« Tu vas bien ? – Oui, ça va » : cet échange aussi élémentaire qu’universel est celui que nous avons quotidiennement avec notre entourage. Si cette marque de politesse est indispensable au bon fonctionnement d’un collectif, elle est rarement le signe d’un intérêt réel. Cette phrase est souvent prononcée machinalement. Or, derrière la réponse réflexe « Oui, je vais bien » se cachent des réalités contrastées. « Nous avons cherché à comprendre ce phénomène complexe qui peut toucher potentiellement toutes les femmes dans tous les moments de leur vie. Ce sujet mérite mieux que notre attention, il mérite notre engagement », a lancé Vania Lacascade, présidente monde de Lancôme, à l’occasion de la sortie de l’enquête* « I’m Fine » de la marque, ce jeudi 8 octobre.
En effet, de nombreuses femmes luttent en silence pour préserver leur santé mentale. Ces dernières naviguent entre un équilibre délétère de fausses croyances internes et de pressions externes. Les raisons sont multiples : elles ne veulent pas inquiéter leur entourage (52 %) ; elles redoutent de ne pas être comprises (29 %) ; elles pensent devoir s’en sortir seules et/ou minimisent ou ignorent leur épuisement (38 %) ; elles redoutent de paraître vulnérables (31 %) ; elles estiment devoir renvoyer constamment une image positive (29 %). « L’optimisme est une bonne chose, mais il ne doit pas être une positivité forcée », affirme la dirigeante.
Une sur trois (33 %) est ou sera confrontée à des troubles anxieux ou dépressifs au cours de sa vie. Ce chiffre est deux fois plus élevé que pour les hommes. « Ce n’est pas parce que les femmes sont plus faibles par nature », indique Aude Caria, directrice générale de Psycom, organisme public de référence sur la santé mentale en France. C’est parce « qu’elles sont plus exposées à des facteurs de risque liés au genre » comme : la pression socioculturelle ; les violences sexistes et sexuelles ; les discriminations ; les inégalités dans la répartition des tâches domestiques et éducatives ou encore les inégalités économiques. 89 % des femmes interrogées ont fait face à de graves difficultés financières – ce qui a lourdement contribué à dégrader l’état de leur santé mentale.
La maternité, un moment délicat
L’étude révèle que les bouleversements physiologiques les plus profonds peuvent apparaître autour des moments liés à la maternité (avortement, grossesse, fausse couche, dépression post-partum, mais aussi endométriose, ménopause, etc.). 71 % des femmes se sont, en effet, senties psychologiquement impactées durant l’une de ces périodes. « Ces moments de l’existence sont des passages encore plus délicats pour certaines femmes. Elles doivent être particulièrement attentives à leur santé à ce moment-là, surtout lorsqu’elles travaillent en même temps », souligne Aude Caria. La simultanéité des tâches à gérer peut aggraver les symptômes.
L’entreprise notamment, par le biais des dirigeants et des managers, doit « créer les conditions, un climat de confiance, pour que les femmes puissent s’exprimer librement, qu’elles puissent dire « non, je ne vais pas bien », poursuit-elle. Sinon, c’est une manière d’entretenir un système de souffrances dissimulées visant à silencier les femmes. Or, l’employeur a l’obligation légale, selon l’article L.4121-1 du Code du travail, de garantir la sécurité physique et mentale de ses équipes dans le cadre professionnel.
Ce qui est paradoxal d’après l’étude de Lancôme, c’est que 80 % des femmes sont conscientes de dire « Je vais bien », alors que ce n’est pas le cas. Presque la même proportion (72 %) déclare le regretter presque aussitôt. Un phénomène compréhensible dans des contextes sociétaux et professionnels où parler de sa santé mentale (dépression, traumatisme, solitude, charge mentale) reste tabou. Il s’agit donc d’identifier ce que l’on ressent et s’il est nécessaire de s’alerter immédiatement. « Parfois, ce peut être qu’un stress passager ou une tristesse temporaire. Les signaux peuvent être différents d’une femme à l’autre. Il faut commencer à s’inquiéter quand ces symptômes deviennent plus réguliers, plus sévères et qu’ils s’installent dans le temps », détaille Aude Caria.
C’est un sujet dont les contours sont difficilement saisissables, selon elle : « Pour chaque femme, la santé mentale ne se résume pas à des troubles psychiques. Elle est un équilibre en mouvement, influencée par une histoire, des relations, des conditions de vie et de travail à moment donné. Elle ne devrait jamais être un privilège pour certaines et pas pour d’autres. » Il se trouve que les femmes ont plus de facilité à parler de certains problèmes physiques que mentaux, comme la fertilité (54 %) ou la ménopause (48 %).
