Le monde actuel du travail regorge de néologismes. Des termes innovants qui cristallisent des concepts en vogue. Si certains nous éclairent sur l’avenir du travail, d’autres exacerbent notre confusion et notre anxiété face à un monde en constante mutation. La formule est simple : une chronique, un mot.
Dans la réalité, derrière chaque équipe performante se cache un travail invisible, mais essentiel : le glue work, ce ciment relationnel qui maintient la machine organisationnelle en marche. Cette expression désigne toutes ces tâches de coordination, de médiation et de soutien qui ne figurent dans aucune fiche de poste, mais sans lesquelles l’efficacité collective s’effrite.
Organiser les événements d’équipe, accueillir les nouveaux arrivants, résoudre les petits conflits, prendre des notes en réunion… Autant de missions qui créent du lien et fluidifient le travail quotidien, mais qui restent largement invisibles dans les évaluations de performance.
Un travail inégalement réparti
Et le problème est que ce travail n’est pas réparti équitablement. Les femmes ont 48 % plus de chances que les hommes de se voir attribuer ces tâches non-promouvables. Un déséquilibre qui s’explique par des stéréotypes de genre persistants et des biais inconscients qui associent naturellement les femmes aux rôles de soutien et de care.
Cette inégalité cache un enjeu majeur pour les entreprises. Quand le glue work monopolise l’énergie des mêmes personnes, celles-ci ont moins de temps à consacrer aux projets stratégiques et visibles qui propulsent les carrières. Résultat : pour 100 hommes promus au poste de manager, on ne compte que 86 femmes promues. Un écart qui s’explique en partie par ces contributions informelles non valorisées.
Un enjeu de performance
Mais au-delà de l’équité, c’est aussi un enjeu de performance. Les entreprises du quartile supérieur pour la mixité des équipes dirigeantes ont 25 % de chances en plus d’afficher une rentabilité supérieure à la moyenne. Négliger ces talents revient donc à se priver d’un formidable levier de croissance.
Transformer le défi en opportunité
Alors, comment transformer ce défi en opportunité ? Voici quelques pistes pour valoriser le glue work :
- Rendre visible l’invisible. Nommez et documentez ces contributions. Certaines entreprises permettent à leurs employés d’imputer le temps consacré au glue work dans leur reporting, envoyant ainsi un signal fort : ce travail a de la valeur.
- Intégrer ces contributions dans les évaluations. Seules 25 % des entreprises reconnaissent aujourd’hui ces efforts dans leurs évaluations de performance. Il y a donc une marge de progression importante pour se différencier positivement en incluant la collaboration et la contribution collective dans vos critères d’avancement.
- Partager équitablement la charge. Instaurez des rotations pour les tâches récurrentes. Tout le monde y passe à tour de rôle, y compris les managers seniors. Cette pratique dilue la charge et gomme l’aspect genré de ces missions.
- Encourager la reconnaissance entre pairs. Développez des programmes de valorisation des contributions invisibles. Par exemple, avec des systèmes de peer bonus permettant aux employés de se remercier mutuellement pour leurs coups de main.
- Former les managers à détecter les déséquilibres. Un manager conscient de ses biais sera plus attentif à ne pas toujours solliciter les mêmes personnes pour s’occuper des sujets périphériques.
Le glue work n’est pas qu’une question d’égalité, c’est un véritable enjeu de performance et de fidélisation des talents. En le valorisant, vous transformez ce qui était un fardeau caché en atout de performance durable. Car, dans un monde professionnel qui valorise l’innovation et la prise de risque, il est temps d’accorder autant d’importance à celles et ceux qui, dans l’ombre, garantissent la stabilité et la continuité de vos équipes.