie du Guide Michelin France & Monaco le 16 mars dernier et s’apprête à recevoir la 19e Conférence des ministres responsables du sport en novembre, a réalisé sa meilleure année en 2025, avec 28,7 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Inauguré au même moment, début 2025, l’Auditorium est la nouvelle structure dont s’est doté Alpexpo, qui accueille congrès et expositions à Grenoble. Ici, à l’inverse, la conception puis la construction de cette salle ont été réalisées en un rien de temps. Il s’agissait de remplacer l’ancien auditorium Alpes Congrès, de 1 000 places, devenu vétuste. « Il était important de le remplacer par un nouvel équipement, sinon nous nous mettions hors-jeu sur le marché MICE », remarque Jérôme Riff, directeur général. L’investissement a été contenu à 1,8 million d’euros en créant une “boîte noire” au sein du hall d’exposition principal, offrant une tribune de 900 places et un parterre de 600 places. Bouclé en neuf mois, le projet a été achevé à temps pour le congrès national de la FNSEA en mars 2025. Complémentaire en termes de capacité, la structure a plusieurs avantages. « Le concept de boîte dans la boîte permet de retirer les cloisons et de moduler l’espace, ce qui vient enrichir notre offre. D’autre part, la salle bénéficie de tous les équipements et services nécessaires, et ce type d’offre plaît beaucoup car il n’y a pas de surprise dans le budget », poursuit Jérôme Riff. Le son, en particulier, y est d’une qualité exceptionnelle, dans la mesure où des spectacles y sont aussi programmés.
Faire vivre des moments mémorables
Flexibilité et qualité de l’expérience, deux aspects justement pointés dans l’étude Meeting room of the future, publiée en mai par l’International Association of Conference Centres (IACC). Selon les 120 sites interrogés dans l’étude, parmi les caractéristiques les plus recherchées pour un lieu d’événement figurent la possibilité de reconfigurer une salle pour passer d’un format à un autre, ainsi que les équipements technologiques. 87 % des répondants y déclarent notamment avoir investi dans leur infrastructure Wi-Fi ces deux dernières années. Rien de nouveau en soi, si ce n’est que les sites doivent continuellement investir pour s’adapter, dans un secteur devenu très concurrentiel.
En matière d’investissement et de modernisation, difficile de faire plus grand que le chantier en cours à Paris Expo Porte de Versailles. Entamée en 2015, la transformation du site menée par Viparis en est à sa troisième phase, courant de 2025 à 2028. En parallèle d’aménagements réalisés pour végétaliser et ouvrir davantage le site, cette dernière phase a débuté par la déconstruction des pavillons 2 et 3 et va donner lieu à la construction de trois pavillons : 2, 3 et 8. Si le futur pavillon 2 a été conçu pour les expositions, les deux autres seront d’usage mixte et intéresseront les organisateurs de congrès et de conventions. « Les événements changent, et cette évolution s’accentue avec les années. Les salons, professionnels ou grand public, cherchent à proposer des expériences mémorables aux visiteurs, donnent lieu à une “festivalisation” et adoptent des formats plus divers, à travers des conférences, des ateliers, des démonstrations un peu spectaculaires, des activations de marque, parfois même des concerts », explique Marta Gomes, directrice en charge du commerce et du marketing à Viparis.
Des chantiers titanesques
Le gestionnaire a aussi une clientèle d’organisateurs dans la tech, la finance ou le secteur médical, en attente d’espaces modulables. En conséquence, les futurs pavillons 3 et 8 privilégient la flexibilité et le moins possible de piliers. Présentés comme spectaculaires et adaptés pour de « beaux événements » grâce à leur hauteur, ils pourront accueillir des conférences de 7 000 participants et des concerts. Quant au pavillon 8, il aura l’intérêt de se trouver juste à côté du Paris Convention Centre. La livraison de l’ensemble est prévue pour le printemps 2028, et ce sera le point final de cette transformation de longue haleine, correspondant à 500 millions d’euros d’investissement depuis 2015.
Pour l’heure, c’est un autre site flambant neuf qui s’apprête à ouvrir, à Nantes. Baptisée Laps et dotée de 2 500 places, une nouvelle salle événementielle débutera son activité en septembre, au parc des expositions. Accueillir des spectacles autant que des conventions : sa vocation sera double. Elle consistera aussi à garantir la continuité de l’activité MICE pendant que la Cité des Congrès fermera le temps de faire peau neuve. Celle-ci va débuter dès juillet une rénovation assortie de différentes améliorations et de remises aux normes. Pas moins de 42 millions d’euros seront consacrés à ces travaux. D’ici à la réouverture prévue en janvier 2028, la destination pourra donc s’appuyer sur le Laps, et même au-delà. « C’est une structure complémentaire par sa capacité d’accueil, mais aussi par son offre clé en main. Jusqu’à présent, il fallait tout construire si l’on voulait proposer une salle plénière au parc des expositions. Nous aurons désormais un auditorium et c’est un atout pour le territoire », se réjouit Olivier Le Floch, DGA de La Cité des Congrès et ExpoNantes, deux entités réunies sous une gouvernance unique depuis cette année. Un exemple de plus des moyens déployés par le secteur pour s’adapter aux attentes des organisateurs et rester dans la course, sans se laisser distancer.