Encourager une prise en charge précoce
C’est pourquoi, Lancôme entend briser le silence autour de la santé mentale des femmes. La marque de cosmétiques et de produits de luxe a lancé un programme pour détecter les premiers signaux de vulnérabilité et trouver un soutien adapté pour agir. Il a été développé avec l’ADAA (Anxiety and Depression Association of America) et Psycom. « C’est un enjeu de santé publique mondiale que nous ne pouvons plus ignorer. Ce partenariat vise à faire tomber la stigmatisation et les retards de prise en charge », complète la Docteur Blair Simpson, présidente de l’ADAA, professeure de psychiatrie au Columbia University Irving Medical Center.
Agir rapidement « est une force, car cela permet aux femmes de mettre des mots sur les maux et d’éviter que les difficultés ne se transforment en crises majeures », avec des conséquences souvent irréversibles. Ce programme** s’articule autour d’étapes clés :
- Sensibiliser : Les femmes doivent prendre conscience de l’importance du sujet et en parler librement, y compris au travail.
- Prévenir : Se tourner vers des outils validés scientifiquement, concrets, accessibles et confidentiels.
- S’auto-évaluer : En répondant régulièrement et avec sincérité à des questions en ligne. Ce n’est pas un diagnostic fiable, simplement un « thermomètre » pour prendre la « température » de sa santé mentale.
- Trouver les bonnes ressources : En fonction des résultats obtenus, s’orienter vers des experts fiables qui pourront établir un diagnostic plus précis et personnalisé – voire un possible traitement pour contrer rapidement les premiers symptômes.
- Créer du lien : En partageant son expérience, en vrai ou en ligne, avec d’autres femmes aux vécus similaires dans le monde.
Développer son écoute active
Pour résumer, afin d’agir en amont du point de rupture, les femmes doivent s’écouter, mais aussi être écoutées lorsqu’elles expriment leur mal-être psychique à leur entourage. Cette démarche est facilitée lorsqu’elles trouvent le bon spécialiste. 59 % affirment avoir consulté un médecin et 36 % un psychologue. Cependant, les obstacles pour trouver ce précieux soutien sont réels : qu’il s’agisse du manque de temps (35 %), d’une tendance à éviter la situation (30 %) ou de contraintes financières (28 %). « L’entourage doit être attentif en se demandant si ça va vraiment, il faut être prêt à discuter et à aller dans le fond des choses. »
Les outils numériques se présentent comme des alternatives intéressantes si ces dernières veulent s’informer ou ne peuvent pas se déplacer. Dans tous les cas, « il ne faut plus que les femmes craignent d’être jugées ou se mettent en danger pour protéger les autres. Elles sont prêtes à entamer cette démarche. Plus elles avancent en âge, plus elles osent dire lorsqu’elles ne vont pas bien. Nous devons porter une attention particulière aux jeunes femmes. C’est une prise de conscience collective qui doit s’enclencher. »
La beauté ne réside pas « seulement dans l’apparence : elle est profondément liée à ce que nous ressentons, à notre manière d’interagir avec les autres et de nous soutenir mutuellement », termine la dirigeante. Une bonne santé mentale peut être un vrai levier d’émancipation pour les femmes du monde entier. Alors, désormais, il est possible de répondre : « Oui, ça va… ou pas ! »
* Enquête réalisée en avril 2026 auprès de 4000 femmes et 1214 hommes dans 4 pays (France, Royaume-Uni, Etats-Unis, Chine – environ 1000 femmes et 300 hommes par pays). Ces échantillons sont représentatifs de la population âgée de 18 ans et plus, interrogés en ligne via le panel d’accès d’IPSOS dans chaque pays. La méthode des quotas a été appliquée (genre, âge, métier).
**Cette initiative sera lancée à l’échelle mondiale dès octobre 2026 – aux Etats-Unis d’abord, puis au Canada, au Mexique et en Europe. Le programme s’étendra ensuite en Asie du Nord, aux Emirats arabes unis et en Australie en mars 2027. Cette mission s’appuie sur des partenaires associatifs et publics locaux, comme Mental Health Innovations au Royaume-Uni, Psycom en France, Telefono Amico en Italie et encore Healthy Women aux Etats-Unis afin de relayer ce message auprès du plus grand nombre.