Crédit photo : Stéphane AUDRAN
Carrière

Aymeric Carrez : « Certains métiers sont confortables financièrement, mais pas psychologiquement »

Longtemps cantonné aux conversations de couloir, l'humour sort de sa clandestinité en s'invitant au cœur des organisations. Dans un monde économique marqué par l’intensification du travail et les transformations permanentes, le rire apparaît comme un puissant levier de prise de recul, de cohésion ou encore de créativité. Cependant, dans le même temps, l'humour au travail reste un exercice d'équilibriste tant des dérapages sont vite arrivés. Entre convivialité et maladresse, proximité et manque de professionnalisme, les limites sont parfois ténues. Alors, comment en faire un outil de management efficace ? Portraits d’humoristes chevronnés (3/5).

Ingénieur en informatique pendant 13 ans, il a mis de nombreuses années avant de se lancer pleinement dans l’humour. “Je n’étais pas très bon à l’école, mais j’arrivais toujours à me faire remarquer en faisant le clown”, plaisante-t-il. Bien plus tard, une fois installé à Paris, et en parallèle de son travail, il a rejoint “L’école du One Man Show” où il a réalisé ses premiers sketchs – une pratique exigeante où il a constaté que “faire rire était un exercice difficile”.

Le rire comme outil de soulagement

En 2015, alors qu’il se met à faire régulièrement du stand-up, les opportunités s’enchaînent : Comedy Club, lancement de son propre spectacle, présence au Festival d’Avignon. “C’était une période très fatigante : j’étais ingénieur la journée et humoriste le soir. Je faisais entre six et huit passages en Comedy Club par semaine”, souligne-t-il.

Au moment du Covid-19, Aymeric se retrouve finalement au chômage, ce qui lui offre une latitude plus importante pour se consacrer à son activité d’humoriste. “J’ai réalisé que je pouvais mettre ce temps à profit pour faire des vidéos. Il faut reconnaître que la viralité de ces contenus sur les réseaux sociaux permet de remplir des salles de spectacle plus facilement.”

Rapidement, il remarque que tourner le travail à la dérision est porteur : “Certains métiers sont très confortables financièrement, mais pas du tout psychologiquement. De nombreux cadres dirigeants ont presque honte de ressentir cette usure mentale. Donc, ils sont contents que les humoristes donnent de la visibilité à ce sujet. Certains rires sont des rires de soulagement.”

Ce dernier compte aujourd’hui près de 90 000 personnes qui le suivent sur Instagram. Pour autant, d’une manière générale, l’humour reste rare dans la culture du travail en France, selon lui : “Non seulement il est rare, mais en plus, il est parfois mal perçu. Personne ne veut prendre le risque de déborder en faisant une blague inappropriée. Contrairement aux États-Unis où il ne se passe pas une réunion sans que les salariés rigolent.” Le quadra aspire désormais à augmenter le nombre de ses représentations hebdomadaires un peu partout en France.

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